{"id":1109,"date":"2011-01-07T13:50:23","date_gmt":"2011-01-07T12:50:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.melancholia.fr\/import\/index.php\/2011\/01\/07\/dominique-descotes-dir-pascal\/"},"modified":"2011-01-07T13:50:23","modified_gmt":"2011-01-07T12:50:23","slug":"dominique-descotes-dir-pascal","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/2011\/01\/07\/dominique-descotes-dir-pascal\/","title":{"rendered":"Dominique Descotes (dir.), Pascal, auteur spirituel"},"content":{"rendered":"<p>Ce collectif r\u00e9unit les textes de communications faites \u00e0 trois colloques organis\u00e9es par le Centre International Blaise Pascal entre 2000 et 2005. Le lecteur y d\u00e9couvrira un irrempla\u00e7able aper\u00e7u des travaux les plus r\u00e9cents de vingt sp\u00e9cialistes op\u00e9rant dans de nombreux domaines.  <\/p>\n<p> La premi\u00e8re des quatre sections qui composent cet ouvrage s\u2019intitule \u00ab Contextes et sources d\u2019inspiration \u00bb. Tout d\u2019abord, Thierry Wanegfellen conclut, \u00e0 propos des <em>Ecrits sur la gr\u00e2ce<\/em> et du Concile de Trente, que Pascal et Port-Royal sont toujours rest\u00e9s fid\u00e8les \u00e0 l\u2019orthodoxie non seulement catholique, mais tridentine. Philippe Sellier montre ensuite la coloration oratorienne et, plus particuli\u00e8rement, condr\u00e9nienne de la th\u00e9ologie pascalienne, qui ne renonce point, n\u00e9anmoins, \u00e0 ses principes fondamentaux. Suivent trois \u00e9tudes minutieuses consacr\u00e9es, pour la premi\u00e8re, au <em>M\u00e9morial <\/em> par Andr\u00e9 Bord, pour la seconde, \u00e0 Pascal disciple de saint Paul par Julie Higaki et, pour la troisi\u00e8me, \u00e0 Pascal adversaire de  Calvin par Jean-Pierre Alcantara. La communication qui cl\u00f4t cette premi\u00e8re section est une tr\u00e8s utile \u00e9tude de G\u00e9rard Ferreyrolles, qui analyse, \u00e0 la lumi\u00e8re des citations de saint Thomas dans les <em>Ecrits sur la gr\u00e2ce<\/em>, les rapports entre le grand dominicain et Pascal. <\/p>\n<p> La deuxi\u00e8me section traite de \u00ab Textes spirituels et th\u00e9ologiques \u00bb de Pascal. Elle commence par une \u00e9tude d\u2019H\u00e9l\u00e8ne Michon intitul\u00e9e \u00abL\u2019\u00e9criture mystique du <em>M\u00e9morial<\/em> \u00bb. Contrairement \u00e0 ce qu\u2019affirme l\u2019A. (168 et 182), ce texte contient trois et non deux citations bibliques en latin et l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue par Pascal a dur\u00e9 deux heures et non une heure et demie. En outre, l\u2019A. conclut, \u00e0 tort,  que ce texte ne semble pas renvoyer \u00e0 un combat (171) et qu\u2019aucune m\u00e9thode n\u2019y est inscrite (184). A cela, il suffit de r\u00e9pondre que Pascal y \u00e9crit que Dieu \u00ab ne se trouve que par les voies enseign\u00e9es dans l\u2019Evangile \u00bb. Suivre ces voies, voil\u00e0 la m\u00e9thode que le chr\u00e9tien doit appliquer sans rel\u00e2che dans son \u00ab jour d\u2019exercice sur la terre \u00bb. A propos du<em> M\u00e9morial,<\/em> Jean Mesnard conclut \u00e0 son tour que ce texte est une inscription (207) et un office priv\u00e9 (209), o\u00f9 l\u2019on distingue un acte de foi, un acte d\u2019esp\u00e9rance et un acte de charit\u00e9 (210 et 211). Il convient d\u2019ajouter, pourtant, qu\u2019une seule des trois citations en latin du <em>M\u00e9morial<\/em> vient des<em> Psaumes<\/em>, et non deux, comme l\u2019affirme l\u2019A. (215). Quant \u00e0 Genevi\u00e8ve Descamps, elle fait un rapprochement \u00e9clairant entre le <em>M\u00e9morial <\/em>et le <em>Myst\u00e8re de J\u00e9sus<\/em> sur le th\u00e8me  \u00ab Contemplation et dialogue int\u00e9rieur avec J\u00e9sus \u00bb.  <\/p>\n<p> Dans l\u2019\u00e9tude suivante, qui constitue \u00e9galement le premier chapitre d\u2019un ouvrage de l\u2019A. intitul\u00e9 <em>J\u00e9sus selon Pascal<\/em> (Paris, Descl\u00e9e, 2008), le p\u00e8re Jean-Christophe de Nada\u00ef traite du sacrifice de J\u00e9sus-Christ d\u2019apr\u00e8s la lettre aux P\u00e9rier. Selon l\u2019A., cette lettre \u00ab compose deux syst\u00e8mes, sans v\u00e9ritablement les conjuguer \u00bb (239), \u00e0 savoir l\u2019augustinisme, dans lequel la doctrine du p\u00e9ch\u00e9 originel occupe une place centrale, et un autre syst\u00e8me, o\u00f9 cette doctrine  n\u2019a qu\u2019une place lat\u00e9rale. <\/p>\n<p> Selon Augustin, la mort est, pour le commun des hommes, un ch\u00e2timent du p\u00e9ch\u00e9, une punition subie passivement. Elle n\u2019est en aucune fa\u00e7on un  ressort du salut  (240 et 241), puisqu\u2019elle ne peut \u00eatre que le symbole de l\u2019expiation des p\u00e9ch\u00e9s, donc de l\u2019union \u00e0 Dieu (243, 244 et 248). En effet, la chair de J\u00e9sus-Christ seul pouvait avoir quelque prix \u00e0 l\u2019\u00e9gard du salut. Lui seul pouvait m\u00e9riter qu\u2019il y e\u00fbt des saints et que l\u2019\u00e2me humaine soit d\u00e9livr\u00e9e de la concupiscence de ses membres (241). C\u2019est ainsi que la passion du Christ fut un v\u00e9ritable sacrifice pour expier les p\u00e9ch\u00e9s et pour apaiser Dieu (246). Dans ce sa   crifice, le Christ accomplit le r\u00f4le de sacrificateur, de pr\u00eatre qui se sacrifie lui-m\u00eame \u00e0  Dieu le P\u00e8re pour les hommes p\u00e9cheurs. Voil\u00e0 la r\u00e9ponse aux quatre questions qu\u2019il faut poser, selon saint Augustin (<em>De Trinitate<\/em>, IV, 14) et saint Thomas (<em>S.T.<\/em>, IIIa, 48, 3,  <em>ad Resp<\/em>.), \u00e0 propos de tout sacrifice, \u00e0 savoir \u00ab \u00e0 qui, par qui, ce qui et pour qui il est offert \u00bb  (253). Le sacrifice du Christ est parfait et efficace, parce qu\u2019il est \u00ab souverainement agr\u00e9- able \u00e0 Dieu \u00bb (245 et 248) en raison de la parfaite identit\u00e9 de la volont\u00e9 du Sacrificateur et de celle du P\u00e8re (244) et du caract\u00e8re \u00e9minemment ad\u00e9quat du Sacrifi\u00e9 (241). Enfin, selon saint Thomas, le sacrifice du Christ r\u00e9unit \u00ab les trois esp\u00e8ces des sacrifices : sacrifice pour le p\u00e9ch\u00e9, hostie pacifique, holocauste, selon les trois degr\u00e9s de l\u2019\u0153uvre salutaire : p\u00e9nitence, vie de gr\u00e2ce, vie de gloire \u00bb (249). Chacun des deux premiers de ces degr\u00e9s est  \u00ab comme le pr\u00e9alable \u00bb du suivant (247). Donc, ce sacrifice \u00ab pour apaiser Dieu \u00bb (246) n\u2019est effectif et utile que parce que Dieu le P\u00e8re l\u2019agr\u00e9e \u00e0 chaque moment et selon les trois esp\u00e8ces (247, 248 et 249).  <\/p>\n<p> Selon l\u2019A., Pascal, apr\u00e8s avoir affirm\u00e9 la th\u00e9ologie augustinienne au d\u00e9but de sa lettre, l\u2019aurait ensuite d\u00e9laiss\u00e9e pour en avancer une autre. D\u2019apr\u00e8s celle-ci, la mort n\u2019est pas, pour le commun des hommes, \u00ab une n\u00e9cessit\u00e9 soufferte et contraire \u00e0 la vie dont elle brise le cours \u00bb, en offusquant apparemment l\u2019\u0153uvre de la cr\u00e9ature, mais \u00ab un acte v\u00e9ritablement humain \u00bb, qui parach\u00e8ve \u00ab une vie \u00e0 quoi elle ressortit encore, pour lui conf\u00e9rer une sorte de perfection \u00bb (241). L\u2019hommage charnel qu\u2019est la mort du commun des hommes n\u2019est pas le simple symbole insuffisant de l\u2019expiation des p\u00e9ch\u00e9s mais, au contraire, une satisfac- tion destin\u00e9e \u00e0 plaire \u00e0 Dieu, satisfaction qui accomplit elle-m\u00eame l\u2019union \u00e0 l\u2019Eternel (248), pourvu, bien entendu, que Dieu, au bout du compte, accepte cette immolation (242). J\u00e9sus-Christ n\u2019a pas expi\u00e9 les p\u00e9ch\u00e9s des hommes, il leur a simplement offert le mod\u00e8le d\u2019un holocauste, d\u2019une immolation charnelle totale (249), consentie par \u00ab une cr\u00e9ature divinis\u00e9e \u00bb, une \u00ab cr\u00e9ature s\u2019immolant pour jamais \u00bb (250), pour donner \u00e0 son P\u00e8re une parfaite satisfaction et non une expiation des p\u00e9ch\u00e9s des autres. Le \u00ab pour qui \u00bb fait d\u00e9faut dans cet holocauste et le \u00ab par qui \u00bb \u00ab y est comme occult\u00e9 \u00bb (253). La mort offerte par le Christ n\u2019est ni sacrifice pour le p\u00e9ch\u00e9 ni hostie pacifique mais pur holocauste consenti par le Fils pour le P\u00e8re, un holocauste dont la perfection est telle que, \u00ab comme la \u2018fum\u00e9e\u2019 des autels, J\u00e9sus-Christ glorifi\u00e9 para\u00eet n\u2019avoir pas de substance \u00bb (251). Donc, la Vie nouvelle n\u2019a d\u2019autre ressort que la destruction de la chair. L\u2019holocauste de J\u00e9sus-Christ n\u2019int\u00e9resse directement que lui et le P\u00e8re (249). De mani\u00e8re indirecte, cependant, et \u00ab par mode de m\u00e9rite et de satisfaction, sans doute, plut\u00f4t que de sacrifice \u00bb (251), cet holocauste permet aux fid\u00e8les de voir dans la mort de J\u00e9sus-Christ le mod\u00e8le de la leur et d\u2019entretenir avec J\u00e9sus-Christ un rapport tout \u00ab sp\u00e9culaire \u00bb (252), ou d\u2019\u00e9mulation. Chaque fid\u00e8le doit op\u00e9rer son salut en imitant le plus fid\u00e8lement possible le mod\u00e8le de l\u2019holocauste de J\u00e9sus-Christ (253). Donc, l\u2019Eglise est un ensemble de victimes sans r\u00e9elle soci\u00e9t\u00e9 entre elles (252). S\u2019agissant des fid\u00e8les, on vient de le voir, la <em>Lettre<\/em> parle peu de l\u2019office de sacrificateur que le Christ accomplit pour eux (253). A sa mort, chaque fid\u00e8le exerce lui-m\u00eame \u00e0 la fois la fonction de ministre et celle de victime (253) d\u2019un holocauste, certes expiatoire dans le cas des hommes, mais \u00ab par mode de satisfaction, non de sacrifice \u00bb (249). Cet holocauste n\u2019a donc pas pour fin premi\u00e8re d\u2019apaiser une col\u00e8re divine (244).  <\/p>\n<p> Y a-t-il vraiment deux th\u00e9ologies distinctes dans cette lettre ? Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette ques- tion, il suffit d\u2019y relire les citations bibliques, surtout celles de l\u2019 \u00ab Ep\u00eetre aux H\u00e9breux \u00bb (IX, 14 et X, 5 et 7), qui, quoique partielles, devaient suffire \u00e0 rappeler la totalit\u00e9 de leur contexte au couple P\u00e9rier. Il s\u2019agit l\u00e0 v\u00e9ritablement de textes essentiels qui expriment les id\u00e9es-ma\u00eetresses de la lettre. Le premier de ces passages montre bien que J\u00e9sus-Christ, pr\u00eatre sacrificateur, s\u2019est offert lui-m\u00eame sans tache \u00e0 Dieu pour purifier la conscience des hommes des \u00ab \u0153uvres mortes \u00bb (des p\u00e9ch\u00e9s). Les deux derniers nous montrent une seconde fois J\u00e9sus-Christ qui, d\u00e8s son entr\u00e9e dans le monde, s\u2019offre \u00e0 Dieu \u00e0 la place des holo-  caustes et sacrifices qui n\u2019enl\u00e8vent pas les p\u00e9ch\u00e9s. Saint Paul conclut (X, 12) que J\u00e9sus-Christ a offert pour les p\u00e9ch\u00e9s un unique sacrifice. Pascal ajoute : \u00ab Voil\u00e0 son oblation. Sa sanctification a \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diate de son oblation. Ce sacrifice a dur\u00e9 toute sa vie, et a \u00e9t\u00e9 accomplie par sa mort.  \u00bb. Par cons\u00e9quent, le sacrifice du Christ a r\u00e9uni les trois esp\u00e8ces des sacrifices en recueillant, d\u00e8s son entr\u00e9e dans le monde et de mani\u00e8re constante, l\u2019agr\u00e9- ment de Dieu. Pour Pascal, donc, comme pour saint Thomas, J\u00e9sus-Christ a \u00ab caus\u00e9 notre salut par mode de sacrifice \u00bb tout autant que de satisfaction (249, notes 20 et 21). L\u2019homme prend sa part n\u00e9cessaire, quoique insuffisante et seulement symbolique par rapport \u00e0 celle du Christ, dans l\u2019expiation des p\u00e9ch\u00e9s, entre autres, en subissant la mort. Son rapport au Christ n\u2019est donc pas \u00ab sp\u00e9culaire \u00bb, ou d\u2019\u00e9mulation. C\u2019est ainsi que Pascal \u00e9crit, \u00e0 la fin de cette lettre : \u00ab \u2026que J\u00e9sus-Christ en soit vainqueur ..[du p\u00e9ch\u00e9 originel] ..et qu\u2019il r\u00e8gne  \u00e9ternellement en nous \u00bb. Enfin, l\u2019homme peut prendre sa part aussi dans l\u2019\u0153uvre du salut  des autres en priant pour \u00ab fl\u00e9chir la col\u00e8re de Dieu \u00bb sur eux, par exemple, sur Etienne  Pascal. Il y a ainsi une r\u00e9elle soci\u00e9t\u00e9 entre les victimes qui composent l\u2019Eglise. La lettre de Pascal aux P\u00e9rier reste donc, malgr\u00e9 une coloration oratorienne, enti\u00e8rement conforme \u00e0 la doctrine de saint Paul et de saint Augustin (voir <em>supra<\/em> les remarques sur l\u2019article de P. Sel- lier). <\/p>\n<p> Il ne faut jamais oublier que la <em>Lettre<\/em> n\u2019est pas un trait\u00e9 de th\u00e9ologie, mais une lettre de  consolation. Toujours fid\u00e8le \u00e0 la th\u00e9ologie s\u00e9v\u00e8re de saint Paul, de saint Augustin et de saint Thomas, Pascal devait bien se rendre compte, n\u00e9anmoins, que l\u2019envoi d\u2019une premi\u00e8re \u00e9bauche des lugubres <em>Ecrits sur la gr\u00e2ce<\/em> \u00e0 Gilberte et Florin P\u00e9rier n\u2019aurait pas l\u2019effet souhait\u00e9. Il a donc entrepris de pr\u00e9senter cette th\u00e9ologie de mani\u00e8re \u00e0 r\u00e9conforter ses lecteurs dans leur chagrin. Pour faire cela, il a eu recours \u00e0 des changements non point de doctrine, mais d\u2019\u00e9clairage. Il a mis en relief un peu moins le caract\u00e8re p\u00e9nible et expiatoire de la mort et un peu plus son aspect de voie d\u2019acc\u00e8s joyeusement emprunt\u00e9e par une \u00e2me chr\u00e9tienne d\u00e9j\u00e0 repentie et pieuse  et aspirant maintenant, malgr\u00e9 sa peur de la mort, \u00e0 s\u2019unir \u00e9ternellement \u00e0 Dieu. Voil\u00e0 ce qu\u2019on pouvait esp\u00e9rer de mieux pour feu Etienne Pascal, \u00e0 savoir un passage aussi serein que possible \u00e0 la vie de gloire. Si Blaise Pascal n\u2019\u00e9tait pas un grand ma\u00eetre en th\u00e9ologie, il n\u2019\u00e9tait pas non plus un ignorant en la mati\u00e8re, ni un penseur incoh\u00e9rent. <\/p>\n<p> L\u2019article suivant, dans lequel H\u00e9l\u00e8ne Michon traite de l\u2019<em>Ecrit sur la conversion du p\u00e9cheur<\/em>, conclut (272), d\u2019une part, que cet opuscule s\u2019adresse \u00e0 un homme d\u00e9j\u00e0 touch\u00e9 par la gr\u00e2ce, d\u2019autre part, que l\u2019action de la gr\u00e2ce y est d\u00e9crite comme venant clore un processus d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9, de mani\u00e8re davantage en continuit\u00e9 qu\u2019en rupture avec la nature de l\u2019homme.  D\u2019apr\u00e8s l\u2019A., ce second aspect de l\u2019<em>Ecrit<\/em> ne concorde pas avec la th\u00e9ologie pascalienne de la gr\u00e2ce. Pourtant, selon la th\u00e9ologie de Pascal, la gr\u00e2ce, agissant dans un premier temps et dans les deux ordres naturels sur l\u2019esprit, peut faire atteindre \u00e0 l\u2019incroyant la foi humaine ; agissant ensuite dans un deuxi\u00e8me temps et dans l\u2019ordre surnaturel sur les fonctions cognitive et volitive du c\u0153ur, elle peut faire accorder \u00e0 cet ancien incroyant le don de la foi divine. Comme l\u2019<em>Ecrit<\/em> met l\u2019accent sur la progression de l\u2019incroyant dans l\u2019appr\u00e9hension de la v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est par l\u2019esprit, d\u2019abord, puis par le c\u0153ur surtout dans sa fonction cognitive, que s\u2019effectue le cheminement du futur converti. Il n\u2019y a donc aucune contradiction, mais simplement (une fois de plus) une diff\u00e9rence d\u2019\u00e9clairage, entre la th\u00e9ologie de l\u2019<em>Ecrit<\/em> et celle des grandes \u0153uvres de Pascal. <\/p>\n<p> Prendre Blaise Pascal en flagrant d\u00e9lit de contradiction n\u2019est point t\u00e2che ais\u00e9e. <\/p>\n<p> Les deux derniers articles de cette section sont de Laurent Thirouin. Le premier de ces articles traite du concept de maladie chez Pascal et Montaigne. L\u2019A. y conclut (292) que, selon Pascal, la maladie \u00ab suffit \u00e0 disqualifier le divertissement comme solution conve- nable de la mis\u00e8re \u00bb. C\u2019est sans doute trop dire : pour Pascal, si le divertissement ne con- stitue en aucune fa\u00e7on un rem\u00e8de d\u00e9finitif \u00e0 la mis\u00e8re, tout homme, m\u00eame chr\u00e9tien fervent, doit recourir \u00e0 ce palliatif tout en en reconnaissant les limites radicales. De m\u00eame, en affir- mant dans le second de ces articles que le divertissement est \u00ab une fa\u00e7on de se d\u00e9tourner de Dieu \u00bb (300), qu\u2019il emp\u00eache la conversion \u00bb (300), que le moraliste ne peut le cong\u00e9dier sans proposer une solution de rechange (303), et que \u00ab l\u2019objet ultime du divertissement\u2026. c\u2019est toujours pour Pascal, la question de Dieu \u00bb (304), l\u2019A. va trop loin : un chr\u00e9tien con- vaincu doit recourir, \u00e0 l\u2019occasion, au divertissement, dont l\u2019objet ultime, et l\u00e9gitime, est de dissiper la mis\u00e8re humaine de mani\u00e8re provisoire mais n\u00e9cessaire. De plus, l\u2019A., qui af- firme qu\u2019il n\u2019y a pas de philosophie dans les <em>Pens\u00e9es<\/em> \u00bb (299), se contredit ensuite, d\u2019abord,  en \u00e9voquant la loi des \u00ab trois ordres \u00bb, qui sont une hi\u00e9rarchie ontologique (299), donc philosophique, puis, en d\u00e9clarant que \u00ab le divertissement\u2026atteint lui aussi une loi m\u00e9ta- physique \u00bb (304), donc philosophique, et que \u00ab l\u2019an\u00e9antissement est bien moins une pos- ture morale que m\u00e9taphysique \u00bb (316), donc philosophique, et, enfin, en soutenant que l\u2019ennui est \u00ab un \u00e9tat de d\u00e9tresse m\u00e9taphysique \u00bb (318), donc philosophique. Pour bien comprendre Pascal, il faut reconna\u00eetre chez lui une philosophie qui affirme des principes fondamentaux, tels celui des trois ordres de la r\u00e9alit\u00e9 (corps, esprit, c\u0153ur), celui des trois ordres de la r\u00e9alisation (le z\u00e9ro, le fini, l\u2019infini), et celui de la gradation (peuple, demi-habiles, habiles, d\u00e9vots, parfaits chr\u00e9tiens), selon lequel le peuple, l\u2019habile et le parfait chr\u00e9tien ont tous raison, chacun selon sa lumi\u00e8re, de respecter les lois, de recourir au divertissement, de pratiquer la foi chr\u00e9tienne, etc.  <\/p>\n<p> La troisi\u00e8me section, intitul\u00e9e \u00ab Formes rh\u00e9toriques et litt\u00e9raires \u00bb, r\u00e9unit quatre articles , dont le premier, de Charles-Olivier Stiker-M\u00e9tral, traite de \u00ab La mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire de Pascal dans les <em>Ecrits sur la gr\u00e2ce<\/em> \u00bb. Si l\u2019on peut approuver la conclusion de l\u2019A., \u00e0 savoir que le lecteur y trouve \u00ab une mani\u00e8re na\u00efve, juste, agr\u00e9able, forte et naturelle en m\u00eame temps \u00bb (349), on peut s\u2019\u00e9tonner, en revanche, de sa remarque selon laquelle \u00ab il ne semble pas que Pascal prenne plus de soin en th\u00e9ologie qu\u2019en sciences de s\u2019adresser \u00e0 un public de sp\u00e9cia- listes \u00bb (330). Et le <em>Trait\u00e9 de la Roulette <\/em>? Dans le deuxi\u00e8me de ces articles, Yuka Mochi- zuki analyse \u00ab La d\u00e9lectation dans les <em>Ecrits sur la gr\u00e2ce<\/em> \u00bb et conclut que ce texte est \u00ab \u00e0 la charni\u00e8re de deux rh\u00e9toriques, \u00e9loquence forte et \u00e9loquence douce, \u2018\u00e9mouvoir \u2018 et \u2018plaire\u2019, sans renoncer pour autant \u00e0 l\u2019exigence d\u2019enseignement \u00bb (391). Enfin, deux articles solides et d\u00e9taill\u00e9s de Dominique Descotes s\u2019intitulent \u00ab Le raisonnement par l\u2019absurde dans les <em>Ecrits sur la gr\u00e2ce<\/em> \u00bb et ensuite, \u00ab Paradoxes spirituels chez Pascal \u00bb. A propos du premier, une remarque s\u2019impose. Il aurait fallu mettre un \u00ab ne \u00bb dans la \u00ab Conclusion 3 \u00bb, comme suit : \u00ab Il n\u2019est pas vrai que Dieu <em>ne<\/em> laisse jamais les justes sans le pouvoir prochainement suffisant pour prier \u00e0 l\u2019instant prochain \u00bb (417). Quant au second article, il reprend tr\u00e8s utilement un th\u00e8me d\u00e9j\u00e0 trait\u00e9 de fa\u00e7on remarquable par l\u2019A. dans<em> M\u00e9thodes chez Pascal.<\/em> <em><\/p>\n<p> <\/em>Enfin, la quatri\u00e8me section, intitul\u00e9e \u00ab Echos et retentissements \u00bb, regroupe trois travaux. Celui de Laurence Devillairs, \u00ab La spiritualit\u00e9 anti-pascalienne de F\u00e9nelon \u00bb, propose une p\u00e9n\u00e9trante analyse des divergences entre ces deux auteurs. L\u2019article d\u2019Emmanuelle Lesne-Jaffro, \u00ab Priez pour la conversion des Hiroquois \u00bb, \u00e9tudie la notion de conversion sur l\u2019exemple historique de la grande religieuse ursuline Marie de l\u2019Incarnation. Enfin, Emmanuelle Tabet, dans \u00ab L\u2019\u00e9criture de la conversion chez Sainte-Beuve \u00bb, pr\u00e9sente l\u2019exemple contraire d\u2019un \u00e9minent \u00e9crivain que le catholicisme et ses grands auteurs ont longtemps attir\u00e9 sans le convertir. <\/p>\n<p> Le lecteur, sp\u00e9cialiste ou non, trouvera dans ce volume une tr\u00e8s ample mati\u00e8re \u00e0 r\u00e9flexion. Il saura profiter de l\u2019affrontement avec de nombreux critiques r\u00e9put\u00e9s, m\u00eame et peut-\u00eatre surtout, quand il ne sera pas d\u2019accord avec eux, et notamment sur l\u2019importance de la pen- s\u00e9e philosophique de Pascal. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment sa pens\u00e9e philosophique qui apporte la r\u00e9- ponse \u00e0 de nombreuses questions d\u2019interpr\u00e9tation que soul\u00e8ve son \u0153uvre. <\/p>\n<p>(Cette recension a d\u00e9j\u00e0 paru dans les <em>Romanische Forschungen<\/em>, vol. 121, cah. 2, 2009,  p. 233-237)                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce collectif r\u00e9unit les textes de communications faites \u00e0 trois colloques organis\u00e9es par le Centre International Blaise Pascal entre 2000 et 2005. 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