{"id":1093,"date":"2011-01-06T13:34:49","date_gmt":"2011-01-06T12:34:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.melancholia.fr\/import\/index.php\/2011\/01\/06\/jean-michel-fontanier-la-beaute\/"},"modified":"2011-01-06T13:34:49","modified_gmt":"2011-01-06T12:34:49","slug":"jean-michel-fontanier-la-beaute","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/2011\/01\/06\/jean-michel-fontanier-la-beaute\/","title":{"rendered":"Jean-Michel Fontanier, La Beaut\u00e9 selon saint Augustin"},"content":{"rendered":"<p>On se voit r\u00e9duit, actuellement, \u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9 de disserter sur l\u2019ouvrage de jeunesse de saint Augustin : \u00ab <em>De pulchro et apto<\/em> \u00bb, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un trait\u00e9 disparu. En revanche, on peut, comme le fait l\u2019auteur, reconstituer la pens\u00e9e du docteur africain sur ce th\u00e8me, gr\u00e2ce aux nombreux d\u00e9veloppements qu\u2019il a diss\u00e9min\u00e9s dans plusieurs de ses autres \u00e9crits. Les concepts de \u00ab <em>species<\/em> \u00bb et de \u00ab <em>forma<\/em> \u00bb tiennent, visiblement, une place importante dans la r\u00e9flexion esth\u00e9tique d\u2019Augustin. Tr\u00e8s vite, ces mots orientent l\u2019esprit vers l\u2019id\u00e9e de \u00ab convenance int\u00e9gr\u00e9e \u00bb. La beaut\u00e9 d\u2019une partie du corps humain, la bouche ou la hanche, par exemple, doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme s\u2019ins\u00e9rant dans une totalit\u00e9, en l\u2019occurrence celle de l\u2019organisme tout entier. Par ailleurs, l\u2019influence de Plotin se fait sentir dans l\u2019\u00e9laboration de la notion de forme. La beaut\u00e9 du corps se d\u00e9finit comme la \u00ab <em>congruentia omnium <\/em>partium \u00bb (coh\u00e9sion de toutes les parties). Pr\u00e9vaut ici, comme le note l\u2019auteur, la sup\u00e9riorit\u00e9 du dessin sur la couleur. Tout en prenant la d\u00e9fense du corps contre le dualisme platonicien, Augustin r\u00e9serve le privil\u00e8ge de la beaut\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2me. La \u00ab <em>concordia carnis et spiritus<\/em> \u00bb (harmonie de la chair et de l\u2019esprit) conf\u00e8re \u00e0 la partie spirituelle un r\u00f4le pr\u00e9dominant. Le corps n\u2019est jamais si beau que lorsqu\u2019il est totalement in-form\u00e9 par l\u2019\u00e2me. Le charme physique devient alors l\u2019image du principe spirituel qui l\u2019anime. <\/p>\n<p>Si Dieu repr\u00e9sente, dans le <em>Ph\u00e8dre<\/em> d\u00e9j\u00e0, le summum de toute beaut\u00e9, dans la logique de l\u2019incarnation chr\u00e9tienne, le Christ en figure, d\u00e9sormais, l\u2019image privil\u00e9gi\u00e9e et le seul m\u00e9diateur. Sa mission de Sauveur fait qu\u2019il rassemble et r\u00e9-unifie les cr\u00e9atures humaines, en les int\u00e9grant dans son propre corps. Il existe, pour l\u2019\u00e9v\u00eaque d\u2019Hippone, une analogie certaine entre l\u2019union hypostatique : Dieu \u2013 Christ et l\u2019union mystique : Christ \u2013 \u00c9glise. Ainsi, la beaut\u00e9 des choses sensibles trouve dans l\u2019Incarnation, la forme m\u00eame de Dieu. Pour Augustin, d\u2019ailleurs, le Christ n\u2019est pas seulement la voie d\u2019acc\u00e8s, mais le but, la fin de la vision b\u00e9atifique. S\u2019il refuse, \u00e0 l\u2019inverse d\u2019un Gr\u00e9goire de Nysse, d\u2019\u00e9tendre \u00e0 la vie future la progression infinie du d\u00e9sir, il admet quand m\u00eame, que la cr\u00e9ature, dans l\u2019au-del\u00e0, continue d\u2019\u00e9prouver l\u2019app\u00e9tit in\u00e9puisable de la vision, tout en la go\u00fbtant souverainement. Se maintient donc, au del\u00e0 de la mort, la perp\u00e9tuit\u00e9 du d\u00e9sir de la Beaut\u00e9 divine.<\/p>\n<p>M. Fontanier observe, \u00e0 la fin de son \u00e9tude, que, dans la perspective de Plotin, le Bien se distingue nettement du Beau. En revanche, pour le penseur africain, le premier a besoin du second, puisqu\u2019 \u00ab il n\u2019y a rien de d\u00e9sirable au-del\u00e0 de la Beaut\u00e9 et donc du Fils, beaut\u00e9 \u00e9ternelle de Dieu \u00bb (p. 185). L\u2019\u0153uvre de saint Augustin ne saurait aucunement passer pour \u00ab<em> misokale<\/em> \u00bb, car elle condamne non l\u2019amour des beaut\u00e9s sensibles, mais plut\u00f4t la l\u00e9thargie esth\u00e9tique qui paralyserait et engourdirait tout esprit, se contentant de se soumettre aux sens et arr\u00eatant sa contemplation \u00e0 ce stade. <\/p>\n<p>Cet ouvrage souligne, dans la pens\u00e9e du docteur africain, une ouverture \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique, qui nous fait regretter, d\u2019autant, la disparition du premier trait\u00e9, consacr\u00e9 \u00e0 la question. Cette ouverture tranche avec l\u2019image la plus r\u00e9pandue et les \u00e9tudes les plus traditionnelles que l\u2019on consacre habituellement aux th\u00e8mes th\u00e9ologiques r\u00e9currents de libert\u00e9, de gr\u00e2ce et de pr\u00e9destination. Elle illustre une des nombreuses facettes du g\u00e9nie d\u2019Augustin et la probl\u00e9matique que soul\u00e8ve ce livre ne peut que rejoindre les centres d\u2019int\u00e9r\u00eats les plus vifs de la r\u00e9flexion moderne. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On se voit r\u00e9duit, actuellement, \u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9 de disserter sur l\u2019ouvrage de jeunesse de saint Augustin : \u00ab De pulchro et apto \u00bb, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un trait\u00e9 disparu. 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