{"id":1108,"date":"2011-01-07T13:45:10","date_gmt":"2011-01-07T12:45:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.melancholia.fr\/import\/index.php\/2011\/01\/07\/rudolph-behrens-andreas-gipper-et\/"},"modified":"2011-01-07T13:45:10","modified_gmt":"2011-01-07T12:45:10","slug":"rudolph-behrens-andreas-gipper-et","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/2011\/01\/07\/rudolph-behrens-andreas-gipper-et\/","title":{"rendered":"Rudolph Behrens, Andreas Gipper, et Viviane Mellinghoff-Bourgerie (dir.), Croisements d\u2019anthropologie. Pascals Pens\u00e9es im Geflecht der Anthropologien"},"content":{"rendered":"<p>Le pr\u00e9sent volume r\u00e9unit les actes d\u2019un colloque qui a eu lieu en mars 2002 \u00e0 la Herzog  August Bibliothek de Wolfenb\u00fcttel et dont le but \u00e9tait d\u2019\u00e9valuer les multiples rapports discursifs que les <em>Pens\u00e9es<\/em> entretiennent avec d\u2019autres textes ant\u00e9rieurs et post\u00e9rieurs.  <\/p>\n<p> Apr\u00e8s deux communications p\u00e9n\u00e9trantes de Philippe Sellier et de G\u00e9rard Ferreyrolles, celle de Manfred Tietz traite de \u00ab L\u2019image des Juifs dans les <em>Pens\u00e9es<\/em> de Pascal et la tradition de la litt\u00e9rature <em>Adversus Judaeos<\/em> \u00bb. Selon lui, Pascal estime (p. 56) que \u00ab les Juifs sont aveugles, parce qu\u2019ils ont une attitude fondamentalement charnelle et orient\u00e9e vers le sens litt\u00e9ral apparent \u00bb, puis (p. 60), qu\u2019 \u00bbil n\u2019y a point de salut pour les Juifs \u00bb, et, enfin  (p. 62), que ces derniers \u00ab sont en principe inf\u00e9rieurs au christianisme \u00bb. Il affirme aussi,  en renvoyant (p. 62) au L270-S301, que Pascal n\u2019explique la multiplicit\u00e9 des sens de l\u2019Ecriture que par la satisfaction qu\u2019elle procure \u00e0 la curiosit\u00e9 humaine. Selon Tietz, enfin, Pascal a eu sa part dans le p\u00e9ch\u00e9 originel du christianisme, p\u00e9ch\u00e9 qui a consist\u00e9 \u00e0 s\u2019\u00e9riger  en \u00ab V\u00e9ritable Isra\u00ebl \u00bb \u00e0 la place de l\u2019ancien et \u00e0 d\u00e9nier \u00e0 ce dernier son identit\u00e9 historique et m\u00eame le droit de continuer \u00e0 exister. Contre tout cela, il convient de renvoyer \u00e0 deux liasses : d\u2019abord, \u00ab Perp\u00e9tuit\u00e9 \u00bb, o\u00f9 Pascal affirme qu\u2019il y a des hommes charnels et des hommes spirituels dans chaque religion, y compris la juive, et, ensuite, \u00ab Rabbinage \u00bb, o\u00f9 Pascal fait l\u2019\u00e9loge des Rabbins de l\u2019\u00e8re chr\u00e9tienne pour leurs \u00ab discours subtils, agr\u00e9ables, historiques,  et th\u00e9ologiques \u00bb (L277-S308), ainsi que pour leur doctrine relative au p\u00e9ch\u00e9 originel (L278S309). La distinction tr\u00e8s nette que Pascal fait ainsi entre les Juifs charnels et les Juifs spirituels interdit de conclure que les Juifs ne sont, selon lui, que charnels, ou qu\u2019il d\u00e9nie \u00e0 l\u2019ancien Isra\u00ebl son identit\u00e9 historique ou son droit de continuer \u00e0 exister. Quant \u00e0 la multiplicit\u00e9  des sens de l\u2019Ecriture, elle existe avant tout parce que Dieu \u00ab a voulu aveugler les uns et \u00e9claircir les autres \u00bb (L232-S264). A l\u2019\u00e9vidence, tous les Juifs de l\u2019\u00e8re chr\u00e9tienne ne sont pas compl\u00e8tent aveugles dans le sens de ce fragment de Pascal, qui reconnaissait bien leur identit\u00e9 historique et qui n\u2019a jamais contest\u00e9 leur droit de continuer \u00e0 exister.   <\/p>\n<p> Ensuite, l\u2019article de Viviane  Mellinghoff-Bourgerie, \u00ab Faute ou p\u00e9ch\u00e9 originel ? L\u2019anthropologie pascalienne des <em>Pens\u00e9es<\/em> entre Erasme et Bossuet \u00bb, aborde la question des trois concupiscences selon le fragment L933-S761. Elle conclut (p. 105) : \u00ab De la sagesse, Pascal fait  une authentique concupiscence \u00bb. Bien au contraire, Pascal \u00e9crit dans ce fragment : \u00ab Le lieu propre \u00e0 la superbe est la sagesse \u00bb, ce qui signifie que la \u00ab superbe \u00bb (ou l\u2019orgueil, c\u2019est-\u00e0-dire la \u00ab troisi\u00e8me concupiscence \u00bb) rel\u00e8ve de l\u2019ordre de la sagesse, puisqu\u2019elle est  pr\u00e9ci- s\u00e9ment le contraire de cette vertu. L\u2019A. ajoute (p. 106) que, selon Pascal, \u00ab les vertus th\u00e9ologales n\u2019accompagnent plus l\u2019homme de bonne volont\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un monde ph\u00e9nom\u00e9nologique o\u00f9 la \u2018nature\u2019 se r\u00e9duit \u00e0 la coutume et la \u2018raison\u2019 \u00e0 la \u2018folie\u2019. Arriv\u00e9 \u00e0 ce  point, plus rien ne peut fonder la v\u00e9rit\u00e9, un \u2018vide\u2019 se creuse partout o\u00f9 l\u2019homme se met en qu\u00eate de certitude \u00bb. Contre cela, il suffit de rappeler que, selon Pascal, la nature ne se r\u00e9duit pas enti\u00e8rement \u00e0 la coutume, puisque, par exemple, les hommes \u00ab ont un autre instinct secret qui reste de la grandeur de notre premi\u00e8re nature, qui leur fait conna\u00eetre que le bonheur n\u2019est en effet que dans le repos\u2026 \u00bb (L136-S168). La raison ne se r\u00e9duit point non plus \u00e0 la folie, puisque le peuple et les habiles jugent bien de toutes choses (L83-S117). Enfin, \u00e0 propos du  \u00ab vide \u00bb qui se creuse partout, l\u2019A. renvoie au fragment L148-S181, o\u00f9 Pascal \u00e9nonce au moins une certitude accessible aux hommes, \u00e0 savoir les deux crit\u00e8res du vrai Souverain Bien.   <\/p>\n<p> Vincent Carraud affirme surtout qu\u2019il faut distinguer, dans les <em>Pens\u00e9es, <\/em>deux anthropologies, dont la premi\u00e8re, th\u00e9ologique et apolog\u00e9tique, se fonde sur l\u2019opposition entre la grandeur et la mis\u00e8re humaines, et dont la seconde, ni th\u00e9ologique ni apolog\u00e9tique, ne s\u2019inspire point de  cette probl\u00e9matique binaire de contradictions (grandeur\/mis\u00e8re, etc.), mais d\u2019une conception concr\u00e8te, ph\u00e9nom\u00e9nologique et existentielle de l\u2019homme dans sa finitude d\u00e9finitivement accept\u00e9e : non plus l\u2019homme \u00e0 la fois mis\u00e9rable sans Dieu et capable de Le recevoir (L119-S151) , mais l\u2019homme ali\u00e9n\u00e9, puisque sans moi, l\u2019homme pour qui s\u2019aimer lui-m\u00eame, c\u2019est s\u2019imaginer plaire \u00e0 l\u2019autre. Selon l\u2019A., cette seconde anthropologie se trouve surtout dans ses discours sur la gloire, l\u2019imagination, la justice et le divertissement. Bien au contraire, chacun de ces discours vise \u00e0 confirmer les principes de l\u2019anthropologie dite \u00ab premi\u00e8re \u00bb. Ainsi, le  premier de ces discours affirme : \u00ab \u2026 leur nature [celle des hommes], qui est plus forte que tout, les convainquant de la grandeur de l\u2019homme plus fortement que la raison ne les convainc de leur bassesse \u00bb (L470-S707). Quant au second discours (L44-S78), s\u2019il montre \u00e0 quel point l\u2019imagination est une puissance trompeuse, il fait miroiter aussi la possibilit\u00e9 d\u2019une v\u00e9ritable  justice et d\u2019une v\u00e9ritable connaissance, possibilit\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e plus nettement encore au fragment intitul\u00e9 \u00ab Disproportion de l\u2019homme \u00bb (L199-S230), qui fait pendant au pr\u00e9c\u00e9dent. De m\u00eame, le discours sur la justice recommande la sagesse des \u00ab chr\u00e9tiens parfaits \u00bb, qui se conduisent  dans la soci\u00e9t\u00e9 selon \u00ab une autre lumi\u00e8re sup\u00e9rieure \u00bb (L90-S124). Enfin, le discours sur le divertissement (L137-S169) brosse le portrait du roi sans divertissement ; mais Pascal nuance  aussit\u00f4t sa pens\u00e9e de fa\u00e7on tr\u00e8s significative : \u00ab je ne parle point en tout cela des rois chr\u00e9tiens comme chr\u00e9tiens, mais seulement comme rois \u00bb. Le passage suivant (L131-S164) r\u00e9sume bien l\u2019unit\u00e9 de l\u2019anthropologie pascalienne : \u00ab Apprenez que l\u2019homme passe infiniment l\u2019homme et entendez de votre ma\u00eetre votre condition v\u00e9ritable que vous ignorez. Ecoutez Dieu \u00bb.   <\/p>\n<p>  Dans l\u2019article intitul\u00e9, \u00ab Le moi ha\u00efssable, une formule \u00e9quivoque \u00bb,  L. Thirouin \u00e9crit (p. 218) que, selon Pascal, \u00ab on ne peut aimer que pour soi-m\u00eame et \u2026. on ne peut rien pr\u00e9f\u00e9rer \u00e0 soi-m\u00eame \u00bb et (p. 237) que l\u2019amour qu\u2019on porte \u00e0 Dieu est n\u00e9cessairement une forme de l\u2019amour de soi. Bien au contraire, c\u2019est sous l\u2019effet de la gr\u00e2ce que l\u2019homme peut ob\u00e9ir \u00e0 la r\u00e8gle qui lui ordonne d\u2019aimer Dieu par-dessus tout et de s\u2019aimer lui-m\u00eame seulement en tant que \u00ab membre de J\u00e9sus- Christ \u00bb (L372-S404). Il est en outre inexact de dire (p. 240) que \u00ab ce qui est propos\u00e9 \u00e0 la haine par Pascal, ce n\u2019est pas le moi, mais l\u2019amour du moi \u00bb. Selon Pascal, le moi m\u00e9rite (L119-S151) \u00e0 la fois d\u2019\u00eatre aim\u00e9 en vertu de sa capacit\u00e9 de bien et d\u2019\u00eatre ha\u00ef \u00e0 cause du vide de cette capacit\u00e9.   <\/p>\n<p> Cet ouvrage, fort stimulant dans son ensemble, confirmera de nombreux lecteurs dans le sentiment que la r\u00e9flexion scientifique, anthropologique et apolog\u00e9tique de Pascal forme un bloc indissociable et que ce sont les sp\u00e9cialistes historiens et praticiens de m\u00e9thodes \u00e9prouv\u00e9es qui continueront, \u00e0 travers le monde et \u00e0 travers les \u00e2ges, \u00e0 mettre au jour les profondes richesses de son \u0153uvre magnifique.  <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le pr\u00e9sent volume r\u00e9unit les actes d\u2019un colloque qui a eu lieu en mars 2002 \u00e0 la Herzog August Bibliothek de Wolfenb\u00fcttel et dont le but \u00e9tait d\u2019\u00e9valuer les multiples rapports discursifs que les Pens\u00e9es entretiennent avec d\u2019autres textes ant\u00e9rieurs &hellip; <a href=\"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/2011\/01\/07\/rudolph-behrens-andreas-gipper-et\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[47],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1108"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1108"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1108\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1108"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1108"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1108"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}