{"id":1117,"date":"2013-09-04T22:12:19","date_gmt":"2013-09-04T20:12:19","guid":{"rendered":"http:\/\/www.melancholia.fr\/import\/index.php\/2013\/09\/04\/port-royal-une-anthologie\/"},"modified":"2013-09-04T22:12:19","modified_gmt":"2013-09-04T20:12:19","slug":"port-royal-une-anthologie","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/2013\/09\/04\/port-royal-une-anthologie\/","title":{"rendered":"Port-Royal, une anthologie pr\u00e9sent\u00e9e par Laurence Plazenet"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019anthologie de textes sur Port-Royal, \u00e9tablie, pr\u00e9sent\u00e9e et annot\u00e9e par Laurence Plazenet, est imposante. 1161 pages sont consacr\u00e9es au monast\u00e8re qui r\u00e9unit les plus grands noms du si\u00e8cle, dans le dessein de faire d\u00e9couvrir les figures masculines ou f\u00e9minines, la\u00efques ou religieuses, qui l\u2019ont compos\u00e9 ou c\u00f4toy\u00e9, qui ont \u0153uvr\u00e9 \u00e0 sa r\u00e9putation et particip\u00e9 \u00e0 son histoire. Un travail colossal, propre \u00e0 satisfaire bien des curiosit\u00e9s et \u00e0 combler des horizons d\u2019attente tr\u00e8s divers. C\u2019est essentiellement \u00e0 Port-Royal des Champs, couvent de la r\u00e9forme, prison des religieuses r\u00e9sistantes de 1665 \u00e0 1669 et lieu de la r\u00e9sistance au pouvoir, que l\u2019ouvrage se consacre. Port-Royal de Paris devient, en 1668, date de la s\u00e9paration des deux maisons sur ordre de Louis XIV, la maison des \u00ab tra\u00eetres \u00bb. L\u2019absence de textes, et non une volont\u00e9 d\u2019occulter cette seconde maison, explique la place pr\u00e9dominante au monast\u00e8re d\u2019origine, qui vit na\u00eetre la r\u00e9forme de la m\u00e8re Ang\u00e9lique Arnauld.<\/p>\n<p>L\u2019anthologie chemine logiquement du profane au sacr\u00e9, de la vie mat\u00e9rielle et quotidienne \u00e0 la spiritualit\u00e9. Elle est introduite par une pr\u00e9sentation qui retrace l\u2019histoire mouvement\u00e9e de la communaut\u00e9, son r\u00f4le dans les d\u00e9bats moraux et politiques du temps, son influence de premier ordre dans diff\u00e9rents domaines : la th\u00e9ologie, la litt\u00e9rature, la philosophie, les sciences, la p\u00e9dagogie. L\u2019ouvrage s\u2019ach\u00e8ve par des notes, des annexes, une bibliographie volontairement partielle, un glossaire, un index des noms et des th\u00e8mes, une table des cr\u00e9dits. C\u2019est dire l\u2019ampleur du travail accompli.<\/p>\n<p>La pr\u00e9sentation commence par la destruction de Port-Royal des Champs, ordonn\u00e9e par le roi, une entr\u00e9e en mati\u00e8re rude, qui retrace la violence des ultimes pers\u00e9cutions inflig\u00e9es aux religieuses du monast\u00e8re. Pourquoi cette fin tragique ? Qu\u2019incarnait Port-Royal face \u00e0 la monarchie ? C\u2019est \u00e0 cette vaste question que r\u00e9pondent les pages suivantes, organis\u00e9es en sept points. Laurence Plazenet revient d\u2019abord sur la naissance de la communaut\u00e9 et sur l\u2019enfance d\u2019Ang\u00e9lique Arnauld, plac\u00e9e au couvent sans vocation, nomm\u00e9e coadjutrice de Port-Royal \u00e0 l\u2019\u00e2ge de huit ans, abbesse deux ans plus tard, gr\u00e2ce \u00e0 des manigances familiales courantes \u00e0 l\u2019\u00e9poque ; suit sa conversion, \u00e0 l\u2019adolescence, accompagn\u00e9e de la d\u00e9cision de r\u00e9former sa communaut\u00e9, en 1609, malgr\u00e9 l\u2019hostilit\u00e9 de sa famille \u00e0 son projet, au nom de sa conscience et de Dieu. L\u2019histoire du monast\u00e8re est lanc\u00e9e, sa l\u00e9gende aussi. La r\u00e9gularit\u00e9 perdue revient gr\u00e2ce \u00e0 la stricte observance de la r\u00e8gle de saint Beno\u00eet d\u00e9cid\u00e9e par la m\u00e8re, qui met fin aux privil\u00e8ges de la soci\u00e9t\u00e9 de son enfance. Silence, amour de la pauvret\u00e9, pi\u00e9t\u00e9 et d\u00e9votion, la r\u00e9forme appara\u00eet comme une \u0153uvre capitale, \u00e0 l\u2019origine du poids de Port-Royal dans la spiritualit\u00e9 post-tridentine.<br \/>\nLaurence Plazenet retrace ensuite les diff\u00e9rents \u00e9v\u00e9nements qui expliquent la prosp\u00e9rit\u00e9 mat\u00e9rielle, spirituelle et intellectuelle du monast\u00e8re durant les ann\u00e9es 1609-1661, date de la mort de la r\u00e9formatrice : l\u2019arriv\u00e9e d\u2019Agn\u00e8s Arnauld, sa s\u0153ur, les premiers directeurs spirituels, saint Fran\u00e7ois de Sales en 1619, puis, en 1635, Saint-Cyran, autorit\u00e9 morale et spirituelle majeure de la communaut\u00e9, l\u2019achat de la maison de Paris, la premi\u00e8re p\u00e9riode d\u2019apog\u00e9e, de 1627 \u00e0 1630, l\u2019augmentation croissante du nombre des religieuses, l\u2019adoration perp\u00e9tuelle du Saint-Sacrement, en 1638, qui inscrit Port-Royal au c\u0153ur de l\u2019\u00c9cole fran\u00e7aise de spiritualit\u00e9, le changement d\u2019habit des moniales, dix ans plus tard, quand Port-Royal devient officiellement Port-Royal du Saint-Sacrement. <\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la r\u00e9forme, la cr\u00e9ation par Saint-Cyran des Petites \u00c9coles, d\u00e8s 1637, \u00e0 Paris, puis dans l\u2019enceinte du monast\u00e8re des Champs, est une \u00e9tape marquante qui voit Port-Royal se distinguer des pratiques d\u2019\u00e9ducation courantes domin\u00e9es par les j\u00e9suites. \u00c9chappant \u00e0 la surveillance de l\u2019\u00c9tat, ces \u00e9coles nourriront le prestige du monast\u00e8re et la suspicion de Louis XIV \u00e0 son endroit. Laurence Plazenet souligne un troisi\u00e8me ph\u00e9nom\u00e8ne propre \u00e0 Port-Royal : l\u2019arriv\u00e9e, en 1637-1638, des Solitaires, des la\u00efcs qui ont d\u00e9cid\u00e9 de vivre hors du monde, dans la retraite et la solitude, sans entrer dans les ordres, un mode d\u2019existence in\u00e9dit. Parmi eux, beaucoup de membres de la famille Arnauld, dont Robert Arnauld d\u2019Andilly, mais aussi B\u00e9n\u00e9dict-Louis de Pontis, mar\u00e9chal des batailles, qui rejoint la communaut\u00e9 en 1648, Renaud de S\u00e9vign\u00e9, beau-p\u00e8re de Mme de Lafayette et oncle par alliance de la marquise de S\u00e9vign\u00e9. Leurs nombreux travaux d\u2019\u00e9criture, joints \u00e0 ceux des autres hommes de la communaut\u00e9, le th\u00e9ologien Antoine Arnauld, fr\u00e8re de la r\u00e9formatrice, les confesseurs, dont Le Maistre de Sacy, auteur d\u2019une traduction en fran\u00e7ais in\u00e9dite de la Bible, les amiti\u00e9s entretenues avec des grands noms de l\u2019\u00e9poque, Pascal, le duc de Luynes, traducteur des M\u00e9ditations m\u00e9taphysiques de Descartes, allaient placer Port-Royal au c\u0153ur de la vie intellectuelle et culturelle de l\u2019\u00e9poque. <\/p>\n<p>Autres raisons \u00e0 la renomm\u00e9e du monast\u00e8re, les liens \u00e9troits entretenus avec l\u2019\u00e9lite intellectuelle et sociale du temps. Les nombreux ami(e)s du monast\u00e8re contribueront \u00e0 son rayonnement dans le monde. Ensuite, la pr\u00e9sence de pensionnaires issues de la plus haute aristocratie, mises au couvent pour \u00eatre \u00e9lev\u00e9es par les moniales, et les liens \u00e9troits que celles-ci entretiennent avec de grandes dames, dont la reine de Pologne, la princesse de Gu\u00e9m\u00e9n\u00e9, la duchesse de Longueville, cousine germaine de Louis XIV, soeur du Grand Gond\u00e9 et de Conti, ou encore la marquise de Sabl\u00e9. Enfin, l\u2019origine sociale \u00e9lev\u00e9e de bon nombre de religieuses, issues de la noblesse de robe et de la bourgeoisie. Port-Royal privil\u00e9gie le recrutement des filles pauvres et la vocation depuis la r\u00e9forme, sans s\u2019attacher aux dots dont les familles pourvoient leur enfant pour faciliter leur entr\u00e9e, une r\u00e8gle qui pr\u00e9serve le monast\u00e8re des influences parentales. La communaut\u00e9 est aussi compos\u00e9e de filles cultiv\u00e9es, issues de familles de notables : Ang\u00e9lique de Saint-Jean Arnauld d\u2019Andilly, enfant pr\u00e9coce au g\u00e9nie reconnu par les contemporains, Jacqueline Pascal, la s\u0153ur de Br\u00e9gy, qui avait pour marraine Anne d\u2019Autriche, la m\u00e8re du Fargis, cousine germaine du cardinal de Retz et de la duchesse de Longueville, petite cousine de la marquise de Rambouillet. Ultime source de \u00ab gloire \u00bb pour la communaut\u00e9 : la gu\u00e9rison \u00ab miraculeuse \u00bb de Marguerite P\u00e9rier, la ni\u00e8ce de Pascal, en 1656, et les autres \u00ab miracles \u00bb qui s\u2019ensuivent. La foule se presse \u00e0 Port-Royal\u2026<\/p>\n<p>Les trois points suivants portent sur les ann\u00e9es de crises, 1655-1665. Laurence Plazenet revient sur les divergences doctrinales, morales, th\u00e9ologiques et sociales complexes \u00e0 l\u2019origine du conflit entre Port-Royal et le pouvoir. Les termes fondamentaux pour comprendre l\u2019\u00e9tendue de celui-ci sont d\u00e9finis \u00e0  cette fin : le mot \u00ab jans\u00e9niste \u00bb, si souvent caricatur\u00e9, les notions de \u00ab gr\u00e2ce efficace \u00bb, d\u00e9fendu par Port-Royal, h\u00e9ritier de la morale et de l\u2019anthropologie de saint Augustin, celle de \u00ab gr\u00e2ce suffisante \u00bb, d\u00e9fendue par les j\u00e9suites, dans la lign\u00e9e de Molina. On r\u00e9alise que l\u2019enjeu exc\u00e8de le seul monast\u00e8re et qu\u2019il puise ses racines au-del\u00e0 de la France. Il s\u2019inscrit dans le d\u00e9bat g\u00e9n\u00e9ral sur la gr\u00e2ce qui anime l\u2019\u00e9poque et dans un contexte historique lourd, marqu\u00e9 par les anciennes guerres de religion et troubl\u00e9 par la guerre de Trente ans en Europe. Port-Royal repr\u00e9sente le retour \u00e0 la tradition patristique, propose une foi exigeante, quand l\u2019heure est \u00e0 la modernit\u00e9 et \u00e0 davantage de souplesse, alors que l\u2019individualisme cro\u00eet. Le conflit est aussi politique. Laurence Plazenet pointe en Louis XIV le v\u00e9ritable instigateur de la perte du monast\u00e8re. Quand l\u2019\u00c9glise cherche l\u2019apaisement, le roi se veut offensif. L\u2019auteur \u00e9tablit un parall\u00e8le entre le soin avec lequel il \u00e9limina toutes traces de la Fronde, dont le souvenir le hante, et sa r\u00e9solution de faire dispara\u00eetre la menace potentielle que repr\u00e9sente cette communaut\u00e9 religieuse peu ordinaire. Si Port-Royal, essentiellement compos\u00e9 de personnes issues des m\u00e9tiers de la magistrature, c\u2019est-\u00e0-dire de la robe, a \u00e9t\u00e9 fid\u00e8le au roi durant la Fronde, les amiti\u00e9s d\u2019anciens frondeurs, Gondi, futur cardinal de Retz, La Rochefoucauld, la duchesse de Longueville, le prince de Conti, rendent Port-Royal suspect aux yeux de Louis XIV. <\/p>\n<p>Plus g\u00e9n\u00e9ralement, c\u2019est la vision de l\u2019homme cultiv\u00e9e \u00e0 Port-Royal et la conception de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9fendue par le monast\u00e8re qui repr\u00e9sentent un danger pour ce monarque \u00e9pris de grandeur, tout entier dans le culte de soi. Port-Royal refuse \u00ab toute sacralisation du politique \u00bb quand \u00ab la religion royale fran\u00e7aise voit dans le roi un \u00e9lu particulier de Dieu \u00bb. (p. 45) Suivant les enseignements de Saint-Cyran, Port-Royal refuse la subordination du religieux au politique, \u00e0 l\u2019inverse des j\u00e9suites. Enfin, la primaut\u00e9 accord\u00e9e \u00e0 la libert\u00e9 de conscience et le choix d\u2019ob\u00e9ir \u00e0 Dieu plut\u00f4t qu\u2019aux hommes, quand les ordres humains ne correspondent pas \u00e0 la voix \u00ab int\u00e9rieure \u00bb du c\u0153ur. L\u2019argument, all\u00e9gu\u00e9 par Pascal et Sacy, sera repris par les religieuses r\u00e9sistantes, Bible \u00e0 l\u2019appui. Richelieu appara\u00eet comme l\u2019autre artisan de la perte de Port-Royal. Il ordonne l\u2019emprisonnement de Saint-Cyran \u00e0 Vincennes, voyant dans cet ami de Jans\u00e9nius, professeur \u00e0 Louvain, et de B\u00e9rulle, qui introduit de l\u2019Espagne en France l\u2019ordre du Carmel, une entrave \u00e0 sa propre autorit\u00e9 et au pouvoir royal. Richelieu croit \u00e0 l\u2019attrition quand le directeur de Port-Royal pr\u00f4ne la contrition, sur le mod\u00e8le d\u2019Augustin et de Jans\u00e9nius dans son Augustinus. L\u2019affrontement in\u00e9luctable se renforce. Il s\u2019accompagne d\u2019une somme d\u2019ouvrages th\u00e9ologiques impressionnante de la part des hommes de la communaut\u00e9, Arnauld, Pascal et Nicole en t\u00eate, comme le rappelle Laurence Plazenet. <\/p>\n<p>En 1661, le conflit atteint les religieuses, interdites de recevoir des novices et des pensionnaires. On les somme de signer la condamnation de Jans\u00e9nius quand leur statut leur interdit de se m\u00ealer de questions th\u00e9ologiques. Les pers\u00e9cutions s\u2019intensifient en 1664 avec l\u2019envoi en captivit\u00e9 des principales moniales r\u00e9sistantes, parmi lesquelles Ang\u00e9lique de Saint-Jean et la m\u00e8re Agn\u00e8s Arnauld, malgr\u00e9 son \u00e2ge avanc\u00e9 et sa sant\u00e9 alt\u00e9r\u00e9e. La plupart r\u00e9sistent, d\u2019autres, plus fragiles, c\u00e8dent avant de se r\u00e9tracter de leur signature. C\u2019est le cas de la s\u0153ur de Marie-Charlotte Arnauld d\u2019Andilly, qui n\u2019a pas la force de sa s\u0153ur de Saint-Jean, et dont l\u2019anthologie donne \u00e0 lire l\u2019\u00e9mouvant r\u00e9cit de captivit\u00e9. Le lecteur mesurera les pressions et les violences exerc\u00e9es sur les prisonni\u00e8res, la force de caract\u00e8re des r\u00e9sistantes aussi, comme la s\u0153ur Briquet qui relate sa d\u00e9tention avec un art de la rh\u00e9torique judiciaire surprenant quand on sait qu\u2019elle est plac\u00e9e \u00e0 trois ans \u00e0 Port-Royal, moins si l\u2019on se rappelle qu\u2019elle est issue du milieu parlementaire. La mort de la duchesse de Longueville, en 1679, signe la fin de la paix de l\u2019\u00c9glise obtenue en 1668, et le d\u00e9but de la lente agonie du monast\u00e8re des Champs, appauvri et de nouveau pers\u00e9cut\u00e9. 1709 marque la dispersion des derni\u00e8res religieuses et la destruction du monast\u00e8re.<br \/>\nLes trois derniers points s\u2019attachent \u00e0 d\u00e9finir \u00ab l\u2019esprit \u00bb de Port-Royal. Ils mettent en avant sa place d\u00e9terminante dans la modernit\u00e9 et son apport dans la litt\u00e9rature du XVIIe si\u00e8cle. Laurence Plazenet rappelle \u00e0 juste titre que l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 cultiv\u00e9e au monast\u00e8re n\u2019est pas doloriste, ni r\u00e9sign\u00e9e, d\u2019o\u00f9 l\u2019ardeur mise \u00e0 attiser la volont\u00e9 personnelle \u00e0 servir Dieu. Les textes propos\u00e9s (Le C\u0153ur nouveau de Saint-Cyran par exemple) confirment que la r\u00e9fection de soi doit venir de l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019\u00eatre. La mortification n\u2019existe pas pour elle-m\u00eame. Elle est d\u2019ailleurs limit\u00e9e \u00e0 Port-Royal, qui privil\u00e9gie l\u2019ob\u00e9issance volontaire et raisonn\u00e9e, et non les punitions. L\u00e0 encore, l\u2019auteur souligne les sp\u00e9cificit\u00e9s du monast\u00e8re : la recherche d\u2019une relation directe du chr\u00e9tien \u00e0 Dieu, un lien favoris\u00e9 par les traductions des Solitaires ; une spiritualit\u00e9 domin\u00e9e par l\u2019ardeur et le d\u00e9passement de soi pour se hisser vers le divin. L\u2019\u00eatre ne s\u2019annule pas en Dieu, il cro\u00eet en lui ; enfin, l\u2019apport de la foisonnante production \u00e9crite qui na\u00eet derri\u00e8re les murs du couvent, celle des Solitaires, dont Laurence Plazenet souligne les ambitions novatrices, notamment la place accord\u00e9e au lecteur dans la compr\u00e9hension du message, et les nombreuses relations des moniales de Port-Royal. Autant de textes qui ont contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019essor et \u00e0 l\u2019enrichissement des M\u00e9moires, genre en pleine expansion, et au renouveau de l\u2019autobiographie spirituelle. On remerciera l\u2019auteur de souligner l\u2019originalit\u00e9 des \u00e9crits des moniales, si longtemps occult\u00e9s au profit de ceux des hommes, et pourtant d\u00e9cisifs pour la constitution de l\u2019identit\u00e9 de la communaut\u00e9. Leurs r\u00e9cits se d\u00e9veloppent selon des modalit\u00e9s qui s\u2019\u00e9loignent de la litt\u00e9rature religieuse classique, t\u00e9moignant d\u2019une conception de l\u2019Histoire qui m\u00eale l\u2019individuel et le collectif, l\u2019humain et le divin. La pr\u00e9sentation se termine par un panorama des \u00e9crivains influenc\u00e9s par la morale augustinienne (La Rochefoucauld, Mme de Lafayette, Racine\u2026) et des mondains qui ont fait la r\u00e9putation du couvent (Mme de S\u00e9vign\u00e9, Mlle de Montpensier, Mme du Plessis-Gu\u00e9n\u00e9gaud), suivi d\u2019une analyse rapide de l\u2019influence de Port-Royal dans l\u2019histoire du roman et la naissance du classicisme, quand la mode \u00e9tait au baroque. D\u00e9pouillement, sobri\u00e9t\u00e9, bri\u00e8vet\u00e9, simplicit\u00e9, ces vertus cultiv\u00e9es au monast\u00e8re correspondent \u00e0 des valeurs caract\u00e9ristiques de l\u2019esth\u00e9tique classique. Le culte vou\u00e9 \u00e0 l\u2019imagination et aux sens c\u00e8de le pas \u00e0 la raison et \u00e0 l\u2019int\u00e9riorit\u00e9.<\/p>\n<p>La pr\u00e9sentation est suivie d\u2019une chronologie, puis des textes eux-m\u00eames, r\u00e9partis selon sept parties. Certains sont tr\u00e8s connus du familier de Port-Royal, d\u2019autres sont plus confidentiels, voire in\u00e9dits (L\u2019int\u00e9rieur de Mme de Longueville). Chacun est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019une notice qui en souligne l\u2019int\u00e9r\u00eat. Un extrait de l\u2019Abr\u00e9g\u00e9 de l\u2019histoire de Port-Royal de Racine inaugure la s\u00e9rie. L\u2019historiographe du roi retrace l\u2019histoire du monast\u00e8re de son enfance et d\u00e9nonce les violences qui lui ont \u00e9t\u00e9 faites, sans attaquer directement son protecteur, stigmatisant les j\u00e9suites. La seconde partie s\u2019int\u00e9resse aux b\u00e2timents et \u00e0 la vie dans le monast\u00e8re, puis aux Solitaires et aux Petites \u00c9coles, o\u00f9 exercent des ma\u00eetres prestigieux (Claude Lancelot, Pierre Nicole, Le Maistre de Sacy, Antoine Le Maistre, Nicolas Fontaine), et qui ont accueilli des \u00e9l\u00e8ves promis \u00e0 un riche avenir : Racine, Le Nain de Tillemont,  historien, le marquis de Boisdauphin, petit fils de la marquise de Sabl\u00e9. Ces \u00e9coles seront un haut lieu de renouveau en mati\u00e8re d\u2019\u00e9ducation par les pratiques p\u00e9dagogiques observ\u00e9es : le choix d\u2019un enseignement en fran\u00e7ais, une attention nouvelle port\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e8ve, le recours au jeu et \u00e0 l\u2019exp\u00e9rimentation. L\u2019\u00e9l\u00e8ve au c\u0153ur de son apprentissage : les sciences de l\u2019\u00e9ducation s\u2019empareront, des si\u00e8cles plus tard, de ces m\u00e9thodes des ma\u00eetres de Port-Royal. Les religieuses ne sont pas en reste pour la r\u00e9flexion p\u00e9dagogique, notamment le R\u00e8glement pour les enfants de Jacqueline Pascal, mais des choix s\u2019imposent et Laurence Plazenet renvoie aux travaux d\u2019\u00e9dition d\u00e9j\u00e0 parus. <\/p>\n<p>La troisi\u00e8me partie est consacr\u00e9e \u00e0 des vies de mondain(e)s proches de la communaut\u00e9 : des couples d\u2019aristocrates, le duc et la duchesse de Liancourt, le duc et la duchesse de Luynes, des femmes, Mme de Longueville, la princesse de Conti, Pascal, dont la s\u0153ur Jacqueline est religieuse \u00e0 Port-Royal. Les textes r\u00e9v\u00e8lent l\u2019itin\u00e9raire spirituel de chacun, les raisons qui expliquent le cheminement vers une vertu exemplaire, seul ou \u00e0 deux. Les d\u00e9tails des existences individuelles emp\u00eachent la monotonie inh\u00e9rente au genre. Si les personnages affichent un m\u00eame amour de Dieu, les exp\u00e9riences et les caract\u00e8res diff\u00e8rent. La r\u00e9alit\u00e9 est souvent romanesque, conf\u00e9rant aux textes des airs de fiction. La tr\u00e8s belle histoire du duc et de la duchesse de Liancourt par Jean-Jacques Boileau par exemple, o\u00f9 l\u2019on voit une femme tromp\u00e9e et pieuse prier pour la conversion de son mari volage. La maladie de la duchesse est cause du revirement du duc. Ce grand seigneur prend peur quand il croit perdre celle qu\u2019il r\u00e9alise aimer profond\u00e9ment : <\/p>\n<p><quote>Les exemples de sagesse qu\u2019elle avait toujours donn\u00e9s \u00e0 son mari, ceux qu\u2019elle lui donna dans cette maladie par sa patience et par son \u00e9galit\u00e9, et la crainte de perdre la personne qu\u2019il aimait et qu\u2019il estimait le plus le frapp\u00e8rent d\u2019une telle confusion de la vie qu\u2019il avait men\u00e9e jusqu\u2019alors qu\u2019il rompit ses liens et commen\u00e7a d\u2019entrer dans la pratique de sa vertu. (p. 262) <\/quote><\/p>\n<p>La conversion du duc s\u2019accompagne d\u2019un v\u00e9ritable culte pour sa femme, amour profane ardent qu\u2019il devra dominer au profit du seul amour de Dieu, qui exige le renoncement \u00e0 toute attache ext\u00e9rieure. L\u2019amour conjugal devient charit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire amiti\u00e9 exemplaire des \u00e9poux en Dieu. La mort (le duc d\u00e9c\u00e8de quelques semaines seulement apr\u00e8s sa femme, dans le lit m\u00eame o\u00f9 elle mourut) r\u00e9alisera l\u2019union d\u00e9finitive et spirituelle \u00e0 laquelle les \u00e9poux aspiraient. La Vie de Mme de Longueville, \u00ab diablesse \u00e0 face d\u2019ange \u00bb selon le j\u00e9suite Rapin, ancienne amante du duc de La Rochefoucauld, dont elle eut un fils, offre un autre exemple de conversion. Son \u00e9crit spirituel, sur ordre de Singlin, directeur de Port-Royal, r\u00e9v\u00e8le la tension int\u00e9rieure qui anime la duchesse \u00e0 ce tournant de sa vie. Le doute et la suspicion, la crainte d\u2019agir par amour-propre animent le rapport \u00e0 soi \u00e0 l\u2019heure de la retraite, en 1661. L\u2019\u00e9criture m\u00eame devient objet d\u2019interrogation, comme en t\u00e9moigne cette r\u00e9flexion famili\u00e8re dans la litt\u00e9rature augustinienne :<\/p>\n<p><quote>Il m\u2019est venu encore une pens\u00e9e sur moi-m\u00eame. C\u2019est que je suis fort aise pour mon amour-propre qu\u2019on m\u2019ait ordonn\u00e9 d\u2019\u00e9crire tout ceci, parce que, sur toutes choses, j\u2019aime \u00e0 m\u2019occuper de moi-m\u00eame et \u00e0 en occuper les autres, et que l\u2019amour-propre fait qu\u2019on aime mieux parler de soi-m\u00eame en mal que de n\u2019en rien dire du tout. (p. 344) <\/quote><\/p>\n<p>Le journal spirituel de la duchesse fait \u00e9cho, par le rappel de la vanit\u00e9 des grandeurs et de la n\u00e9cessit\u00e9 du d\u00e9tachement, aux lettres des abbesses de Port-Royal, \u00e0 cette diff\u00e9rence que le discours moral repose ici sur une exp\u00e9rience v\u00e9cue du monde. Mme de Longueville offrira son c\u0153ur \u00e0 Port-Royal, son corps aux carm\u00e9lites, dont elle \u00e9tait proche. La princesse de Conti quant \u00e0 elle demandera qu\u2019on porte ses entrailles aux Champs. <\/p>\n<p>La quatri\u00e8me partie est consacr\u00e9e aux religieuses et aux hommes qui les entourent. Elle offre une galerie de portraits caract\u00e9ristiques des personnages de Port-Royal, tous plac\u00e9s sous le signe de l\u2019exemplarit\u00e9 religieuse. Chaque portrait est pourtant original. L\u2019histoire peu banale de la s\u0153ur Marie-Madeleine Charron, par exemple, fille pauvre et ignorante qui entre au service d\u2019un \u00ab homme sans religion \u00bb, qui \u00ab ne craignait ni Dieu ni les hommes \u00bb alors qu\u2019elle-m\u00eame n\u2019a aucune notion du bien et du mal. \u00ab Elle ne br\u00fbla point dans la fournaise et elle ne peut l\u2019attribuer qu\u2019\u00e0 l\u2019invisible protection de Dieu \u00bb, indique Ang\u00e9lique de Saint-Jean, narratrice illustre de cette vie simple. (p. 420) Apr\u00e8s un projet de mariage avort\u00e9, Marie-Madeleine entre au couvent. Son histoire se veut une illustration de la Providence divine. La s\u0153ur Charron rejoint dans l\u2019histoire du couvent le groupe de ceux qui sont directement \u00ab instruits de Dieu \u00bb. L\u2019histoire d\u2019\u00c9tienne de Bascle s\u2019av\u00e8re \u00e9galement surprenante. Le r\u00e9cit commence dans la violence par l\u2019\u00e9vocation des fr\u00e8res et s\u0153urs du futur Solitaire, tu\u00e9s dit-on par \u00ab une vieille femme qui fut br\u00fbl\u00e9e comme sorci\u00e8re \u00e0 Martel et qui avoua qu\u2019elle \u00e9tait venue par la chemin\u00e9e dans la chambre o\u00f9 ils \u00e9taient et qu\u2019elle les avaient tu\u00e9s en leur per\u00e7ant le cr\u00e2ne par le haut de la t\u00eate avec un poin\u00e7on \u00bb. Son mariage ensuite avec une femme qui porte en secret l\u2019enfant d\u2019un autre et qui est d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 tuer le nouveau-n\u00e9 \u00e0 sa naissance pour cacher son \u00ab p\u00e9ch\u00e9 \u00bb, le proc\u00e8s qui s\u2019ensuit quand la \u00ab faute \u00bb est d\u00e9couverte et l\u2019annulation de l\u2019union, les visions effrayantes d\u2019\u00c9tienne durant une maladie, puis sa rencontre avec Saint-Cyran, enfin, l\u2019apaisement de la retraite. <\/p>\n<p>D\u2019autres portraits suscitent la compassion, notamment celui du charretier Innocent Fai, extrait du N\u00e9crologe de Port-Royal. Cet homme, qui s\u2019inflige de rudes mortifications, appara\u00eet comme un mod\u00e8le d\u2019abn\u00e9gation, de charit\u00e9 et d\u2019aust\u00e9rit\u00e9, un double des premiers P\u00e8res : \u00ab Il se cachait dans son \u00e9curie pour prier \u00e0 genoux [\u2026] En hiver m\u00eame, il couchait sur un coffre, et souvent sur la terre, malgr\u00e9 les plus grands froids \u00bb. (p. 498 et 500) Enfin, la princesse trop bien n\u00e9e, Catherine-Henriette de Lorraine d\u2019Elbeuf, qui aspire \u00e0 entrer au couvent malgr\u00e9 l\u2019hostilit\u00e9 de ses parents et la r\u00e9ticence de Port-Royal, qui craint que la jeune fille n\u2019accommode la r\u00e8gle \u00e0 son rang. Quand on l\u2019accepte, il est trop tard. Elle re\u00e7oit l\u2019habit de novice sur son lit de mort, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de vingt-deux ans. Dernier personnage que nous citerons, la s\u0153ur Suzanne de Sainte-C\u00e9cile Robert, dont la volont\u00e9 est aussi forte que son corps est fr\u00eale, et qui finit par succomber aux graves mortifications qu\u2019elle s\u2019inflige, malgr\u00e9 l\u2019attention de ses compagnes \u00e0 la pr\u00e9server contre elle-m\u00eame. Le texte offre des moments d\u2019\u00e9motion intense, \u00e0 l\u2019instar de celui-ci, alors que la s\u0153ur vient de faire un malaise. Ang\u00e9lique de Saint-Jean, l\u2019auteur de sa Vie, \u00e9crit ceci : <\/p>\n<p><quote>Je m\u2019approchai la premi\u00e8re pour la relever et, ayant pass\u00e9 la main sous elle pour cet effet, je ne puis pas comprendre encore combien elle me parut l\u00e9g\u00e8re, car je n\u2019y sentis point de poids. Il semblait que son corps n\u2019\u00e9tait plus que d\u2019air et, ainsi, je la portai sans aucune peine sur le lit, o\u00f9 elle revint peu \u00e0 peu \u00e0 elle, mais dans une faiblesse si extr\u00eame qu\u2019elle n\u2019avait point de pouls. (p. 542)   <\/quote><\/p>\n<p>Les religieuses qui ont fait la gloire du monast\u00e8re par leur personnalit\u00e9 hors du commun, leur imp\u00e9tuosit\u00e9 et leur fermet\u00e9 \u00e0 d\u00e9fendre leurs droits sont \u00e9videmment pr\u00e9sentes : Ang\u00e9lique de Saint-Jean Arnauld d\u2019Andilly, la s\u0153ur Briquet, la s\u0153ur de Br\u00e9gy Jacqueline Pascal. <\/p>\n<p>Les pers\u00e9cutions et la chute du monast\u00e8re constituent l\u2019essentiel des cinqui\u00e8me et sixi\u00e8me parties. L\u2019anthologie verse dans le drame. Les textes choisis (des interrogatoires qui opposent les moniales \u00e0 leurs adversaires, des relations de captivit\u00e9 et des actes des religieuses r\u00e9sistantes) permettent de saisir d\u2019une part la violence des pressions exerc\u00e9es sur des femmes sans pouvoir r\u00e9el, de l\u2019autre, les raisons profondes qui conduisent celles-ci \u00e0 d\u00e9sob\u00e9ir et \u00e0 se r\u00e9signer \u00e0 un acte qui contredit leurs convictions. Les r\u00e9cits relatifs \u00e0 la destruction du monast\u00e8re, en 1709, le spectacle de la profanation des tombes, l\u2019exhumation des corps des moniales, des pr\u00eatres et des autres habitants du lieu dans une fosse commune en 1711-1712, r\u00e9v\u00e8lent l\u2019horreur de l\u2019histoire qui s\u2019est jou\u00e9e sur ordre de Louis XIV. <\/p>\n<p>De la mort \u00e0 Dieu, telle est la transition suivie. La derni\u00e8re partie s\u2019\u00e9l\u00e8ve du terrestre au c\u00e9leste. Elle offre des textes embl\u00e9matiques de la spiritualit\u00e9 de Port-Royal et des t\u00e9moignages forts d\u2019amour de Dieu. L\u2019histoire du Chapelet secret de la m\u00e8re Agn\u00e8s, \u00e9crit de pi\u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine d\u2019une forte pol\u00e9mique, et surtout les textes essentiels de Saint-Cyran : Le C\u0153ur nouveau, \u00e0 l\u2019intention des gens du monde nouvellement convertis, les Lettres chr\u00e9tiennes et spirituelles dans lesquelles s\u2019exprime le culte int\u00e9rieur privil\u00e9gi\u00e9 par le directeur de Port-Royal. Enfin, des \u00e9crits de Blaise Pascal, le converti de renom du si\u00e8cle. Le M\u00e9morial et l\u2019\u00c9crit sur la conversion, sa tr\u00e8s belle Lettre au sujet de la mort de son p\u00e8re, mod\u00e8le de soumission \u00e0 Dieu et de confiance en sa mis\u00e9ricorde, la Pri\u00e8re pour demander \u00e0 Dieu le bon usage des maladies, exemple du comportement attendu du chr\u00e9tien dans l\u2019affliction. Des deux lettres de Jacqueline Pascal sur son entr\u00e9e en religion, longtemps retard\u00e9e, pour plaire \u00e0 son p\u00e8re d\u2019abord, \u00e0 son fr\u00e8re ensuite, le lecteur retiendra sans doute la premi\u00e8re, \u00e9crite \u00e0 Blaise, pour la force des sentiments qui s\u2019en d\u00e9gage. La d\u00e9termination de Jacqueline, son affection profonde pour ce fr\u00e8re qui refuse de la voir s\u2019enfermer, ses efforts pour le convaincre d\u2019assister \u00e0 sa v\u00eature, sa crainte sous-jacente qu\u2019il ne soit absent s\u2019expriment dans un style de toute beaut\u00e9 et des formules marquantes, dont celle-ci : \u00ab Si vous n\u2019avez pas la force de me suivre, au moins ne me retenez pas \u00bb. (p. 1156) Un discours d\u2019Ang\u00e9lique de Saint-Jean, qui partage la propension au martyre de sa compagne durant les pers\u00e9cutions, cl\u00f4t cette derni\u00e8re partie. <\/p>\n<p>Les auteurs des textes choisis sont vari\u00e9s : des historiens contemporains (Racine) ou du si\u00e8cle suivant (J\u00e9r\u00f4me Besoigne), des \u00e9crivains de talent (Arnauld d\u2019Andilly, Antoine Le Maistre, Gilberte P\u00e9rier), des moniales dou\u00e9es de qualit\u00e9s litt\u00e9raires manifestes (Ang\u00e9lique de Saint-Jean) et des anonymes du monast\u00e8re. Les voix se m\u00ealent pour retracer l\u2019histoire d\u2019une vie, illustrer la spiritualit\u00e9 et les vertus d\u2019un \u00eatre particulier, et, \u00e0 travers lui, l\u2019esprit de la communaut\u00e9 qui le forme et le nourrit. La singularit\u00e9 est reflet du collectif \u00e0 Port-Royal. Elle se fond dans une uniformit\u00e9 signifiante. La vertu fait sens et devient la \u00ab marque \u00bb certaine de la faveur divine sur le monast\u00e8re. Si elle ne se r\u00e9sume pas \u00e0 ce seul dessein, l\u2019\u00e9criture s\u2019av\u00e8re indissociable de l\u2019apologie. L\u2019anthologie r\u00e9pond par le choix des textes aux motivations des historiographes de la communaut\u00e9, qui ont souhait\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but du travail de m\u00e9moire faire entendre les voix des humbles quand leurs t\u00e9moignages \u00e9taient utiles pour servir \u00e0 l\u2019histoire de Port-Royal.<\/p>\n<p>Laurence Plazenet r\u00e9habilite avec force et conviction l\u2019image du couvent opprim\u00e9, brisant celle longtemps entretenue d\u2019un monast\u00e8re o\u00f9 ne r\u00e8gneraient que p\u00e9nitence et mortifications. Outil pr\u00e9cieux pour le chercheur sp\u00e9cialiste de Port-Royal, l\u2019anthologie r\u00e9pondra aux attentes du lecteur novice, autre destinataire, \u00e0 qui elle donne toutes les cl\u00e9s pour comprendre l\u2019apport capital de Port-Royal dans l\u2019histoire de la spiritualit\u00e9 et de la pens\u00e9e au XVIIe si\u00e8cle, son influence majeure dans la litt\u00e9rature, la morale, la philosophie, la th\u00e9ologie et la politique. Pr\u00e9cise, richement document\u00e9e, agr\u00e9ment\u00e9e d\u2019images et de plans, la lecture n\u2019est jamais pesante. Laurence Plazenet r\u00e9alise le v\u0153u inaccompli d\u2019Ang\u00e9lique de Saint-Jean historiographe : transmettre la m\u00e9moire et les valeurs du monast\u00e8re \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9, faire entendre des voix qu\u2019on a opprim\u00e9es, et finalement fait taire. Les multiples fonctions d\u00e9volues \u00e0 l\u2019\u00e9criture \u00e0 Port-Royal apparaissent : enseigner par l\u2019exemple, suivant l\u2019un des principes de la r\u00e9formatrice, d\u2019o\u00f9 la large place accord\u00e9e aux Vies, r\u00e9guli\u00e8res ou s\u00e9culi\u00e8res, inciter \u00e0 la pi\u00e9t\u00e9 par une lecture r\u00e9fl\u00e9chie des textes spirituels, d\u00e9fendre la m\u00e9moire du monast\u00e8re contre les calomnies adverses, constituer son histoire et son mythe. La plume de l\u2019\u00e9crivain guide celle de la chercheur pour faire revivre l\u2019histoire tragique de l\u2019abbaye, sans alt\u00e9rer la v\u00e9rit\u00e9 historique ni le sens des textes, dans un style qui m\u00eale \u00e9l\u00e9gance et sobri\u00e9t\u00e9. Le pari de Laurence Plazenet est r\u00e9ussi : la grandeur et la singularit\u00e9 de Port-Royal \u00e9clatent \u00e0 travers le choix des textes propos\u00e9s. L\u2019anthologie offre une promenade spirituelle et intellectuelle dense, des lectures sources de m\u00e9ditation et d\u2019\u00e9motions diverses, entre admiration, \u00e9merveillement et effroi. Le monast\u00e8re a perdu face au roi Soleil. Il rena\u00eet ici en plein jour.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019anthologie de textes sur Port-Royal, \u00e9tablie, pr\u00e9sent\u00e9e et annot\u00e9e par Laurence Plazenet, est imposante. 1161 pages sont consacr\u00e9es au monast\u00e8re qui r\u00e9unit les plus grands noms du si\u00e8cle, dans le dessein de faire d\u00e9couvrir les figures masculines ou f\u00e9minines, la\u00efques &hellip; <a href=\"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/2013\/09\/04\/port-royal-une-anthologie\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":144,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[47],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1117"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1117"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1117\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/144"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1117"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1117"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1117"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}