{"id":1106,"date":"2011-01-07T13:29:53","date_gmt":"2011-01-07T12:29:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.melancholia.fr\/import\/index.php\/2011\/01\/07\/nicholas-hammond-dir-the-cambridge\/"},"modified":"2011-01-07T13:29:53","modified_gmt":"2011-01-07T12:29:53","slug":"nicholas-hammond-dir-the-cambridge","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/2011\/01\/07\/nicholas-hammond-dir-the-cambridge\/","title":{"rendered":"Nicholas Hammond (dir.), The Cambridge Companion to Pascal"},"content":{"rendered":"<p>La collection <em>Cambridge<\/em> <em>Companions<\/em> de la Cambridge University Press vient de consa- crer \u00e0 Blaise Pascal un volume collectif sous la direction de M. Nicholas Hammond, professeur de litt\u00e9rature fran\u00e7aise \u00e0 Cambridge. Ce livre r\u00e9unit, outre une introduction assur\u00e9e par M. Hammond, quatorze articles sur les multiples aspects de la pens\u00e9e de Pascal. <\/p>\n<p>Le premier article, celui de Ben Rogers, r\u00e9sume utilement la vie du penseur fran\u00e7ais. On peut s\u2019\u00e9tonner cependant de lire (p. 19, note 12) que Pascal ne voulait sans doute pas \u00ab prouver \u00bb la v\u00e9rit\u00e9 de la religion chr\u00e9tienne. S\u2019il en est vraiment ainsi, que faut-il penser, par exemple, de la finalit\u00e9 des liasses \u00ab Preuves de Mo\u00efse \u00bb et \u00ab Preuves de J\u00e9sus-Christ \u00ab  ? La m\u00eame question peut se poser \u00e0 propos de l\u2019article suivant, o\u00f9 Henry Phillips, traitant le th\u00e8me de Pascal lecteur de Montaigne et de Descartes, affirme (p. 38)  que l\u2019apolog\u00e9tique pascalienne est moins un ensemble d\u2019arguments en faveur du christianisme que le produit d\u2019une foi exemplaire. <\/p>\n<p>Viennent ensuite deux articles sur les math\u00e9matiques de Pascal. Le premier, celui d\u2019A.W.F. Edwards, rend compte, de mani\u00e8re claire et concise, des contributions apport\u00e9es par Pascal \u00e0 la th\u00e9orie de la probabilit\u00e9. Encha\u00eenant sur cette \u00e9tude, celle de  Jon Elster, intitul\u00e9e \u00abPascal et la th\u00e9orie de la d\u00e9cision \u00bb, affirme (p. 61) que Pascal   se contredit en \u00e9crivant, d\u2019abord, dans sa lettre au P\u00e8re No\u00ebl, que \u00ab pour faire qu\u2019une hypoth\u00e8se soit \u00e9vidente, il ne suffit pas que tous les ph\u00e9nom\u00e8nes s\u2019en ensuivent, au lieu que, s\u2019il s\u2019ensuit quelque chose de contraire \u00e0 un seul des ph\u00e9nom\u00e8nes, cela suffit pour assurer sa fausset\u00e9 \u00bb et, ensuite, dans les <em>Pens\u00e9es<\/em> (L427-S681), qu\u2019 \u00ab il faudrait,pour combattre [l\u2019Eglise], que [les incroyants] criassent qu\u2019ils ont fait tous leurs efforts pour chercher partout, et m\u00eame dans ce que l\u2019Eglise propose pour s\u2019en instruire, mais sans aucune satisfaction \u00bb. Ainsi, conclut M. Elster, m\u00eame si le christianisme explique la concordance entre les proph\u00e9ties bibliques et les \u00e9v\u00e9nements qui les ont r\u00e9alis\u00e9es,cela ne suffit pas, selon Pascal lui-m\u00eame, \u00e0 d\u00e9montrer la v\u00e9rit\u00e9 de cette religion. Au contraire, comme le montre bien le dernier paragraphe du <em>Trait\u00e9 de la Pesanteur de la Masse de l\u2019Air<\/em>, Pascal consid\u00e8re qu\u2019une hypoth\u00e8se n\u2019est d\u00e9montr\u00e9e que si elle satisfait aux <em>deux<\/em> conditions suivantes : 1) tous les ph\u00e9nom\u00e8nes la confirment 2) cette hypoth\u00e8se est la <em>seule<\/em> \u00e0 satisfaire \u00e0 cette premi\u00e8re condition. Selon Pascal, aucune hypoth\u00e8se autre que celle de la v\u00e9rit\u00e9 du christianisme ne peut rendre compte de la r\u00e9alisation des proph\u00e9ties bibliques. Elster affirme aussi (p. 63) qu\u2019 \u00ab il est peut-\u00eatre surprenant que [Pascal] ne dise pas si ces \u00e9l\u00e9ments de preuves ne pourraient pas n\u00e9anmoins nous autoriser \u00e0 attribuer une probabilit\u00e9 positive \u00e0 [l\u2019hypoth\u00e8se de la v\u00e9rit\u00e9 du christianisme] \u00bb. Au contraire, Pascal \u00e9crit (L835-S423) : \u00ab Mais l\u2019\u00e9vidence est telle qu\u2019elle surpasse ou \u00e9gale aumoins l\u2019\u00e9vidence du contraire \u2026 \u00bb. Enfin, Elster divise le Pari (p. 63) en sept arguments dont il trouve certains d\u00e9nu\u00e9s de toute valeur ou m\u00eame incoh\u00e9rents. Au contraire, il s\u2019agit dans le Pari d\u2019un raffinement progressif d\u2019un seul et unique argument que Pascal pr\u00e9sente sous la forme d\u2019un dialogue et qui est parfaitement coh\u00e9rent et valable (voir, par exemple, mon article \u00ab Strat\u00e9gie et Philosophie dans les <em>Pens\u00e9es<\/em> de Pascal \u00bb, dans<em>Romanistische Zeitschrift f\u00fcr Literaturgeschichte<\/em>, 26.1\/2.2002, pp. 183-210).<\/p>\n<p>Les deux articles suivants traitent de la pens\u00e9e scientifique de Pascal. Celui de Daniel Fouke, d&rsquo;abord, r\u00e9sume bien la physique de Pascal, \u00e0 ceci pr\u00e8s qu\u2019il comporte, pour rendre compte d\u2019une exp\u00e9rience, une figure d\u00e9fectueuse (p. 98), dont la version corrig\u00e9e se trouve chez Michel Le Guern <em>(Pascal \u0152uvres Compl\u00e8tes<\/em> I, p. 516 et p. 1110). En effet, la figure propos\u00e9e par Fouke ne permet pas de conclure (p. 97) que \u00ab si on retire le doigt de l\u2019ouverture pr\u00e8s de B, de sorte que l\u2019air s\u2019introduit par l\u00e0, le mercure au bout recourb\u00e9 monte jusqu\u2019\u00e0 atteindre un niveau o\u00f9 il est en \u00e9quilibre avec le poids de l\u2019air \u00bb. Desmond Clark aborde ensuite le probl\u00e8me de la certitude dans la science de Pascal. Ce dernier, affirme-t-il (p. 109), reconnaissait qu\u2019aucune exp\u00e9rience ne peut d\u00e9montrer avec certitude la v\u00e9rit\u00e9 d\u2019une hypoth\u00e8se. Il se trouvait donc dans la n\u00e9cessit\u00e9, soit de verser dans une sorte d\u2019empirisme berkel\u00e9ien, soit d\u2019aspirer \u00e0 une certitude cart\u00e9sienne en pr\u00e9sentant ses arguments sous la forme de d\u00e9monstrations math\u00e9matiques, soit, enfin, de reconna\u00eetre que les th\u00e9ories scientifiques ne sont jamais que plus ou moins probables.Ne pouvant accepter cette derni\u00e8re conclusion, Pascal aurait h\u00e9sit\u00e9 entre les deux premi\u00e8res. Au contraire, Pascal, pour qui les exp\u00e9riences sont les \u00ab v\u00e9ritables ma\u00eetres \u00bb en physique (voir le dernier paragraphe du <em>TPMA<\/em>), ne pouvait attribuer qu\u2019une tr\u00e8s haute probabilit\u00e9 aux th\u00e9ories scientifiques les mieux confirm\u00e9es (voir les trois derniers paragraphes de la \u00ab Pr\u00e9face sur le Trait\u00e9 du Vide \u00bb).<\/p>\n<p>Dans le domaine proprement philosophique, Jean Khalfa propose une conception peut-\u00eatre trop n\u00e9gative de l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie pascalienne. C\u2019est ainsi qu\u2019il affirme, dans sa \u00ab Conclusion \u00bb (p. 139) : \u00ab Ici, le math\u00e9maticien se transforme en son contraire, l\u2019apologiste, et, renon\u00e7ant \u00e0 la d\u00e9monstration pour pratiquer l\u2019herm\u00e9neutique, essaie de montrer que les limites des math\u00e9matiques ne peuvent se comprendre qu\u2019\u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019histoire de la Chute et de la perspective de la R\u00e9demption \u00bb. Opposer aussi radicale-            ment l\u2019apologiste au math\u00e9maticien n\u2019est gu\u00e8re tenable au vu de la structure rigoureusement math\u00e9matique du Pari.<\/p>\n<p>Plus loin (pp. 216-234), Pierre Force pose la question de la m\u00e9thode philosophique de Pascal, m\u00e9thode qui doit se situer quelque part entre le dogmatisme et le scepticisme.Il affirme (p. 224, p. 232) que notre appr\u00e9hension des premiers principes vient du corps.Cependant, Pascal \u00e9crit (L110-S142) que si nous connaissons ces principes, c\u2019est parle c\u0153ur et l\u2019instinct, qu\u2019il serait t\u00e9m\u00e9raire de vouloir identifier au corps (L308-S339). Il faudrait sans doute conclure que notre connaissance des principes premiers vient plus pr\u00e9cis\u00e9ment de l\u2019<em>union<\/em> de l\u2019\u00e2me et du corps, union qui permet \u00e0  ces principes d\u2019avoirun certain caract\u00e8re a priori (L128-S161). Renvoyant tr\u00e8s judicieusement (p. 221) au magistral commentaire de l<em>\u2019Esprit G\u00e9om\u00e9trique<\/em> par Jean Mesnard (<em>OC<\/em> III, pp. 360-389), Pierre Force affirme aussi (p. 223) que, selon Pascal, \u00ab ces quelques r\u00e8gles et concepts[de la m\u00e9thode g\u00e9om\u00e9trique] forment une th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale de la persuasion \u00bb, le mod\u00e8le des math\u00e9matiques s\u2019appliquant aussi bien au c\u0153ur qu\u2019\u00e0 l\u2019esprit. Pourtant, il est oblig\u00e9 de reconna\u00eetre (p. 223) que, dans le domaine des valeurs et des mobiles des hommes, \u00ab les principes sont innombrables et variables \u00bb. A cela s\u2019ajoute l\u2019infinie subtilit\u00e9 de ces principes, subtilit\u00e9 qui les rend quasiment inexprimables dans un langage accessible aux hommes (\u00ab l\u2019expression en passe tous les hommes \u00bb &#8211; L512-S670). C\u2019est ainsi que la m\u00e9thode de la g\u00e9om\u00e9trie, qui consiste \u00e0 \u00e9noncer des d\u00e9finitions, des axiomes, et des d\u00e9monstrations <em>(Mesnard OC<\/em> III, p. 381), n\u2019a que peu de prise dans ce second domaine, comme Force l\u2019admet d\u2019ailleurs (p. 228). La conclusion semble s\u2019imposer que la m\u00e9thode qui r\u00e8gne en ma\u00eetresse dans le domaine des math\u00e9matiques s\u2019av\u00e8re le plus souvent inapplicable, donc irr\u00e9m\u00e9diablement inefficace, dans le domaine sp\u00e9cifiquement humain.<\/p>\n<p>Enfin (pp. 201-215), H\u00e9l\u00e8ne Bouchilloux propose une analyse int\u00e9ressante de la pens\u00e9e politique de Pascal.<\/p>\n<p> Dans le domaine proprement religieux, Michael Moriarty r\u00e9sume (pp. 144-161) avec \u00e9l\u00e9gance la th\u00e9orie pascalienne de la gr\u00e2ce et de la foi. Ensuite, David Wetsel traite de Pascal et l\u2019Ecriture. Il affirme (p. 163) que Pascal pratique une apolog\u00e9tique fond\u00e9e non sur  les miracles, mais sur l\u2019accomplissement des proph\u00e9ties, qui est un miracle \u00ab subsistant \u00bb (L180-S211). A ce propos, il convient de pr\u00e9ciser que si Pascal renonce \u00e0 all\u00e9guer  en faveur du christianisme la r\u00e9alit\u00e9 de certains miracles contemporains, tel celui de la Sainte Epine, il insiste beaucoup, en revanche, notamment dans la liasse \u00ab Preuves de J\u00e9sus-Christ \u00bb, sur la valeur probatoire des miracles du Sauveur. Ces derniers expriment de fa\u00e7on \u00e9clatante son caract\u00e8re divin et ils sont essentiels \u00e0 la r\u00e9alisation des proph\u00e9ties relatives au Messie. Il est excessif, \u00e9galement, de pr\u00e9tendre que la preuve que Pascal  pr\u00e9sente comme la \u00ab plus grande \u00bb, celle des proph\u00e9ties (L335-S368), prend la forme, exclusive apparemment, d\u2019un \u00ab calcul purement empirique et math\u00e9matique \u00bb(p. 180). Dans nombre de fragments, tels L324-S355, L325-S356, et L 324- S357, Pascal  parle de la r\u00e9alisation des proph\u00e9ties du Messie sans \u00e9voquer le moindre calcul. Enfin,            le dernier article consacr\u00e9 au domaine proprement religieux est celui de Richard Parish,dont le lecteur appr\u00e9ciera l\u2019\u00e9tude p\u00e9n\u00e9trante des <em>Provinciales.<\/em><\/p>\n<p>Le volume s\u2019ach\u00e8ve sur deux articles \u00e9clairants, celui de Nicholas Hammond sur l\u2019\u00e9loquence chez Pascal et celui d\u2019Antony McKenna sur la r\u00e9ception des <em>Pens\u00e9es<\/em> aux dix-septi\u00e8me et dix-huiti\u00e8me si\u00e8cles.<\/p>\n<p>Si ce <em>Cambridge Companion<\/em> propose des analyses quelquefois insuffisantes de la pen- s\u00e9e philosophique de Pascal et s\u2019il r\u00e9duit ainsi de mani\u00e8re excessive la place qui revient au travail de l\u2019esprit dans l\u2019apolog\u00e9tique de Pascal, il offre n\u00e9anmoins une utile vue d\u2019ensemble de l\u2019\u0153uvre d\u2019un grand philosophe trop souvent m\u00e9connu.                                                                                                     <\/p>\n<p>(Cette recension a d\u00e9j\u00e0 paru dans la <em>Revue Philosophique<\/em>, no 3\/2008, p. 381-383)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La collection Cambridge Companions de la Cambridge University Press vient de consa- crer \u00e0 Blaise Pascal un volume collectif sous la direction de M. 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