{"id":1102,"date":"2011-01-07T12:13:25","date_gmt":"2011-01-07T11:13:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.melancholia.fr\/import\/index.php\/2011\/01\/07\/jean-lesaulnier-philippe-de\/"},"modified":"2011-01-07T12:13:25","modified_gmt":"2011-01-07T11:13:25","slug":"jean-lesaulnier-philippe-de","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/2011\/01\/07\/jean-lesaulnier-philippe-de\/","title":{"rendered":"Jean Lesaulnier, Philippe de Champaigne et Port-Royal. T\u00e9moignages"},"content":{"rendered":"<p>Jean Lesaulnier poursuit son entreprise de mise en valeur des personnalit\u00e9s de Port-Royal. C\u2019est au peintre Philippe de Champaigne (1602-1674) et \u00e0 ses proches, dans leurs relations avec la c\u00e9l\u00e8bre abbaye cistercienne, qu\u2019il  vient de consacrer une \u00e9tude approfondie. Les liens qui unirent Philippe de Champaigne et Port-Royal avaient d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019objet de divers \u00e9crits, dont certains sous des plumes  reconnues, telles celles de Sainte-Beuve[[\t <em>Port-Royal<\/em>, \u00e9d. Philippe Sellier, Paris, Robert Laffont, coll. Bouquins,2004, 2 vol. (voir index).]] et d\u2019Augustin Gazier[[\t Voir divers travaux, en particulier : <em>Philippe et Jean-Baptiste de Champaigne<\/em>, Paris, 1893.]] au XIXe si\u00e8cle, de Bernard Dorival[[\t <em>Philippe de Champaigne 1602-1674. La vie, l&rsquo;oeuvre et le catalogue raisonn\u00e9 de l&rsquo;oeuvre<\/em>, Paris, L. Laget, 1976, t. I et II ; <em>Jean-Baptiste de Champaigne. La vie, l&rsquo;homme et l&rsquo;art<\/em>, t. III, et <em>Suppl\u00e9ment raisonn\u00e9 de l&rsquo;oeuvre de Philippe de Champaigne, <\/em>t. IV, Paris, L. Laget, 1992.]], de Louis Marin[[\t <em>Philippe de Champaigne ou la pr\u00e9sence cach\u00e9e<\/em>, Paris, Hazan, 1995.]] et de Nicolas Sainte-Fare Garnot[[\t <em>Philippe de Champaigne, 1602-1674, Jean-Baptiste de Champaigne, 1631-1681, Nicolas de Plattemontagne, 1631-1706<\/em>, Paris, 2000.]] au XXe si\u00e8cle. Jean Lesaulnier n\u2019en fait pas moins \u0153uvre de novateur : d\u2019abord dans sa m\u00e9thode de travail, puisqu\u2019il a eu l\u2019audacieuse id\u00e9e de mettre pour la premi\u00e8re fois en rapport, pour les exploiter ensemble, des documents en apparence disparates car de nature diverse, et dont certains \u00e9taient in\u00e9dits ; ensuite, en racontant conjointement les exp\u00e9riences individuelles  v\u00e9cues par des membres de la famille Champaigne \u00e0 travers Port-Royal ; enfin, dans les informations compl\u00e9mentaires que, chercheur m\u00e9ticuleux, il apporte aux travaux des historiens et historiens de l\u2019art.<\/p>\n<p>L\u2019ouvrage s\u2019ouvre sur  une br\u00e8ve introduction consacr\u00e9e \u00e0  la m\u00e9thode de travail de l\u2019auteur,  puis il suit le fil de la quarantaine d\u2019ann\u00e9es durant lesquelles le peintre, ses filles Catherine (1636-1686) et Fran\u00e7oise (1637-1655), son neveu et collaborateur qu\u2019il a fait venir de Bruxelles, Jean-Baptiste de Champaigne (1631-1681), furent en contact avec Port-Royal. <\/p>\n<p><em>C\u2019est \u00e0 Paris que  Philippe de Champaigne, natif de Bruxelles et naturalis\u00e9 fran\u00e7ais en 1628, eut ses premiers contacts avec l\u2019abbaye de Port-Royal des Champs qui y avait \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9e en 1622-1623. Entre 1645 (voire d\u00e8s 1643) et 1648, le peintre du roi en c\u00f4toya d\u2019abord des personnalit\u00e9s masculines &#8211; directeurs spirituels, th\u00e9ologiens, solitaires- dont il dressa le portrait ou pour qui il dessina des frontispices d\u2019ouvrages ; en 1648, il fit la connaissance de l\u2019abbesse, la m\u00e8re Ang\u00e9lique Arnauld, dont il fit un premier portrait, ex\u00e9cutant un second en 1654. Par ces diverses \u0153uvres, compl\u00e9t\u00e9es par des tableaux \u00e0 sujets religieux pour orner le monast\u00e8re, l\u2019artiste semble s\u2019\u00eatre d\u00e9j\u00e0 acquis \u00ab une grande r\u00e9putation par son habilet\u00e9 dans l&rsquo;art de la peinture \u00bb<\/em>[[\t <em>N\u00e9crologe de l&rsquo;abbaye de Notre-Dame de Port-Royal des Champs&#8230;<\/em>, Amsterdam, Nicolas Potgieter, 1723, in-4\u00b0, p. 336.]]<em>. Il devient le peintre de Port-Royal. <\/em>Ces rencontres officielles, d\u2019abord professionnelles, vont tr\u00e8s t\u00f4t prendre une dimension personnelle : Philippe de Champaigne se lie d\u2019amiti\u00e9 avec les \u00ab Messieurs \u00bb, discute avec eux sur la peinture ; il rend visite \u00e0 ses deux filles qu\u2019il a plac\u00e9es \u00e0 Port-Royal de Paris comme pensionnaires pour y \u00eatre instruites, et qui sont devenues postulantes. En 1655, la cadette d\u00e9c\u00e8de ; Catherine, se pr\u00e9parant \u00e0 entrer au noviciat, est partie \u00e0 Port-Royal des Champs o\u00f9 des religieuses sont revenues s\u2019installer. Jean Lesaulnier suppose qu\u2019en allant la voir, son p\u00e8re, \u00ab que la seule crainte de Dieu a port\u00e9 \u00e0 r\u00e9sister au mouvement de sa fille [[\t Lettre de Martin de Barcos, abb\u00e9 de Saint-Cyran, \u00e0 m\u00e8re Agn\u00e8s Arnauld, 30 avril 1656.]]\u00bb, dut en profiter pour rencontrer les Solitaires, soit \u00e0 la ferme des Granges o\u00f9 ceux-ci demeuraient, soit au ch\u00e2teau de Vaumurier o\u00f9 ils se rendaient pour discuter entre intellectuels. \u00c0 l\u2019occasion des v\u0153ux solennels profess\u00e9s par sa fille, le 14 octobre 1657, \u00e0 Paris, Philippe de Champaigne peint un<em> Saint Jean-Baptiste dans le d\u00e9sert <\/em>et une <em>Madeleine p\u00e9nitente<\/em>, qu\u2019il lui offre. Il donne conjointement \u00e0 l\u2019abbaye une somme de 6000  livres, et s\u2019engage \u00e0 verser \u00e0 Catherine une pension viag\u00e8re de 300 livres. Une nouvelle donation de biens et des cr\u00e9ations picturales[[\t  Un inventaire des \u0153uvres de Philippe de Champaigne et de son neveu  retenues \u00e0 ce jour comme r\u00e9alis\u00e9es pour les deux monast\u00e8res de Port-Royal (portraits et sc\u00e8nes religieuses), ainsi que des portraits de personnalit\u00e9s port-royalistes et des frontispices grav\u00e9s pour des ouvrages des \u00e9crivains de Port-Royal aurait pu figurer en annexe.\u00c0 noter que le tableau du Bon Pasteur appartient au mus\u00e9e des Beaux-Arts de Tours, mais se trouve aujourd\u2019hui d\u00e9pos\u00e9 au mus\u00e9e national de Port-Royal, \u00e0 Magny les Hameaux (p. 80). ]] t\u00e9moignent de l\u2019attachement \u2013 affection et amiti\u00e9 &#8212; qu\u2019il ne cessa d\u2019avoir pour les moniales et les Messieurs de Port-Royal qui estimaient ses qualit\u00e9s d\u2019artiste en soulignant \u00ab l\u2019excellence de son art \u00bb, mais aussi de chr\u00e9tien en louant sa bont\u00e9 et sa pi\u00e9t\u00e9, et de psychologue en exprimant leur sensibilit\u00e9 \u00e0 son talent de portraitiste qui \u00ab lui rend possible l\u2019impossible \u00bb, \u00e0 savoir dialoguer avec l\u2019\u00e2me de son mod\u00e8le et rendre pr\u00e9sente et vivante l\u2019image d\u2019un d\u00e9funt au point de le \u00ab ressusciter en quelque sorte \u00bb. Cet exceptionnel talent \u00e0 saisir la pr\u00e9sence r\u00e9elle et cach\u00e9e est inspir\u00e9 au peintre par l\u2019affection qu\u2019il porte \u00e0 celui qu\u2019il peint, la connaissance intime qu\u2019il en a, non par la vue \u2013 sens qui a des faiblesses et dont la m\u00e9moire s\u2019affaiblit avec le temps \u2013, mais par le regard int\u00e9rieur : \u00ab c\u2019est le c\u0153ur qui conduit la main \u00bb, comme l\u2019analyse avec justesse M. de Sacy[[\t    Lettre du 17 avril 1660 \u00e0 la m\u00e8re Ang\u00e9lique de Saint-Jean, \u00e0 propos du portrait d\u2019Antoine Le Maistre d\u2019apr\u00e8s le masque mortuaire sculpt\u00e9 par celle-ci. ]] qui propose l\u00e0 une d\u00e9finition possible de \u00ab l\u2019esth\u00e9tique jans\u00e9niste \u00bb. <\/p>\n<p>Sur les dix chapitres que compte son ouvrage, Jean Lesaulnier en consacre cinq en entier et un sixi\u00e8me pour moiti\u00e9 \u00e0 la fille a\u00een\u00e9e du peintre. Sur la personnalit\u00e9 de celle qui est devenue s\u0153ur Catherine de Sainte-Suzanne depuis sa profession solennelle prononc\u00e9e en 1657 devant la communaut\u00e9 parisienne, deux lettres \u00e9crites \u00e0 son p\u00e8re[[\t  Voir p. 84-90.]] sont riches d\u2019enseignement : courageuse face aux reproches de sa sup\u00e9rieure, inflexible \u00e0 ses menaces, voire insolente et moqueuse ; rus\u00e9e  pour \u00e9viter les pi\u00e8ges de la censure \u00e9pistolaire ; s\u00e9v\u00e8re sur les s\u0153urs qui la pers\u00e9cutent mais non rancuni\u00e8re; confiante dans la bont\u00e9 infinie de Dieu ; affectueuse et attentionn\u00e9e pour son p\u00e8re, \u00e9motive et sensible, sans se laisser attendrir le c\u0153ur. Il est appr\u00e9ciable que Jean Lesaulnier ait pris le soin de retranscrire les sources port-royalistes  sur la maladie et la gu\u00e9rison de s\u0153ur Catherine de Sainte-Suzanne : l\u2019\u00e9criture m\u00e9morialiste, efficace et touchante,  fait revivre intens\u00e9ment ces \u00e9v\u00e9nements, avec maints d\u00e9tails et dans un style vivant, suivant une chronologie rigoureuse. Mais l\u2019int\u00e9r\u00eat essentiel de la relation qu\u2019il fait de ces r\u00e9cits factuels et objectifs est l\u2019interpr\u00e9tation \u00e0 laquelle a donn\u00e9 lieu alors la gu\u00e9rison miraculeuse de Catherine le 6 janvier 1662 : la narration historique est le support de la d\u00e9monstration de la faveur que Dieu porte \u00e0 Port-Royal injustement pers\u00e9cut\u00e9 et la preuve que les religieuses qui refusent de signer le Formulaire sont dans la v\u00e9rit\u00e9. Tel est aussi le message que Philippe de Champaigne a fait passer dans l\u2019<em>Ex-Voto<\/em>, transcription picturale d\u2019une profession de foi et d\u2019une action de gr\u00e2ce, \u00ab un des plus beaux tableaux qui soient sortis de ses mains \u00bb, jugea Ang\u00e9lique de Saint-Jean et qui aurait sans doute m\u00e9rit\u00e9 une analyse plus d\u00e9taill\u00e9e.<br \/>\nLa troisi\u00e8me partie de travail de Jean Lesaulnier est scand\u00e9e en trois \u00e9pisodes qui co\u00efncident chacun avec la mort des trois Champaigne dont il a suivi les \u00e9pisodes de vie reli\u00e9s \u00e0 Port-Royal :  \u00ab La disparition de Philippe de Champaigne \u00bb en 1674, qui affecta la communaut\u00e9 de Port-Royal, o\u00f9 il avait su si bien \u00ab puiser dans la vie intellectuelle et spirituelle \u00bb pour parfaire son \u00e2me et son art, et dont les membres  avaient tant b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, de son amiti\u00e9 et de son talent, comme autant de marques de son attachement et de sa pi\u00e9t\u00e9 ; puis \u00ab Les derni\u00e8res ann\u00e9es de Jean-Baptiste de  Champaigne \u00bb, durant lesquelles il correspondit avec Martin de Barcos ( de 1674 \u00e0 1678), puis voyagea \u00e0 Bruxelles (en 1680 et 1681) ; enfin, pour achever ce parcours de vies,  \u00ab La fin de Catherine de Champaigne \u00bb en mars 1686, derni\u00e8re repr\u00e9sentante de la famille de Champaigne.<\/p>\n<p>Chercheur ou amateur \u00e9clair\u00e9, sp\u00e9cialiste de Port-Royal ou profane, le lecteur a plaisir \u00e0 retrouver les exigences de clart\u00e9 et d\u2019\u00e9rudition de Jean Lesaulnier, servies par le souci r\u00e9current d\u2019honn\u00eatet\u00e9 intellectuelle de reconna\u00eetre qu\u2019il ne fait que supposer ou \u00e9mettre des hypoth\u00e8ses chaque fois qu\u2019il ne peut apporter la preuve par les faits[[\t  Voir l\u2019emploi r\u00e9p\u00e9t\u00e9 de \u00ab On imagine ais\u00e9ment \u00bb, \u00ab sans doute \u00bb, \u00ab on pourrait dater \u00bb, \u00ab il faut supposer \u00bb, \u00ab peut-\u00eatre \u00bb,  \u00ab a pu \u00bb, \u00ab vraisemblablement \u00bb \u2026 ]].<\/p>\n<p>Ouvrage disponible aupr\u00e8s de l&rsquo;association Himeros, c\/o G. Laniez, 16 rue Debussy, 16000 La Rochelle.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jean Lesaulnier poursuit son entreprise de mise en valeur des personnalit\u00e9s de Port-Royal. C\u2019est au peintre Philippe de Champaigne (1602-1674) et \u00e0 ses proches, dans leurs relations avec la c\u00e9l\u00e8bre abbaye cistercienne, qu\u2019il vient de consacrer une \u00e9tude approfondie. 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