{"id":1092,"date":"2011-01-06T12:25:17","date_gmt":"2011-01-06T11:25:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.melancholia.fr\/import\/index.php\/2011\/01\/06\/jeanne-marie-tuffery-andrieu-le\/"},"modified":"2011-01-06T12:25:17","modified_gmt":"2011-01-06T11:25:17","slug":"jeanne-marie-tuffery-andrieu-le","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/2011\/01\/06\/jeanne-marie-tuffery-andrieu-le\/","title":{"rendered":"Jeanne-Marie Tuffery-Andrieu,  Le concile national en 1797 et en 1801 \u00e0 Paris. L\u2019Abb\u00e9 Gr\u00e9goire et l\u2019utopie d\u2019une \u00c9glise r\u00e9publicaine"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019\u00c9glise constitutionnelle, \u00e9tablie par la Constitution civile du Clerg\u00e9 en juillet 1790 et d\u00e9truite par le Concordat de 1801, n\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9e objectivement que pendant les quarante derni\u00e8res ann\u00e9es. L\u2019\u00c9glise romaine catholique l\u2019a condamn\u00e9e d\u00e8s sa naissance, (plus exactement censur\u00e9e et non excommuni\u00e9e), et des critiques hostiles, entach\u00e9es de pr\u00e9jug\u00e9s, s\u2019y sont ajout\u00e9es pendant deux cents ans. L\u2019ouvrage de Jeanne-Marie Tuffery-Andrieu se r\u00e9v\u00e8le d\u2019embl\u00e9e d\u2019une port\u00e9e limit\u00e9e, car l\u2019auteur concentre son attention sur les cadres et les structures de l\u2019indiction et de l\u2019organisation des conciles nationaux, et sur leurs rapports avec le droit canonique. En tant que tel, il contient une mine de renseignements sur les activit\u00e9s et les opinions de la plupart des \u00e9v\u00eaques constitutionnels et des principaux cur\u00e9s, apportant nombre d\u2019informations sur les conciles nationaux, les synodes, l\u2019emploi du fran\u00e7ais dans la liturgie et les relations avec la Curie et Rome. L\u2019auteur a explor\u00e9 de nombreux documents conserv\u00e9s dans le fonds Gr\u00e9goire \u00e0 la Biblioth\u00e8que de Port-Royal \u00e0 Paris, notamment la correspondance des \u00e9v\u00eaques et des cur\u00e9s avec l\u2019abb\u00e9 Gr\u00e9goire, et les lettres pastorales, les mandements, les instructions. L\u2019ouvrage prend pour base sa dissertation doctorale, donn\u00e9e \u00e0 la Facult\u00e9 catholique de Th\u00e9ologie de l\u2019Universit\u00e9 Marc Bloch de Strasbourg.<\/p>\n<p>Cette \u00e9tude de J.-M. Tuffery-Andrieu d\u00e9veloppe une critique s\u00e9v\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019\u00c9glise constitutionnelle et de l\u2019abb\u00e9 Gr\u00e9goire. Elle suit la ligne \u00e9tablie par Rome dans les ann\u00e9es 1790, d\u00e9fendue par Ludovic Sciout dans les ann\u00e9es 1880, reprise par Paul Pisani en 1908, par Dom Henri Leclercq en 1934, par Jean Boussoulade en 1950 et entach\u00e9e de nombreux pr\u00e9jug\u00e9s [[Ludovic Sciout, <em>Histoire de l\u2019\u00c9glise Constitutionnelle<\/em>, Paris, 1881-8, 4 tomes ; Paul Pisani, <em>L\u2019\u00c9glise de Paris et la R\u00e9volution<\/em>, Paris, 1908-11, 4 tomes ; Dom Henri Leclercq, <em>L\u2019\u00c9glise Constitutionnelle<\/em>, Paris, 1934 ; Jean Boussoulade, <em>L\u2019\u00c9glise de Paris du 9 Thermidor au Concordat<\/em>, Paris, 1950. ]]. Sa th\u00e8se, r\u00e9duite \u00e0 sa forme la plus simple, consiste \u00e0 soutenir que Gr\u00e9goire \u00e9tait un Jacobin autoritaire, comme d\u2019ailleurs, ses coll\u00e8gues, les \u00e9v\u00eaques constitutionnels. Leurs conceptions \u00e9piscopalistes et jans\u00e9nistes sapaient les ambitions rich\u00e9ristes du bas clerg\u00e9. La philosophie de la nouvelle \u00c9glise gallicane, les structures cr\u00e9\u00e9es par elle et le comportement des \u00e9v\u00eaques constitutionnels n\u2019auraient fait que traduire en langage cl\u00e9rical les id\u00e9es de la nouvelle r\u00e9publique fran?aise. Le livre, afin d\u2019\u00e9tayer cette th\u00e8se, fourmille d\u2019analyses infond\u00e9es et de pr\u00e9sentations tendancieuses des faits et des personnes. K. Marx a parl\u00e9, dans l\u2019une de ses \u0153uvres, de \u00ab l\u2019assassinat de splendides th\u00e9ories par de mis\u00e9rables petits faits \u00bb. Ici, certains faits pr\u00e9cis et reconnus ne risquent pas de tuer l\u2019argumentation, car ils sont, tout simplement, omis. Nous sommes amen\u00e9s \u00e0 en rappeler plusieurs, qui apparaissent fondamentaux, dans le seul but d\u2019\u00e9clairer le lecteur peu familier peut-\u00eatre de ces r\u00e9alit\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9glise constitutionnelle, notons-le, fut cr\u00e9\u00e9e sous la monarchie, et ne saurait donc passer pour une institution r\u00e9publicaine. Le syst\u00e8me \u00e9tabli en 1791 r\u00e9sultait de nombreuses recherches et r\u00e9flexions ant\u00e9rieures, approuv\u00e9es par des canonistes c\u00e9l\u00e8bres comme Camus, Lepaige et Durand de Maillane, monarchistes constitutionnels, tous les trois. Il refl\u00e9tait un d\u00e9sir \u00e9vident de revenir aux traditions de l\u2019\u00c9glise primitive, de r\u00e9-affirmer les libert\u00e9s de l\u2019\u00c9glise gallicane et d\u2019introduire dans celle-ci des pratiques d\u00e9mocratiques, largement en vigueur dans les premiers \u00e2ges du christianisme. La majorit\u00e9 des \u00e9v\u00eaques furent, en r\u00e9alit\u00e9, \u00e9lus en 1791 et 1792, c\u2019est-\u00e0-dire, avant l\u2019\u00e9tablissement de la R\u00e9publique jacobine et la chute de celle-ci en 1794. Curieusement, J.-M. Tuffery-Andrieu sugg\u00e8re (p. 335) que les structures et le comportement des \u00e9v\u00eaques r\u00e9unis \u00e0 Paris en particulier, refl\u00e9taient ceux du Second Directoire, bien connu par ailleurs pour avoir pers\u00e9cut\u00e9 l\u2019\u00c9glise. On serait bien en peine de trouver une justification \u00e0 cette comparaison. Mais qui donc, parmi ces \u00e9v\u00eaques pouvait se pr\u00e9tendre jacobin ou sympathisant du jacobinisme ? Gr\u00e9goire, sans doute, et encore avec des nuances, mais de l\u00e0 \u00e0 sugg\u00e9rer qu\u2019ils \u00e9taient tous autoritaires, centralisateurs, d\u00e9sireux de cr\u00e9er une \u00c9glise sur le mod\u00e8le jacobin, c\u2019est passer subrepticement de l\u2019analyse au proc\u00e8s d\u2019intention, engag\u00e9 sans preuves. Faut-il rappeler que de nombreux \u00e9v\u00eaques constitutionnels, surtout en 1797, ont pay\u00e9 de leur vie leur attachement \u00e0 la foi (neuf \u00e9v\u00eaques constitutionnels contre trois r\u00e9fractaires) ? Il faut aussi souligner que les id\u00e9aux de Libert\u00e9, d\u2019\u00c9galit\u00e9 et de Fraternit\u00e9 furent proclam\u00e9s en 1789, et non pas sous la R\u00e9publique, \u00e0 l\u2019approbation quasi unanime du clerg\u00e9 et des la\u00efcs chr\u00e9tiens. Ils refl\u00e9taient, aux yeux de beaucoup, les valeurs \u00e9vang\u00e9liques fondamentales, ce que rappelleront, d\u2019ailleurs le futur pape Pie VII, dans une hom\u00e9lie c\u00e9l\u00e8bre (traduite par Gr\u00e9goire) et, plus pr\u00e8s de nous, Jean-Paul II. Gr\u00e9goire, il est vrai, pr\u00e9f\u00e9ra tr\u00e8s t\u00f4t, en tant que l\u00e9gislateur, l\u2019institution r\u00e9publicaine \u00e0 l\u2019institution monarchique. Au nom de quoi devrait-on lui donner tort ? <\/p>\n<p>L\u2019auteur ne mentionne pas le fait, av\u00e9r\u00e9 cependant, depuis les \u00e9tudes statistiques de T. Tackett et R. Dean, que 61,7 % du clerg\u00e9 fran\u00e7ais approuva la r\u00e9forme en pr\u00eatant le serment exig\u00e9 par le d\u00e9cret du 27 novembre 1790. Environ 6 % r\u00e9tract\u00e8rent leur serment, une fois connue la condamnation pontificale de mars et avril 1791. Cela veut dire que 55% du clerg\u00e9 soutenait cette r\u00e9forme, un r\u00e9sultat que l\u2019Union europ\u00e9enne, de nos jours, ou B. Obama lui-m\u00eame consid\u00e9reraient, sans contestation, comme l\u2019expression d\u2019une volont\u00e9 largement majoritaire. Pour renforcer son argument sur l\u2019influence du jacobinisme, J.-M. Tuffery-Andrieu essaie d\u2019arguer que l\u2019\u00c9glise constitutionnelle, relanc\u00e9e en 1795 par les \u00e9v\u00eaques r\u00e9unis, rejeta la Constitution civile du Clerg\u00e9. Cette affirmation n\u2019est pas exacte. Elle modifia simplement certaines dispositions qui avaient aliment\u00e9 la pol\u00e9mique, d\u00e8s 1790, notamment les modalit\u00e9s d\u2019\u00e9lection des \u00e9v\u00eaques et des cur\u00e9s. La nouvelle \u00c9glise n\u2019appr\u00e9ciait pas, en effet, cette id\u00e9e que les non-catholiques, (comme les juifs et les protestants), pussent participer \u00e0 ces \u00e9lections &#8211; disposition adopt\u00e9e par la premi\u00e8re Constitution et combattue vigoureusement par Gr\u00e9goire &#8211; et revint \u00e0 la pratique de la d\u00e9signation par le clerg\u00e9 et les fid\u00e8les catholiques seulement.<\/p>\n<p>L\u2019accusation d\u2019autoritarisme, r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, si souvent, contre Gr\u00e9goire, est pour le moins surprenante, quand on consid\u00e8re ce que lui et ses coll\u00e8gues ont r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9aliser. Certes, Gr\u00e9goire n\u2019\u00e9tait pas aim\u00e9 de tout le monde, mais son opposition personelle au despotisme des pr\u00e9lats de l\u2019Ancien R\u00e9gime et ses propres initiatives \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son clerg\u00e9 dans le Loir-et-Cher d\u00e9mentent formellement cette accusation. L\u2019auteur a-t-elle pris soin de lire les lettres adress\u00e9es \u00e0 ses vicaires \u00e9piscopaux \u00e0 Blois en 1798 et 1799, \u00e0 propos des archipr\u00eatres ? Une lettre, notamment, exprime bien la position personnelle de Gr\u00e9goire et sa v\u00e9ritable attitude pastorale : \u00ab Il est une mesure sur laquelle je reviendrai toujours, c\u2019est sur la visite des archipr\u00eatres. Il est bien important qu\u2019ils puissent visiter toutes les paroisses de leurs arrondissements respectifs ; c\u2019est un moyen de suppl\u00e9er \u00e0 la disette des pasteurs. C\u2019est encore par la voix des archipr\u00eatres qu\u2019on pourrait suppl\u00e9er \u00e0 la difficult\u00e9 de tenir un synode. Les questions \u00e0 d\u00e9cider seraient soumises \u00e0 la d\u00e9lib\u00e9ration des pasteurs et de chaque archipr\u00eatre ; et par l\u00e0, nous obtiendrons un r\u00e9sultat. Vous concevez que, n\u2019\u00e9tant pas \u00e0 Blois, c\u2019est le seul moyen praticable pour recueillir le v\u0153u du dioc\u00e8se. J\u2019attendrai \u00e0 cet \u00e9gard la r\u00e9ponse du conseil avec lequel je veux et je dois me concerter  \u00bb[[Biblioth\u00e8que de Port-Royal, GR 2101, 9 novembre 1799 : lettre de Gr\u00e9goire \u00e0 Boucher]].<\/p>\n<p>Les questions portant sur l\u2019autorit\u00e9 et le r\u00f4le de l\u2019\u00e9v\u00eaque, sur ceux du pr\u00eatre et du la\u00efc, furent d\u00e9battues s\u00e9rieusement d\u00e8s 1789. L\u2019\u00c9glise romaine, plus de deux cents ans plus tard, n\u2019a toujours pas formul\u00e9 sur ces sujets une synth\u00e8se d\u00e9finitive. Sugg\u00e9rer, comme le fait l\u2019auteur, aux pages 133-36, que les r\u00e9unions du clerg\u00e9 en vue de convoquer le concile national furent organis\u00e9es pour imposer l\u2019uniformit\u00e9 et la discipline, dans tous les domaines, est tout \u00e0 fait erron\u00e9. N\u2019a-t-elle pas entendu parler des tentatives amorc\u00e9es, avant m\u00eame les d\u00e9bats, pour parvenir \u00e0 un consensus, gr\u00e2ce \u00e0 une large consultation pr\u00e9alable? Ces r\u00e9unions eurent lieu et vis\u00e8rent \u00e0 encourager des \u00e9tudes approfondies sur plusieurs questions importantes, afin que les discussions puissent au concile national b\u00e9n\u00e9ficier de bases s\u00e9rieuses et r\u00e9v\u00e9ler l\u2019\u00e9tat r\u00e9el du clerg\u00e9. Sugg\u00e9rer, d\u2019autre part, (p. 67) que le but v\u00e9ritable de l\u2019article 34 sur les exceptions aux \u00e9lections pr\u00e9vues par le d\u00e9cret vot\u00e9 au premier Concile national \u00e9tait de privil\u00e9gier l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019\u00e9v\u00eaque m\u00e9tropolitain, lequel aurait pu nommer de droit les responsables, sans en r\u00e9f\u00e9rer au clerg\u00e9 et aux fid\u00e8les, est compl\u00e8tement faux. J.-M. Tuffery-Andrieu elle-m\u00eame d\u00e9clare que le syst\u00e8me \u00e9tabli en novembre 1797 conduisit \u00e0 l\u2019\u00e9lection de nombreux \u00e9v\u00eaques en 1798. Combien parmi eux furent nomm\u00e9s directement par l\u2019\u00e9v\u00eaque m\u00e9tropolitain sans participation du clerg\u00e9 et des fid\u00e8les ? \u00c0 notre connaissance et, pour l\u2019instant, aucun, m\u00eame si nos recherches sur ce point ne sont pas tout \u00e0 fait termin\u00e9es.<\/p>\n<p>Il y aurait tant de remarques approximatives, de conclusions inexactes \u00e0 rectifier ! Soulignons-en quelques-unes, ne serait-ce pour alerter le lecteur et l\u2019aider \u00e0 mesurer la distance qui s\u00e9pare les faits de leur interpr\u00e9tation. Pourquoi, par exemple, Pacareau, \u00e9v\u00eaque de Bordeaux, est-il consid\u00e9r\u00e9 (\u00e0 la page 45) comme \u00ab opportuniste \u00bb, et Dufraisse, \u00e9v\u00eaque de Bourges, comme \u00ab faible \u00bb ? Pourquoi les instituteurs (page 72) sont-ils \u00ab jans\u00e9nistes ou jans\u00e9nisants par contamination ? \u00bb  Il est \u00e9galement compl\u00e8tement faux de dire que l\u2019\u00c9glise constitutionnelle fut ignor\u00e9e pendant les n\u00e9gociations, en 1801, entre Bonaparte et Rome en vue d\u2019aboutir \u00e0 un Concordat. Bonaparte consulta Gr\u00e9goire au moins deux fois (la r\u00e9ponse \u00e9crite de Gr\u00e9goire figure dans le volume VI de l\u2019<em>Histoire des Sectes<\/em>) et contraignit Consalvi et le pape \u00e0 nommer douze \u00e9v\u00eaques constitutionnels dans la nouvelle \u00c9glise concordataire. Talleyrand, Portalis et Fouch\u00e9 d\u00e9ploy\u00e8rent d\u2019\u00e9normes efforts afin d\u2019\u00e9viter aux pr\u00eatres constitutionnels l\u2019obligation d\u2019abjurer leur serment. Bonaparte en personne d\u00e9sapprouvait dans son principe m\u00eame toute r\u00e9traction d\u2019un serment pr\u00eat\u00e9. J.-M. Tuffery-Andrieu souligne l\u2019opposition de quelques \u00e9v\u00eaques constitutionnels \u00e0 la convocation du second Concile national en 1801, mais, malheureusement, ne mentionne pas qu\u2019ensuite ces \u00e9v\u00eaques finirent par accepter, tout en conservant leur jugement critique, la d\u00e9cision de la majorit\u00e9 (comportement tout \u00e0 fait d\u00e9mocratique). Son commentaire (page 229), selon lequel Gr\u00e9goire aurait fait installer Le Coz comme pr\u00e9sident du Concile de 1801, afin de r\u00e9duire au silence l\u2019opposition qu\u2019il repr\u00e9sentait, rel\u00e8ve de la sp\u00e9culation pure. Les rapports des deux hommes \u00e9taient en r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s confiants et tr\u00e8s intimes, et Le Coz avait pr\u00e9sid\u00e9 le Concile national de 1797. La m\u00eame erreur de jugement est commise \u00e0 propos de Royer, \u00e9v\u00eaque de Paris. Ce pr\u00e9lat \u00e9mettait de vives critiques sur plusieurs points, mais, en fait, c\u2019est lui qui inaugura le Concile de 1801, qui pronon\u00e7a plusieurs hom\u00e9lies devant ses confr\u00e8res rassembl\u00e9s et qui, \u00e0 la s\u00e9ance de cl\u00f4ture, pr\u00e9senta, en larmes, ses excuses au sujet de l\u2019opposition qu\u2019il avait manifest\u00e9e[[Rodney Dean, <em>L\u2019\u00c9glise constitutionnelle, Napol\u00e9on et le Concordat de 1801<\/em>, Paris, 2004, p. 224, citant <em>Annales de la Religion<\/em>, t. XIII, p. 335. Pour la question de cette opposition et du conflit avec Royer, voir le chapitre 5]]. <\/p>\n<p>J.-M. Tuffery-Andrieu para\u00eet ignorer en effet que toute organisation ne peut faire l\u2019\u00e9conomie d\u2019une direction et que les proc\u00e9dures d\u00e9mocratiques venaient juste d\u2019\u00eatre introduites dans un syst\u00e8me eccl\u00e9siastique gouvern\u00e9 jusque l\u00e0 et depuis des si\u00e8cles par des \u00e9v\u00eaques autoritaires, voire despotiques. Elle r\u00e9duit l\u2019importance des difficult\u00e9s politiques et financi\u00e8res de l\u2019\u00e9poque, comme le travail remarquable de Cl\u00e9ment, \u00e9v\u00eaque de Versailles, et de Charles Saillant, cur\u00e9 de Villiers-le-Bel. Ceux-ci avaient men\u00e9 des travaux pr\u00e9paratoires et des recherches approfondies sur les pratiques et l\u2019organisation des conciles pass\u00e9s, afin de s\u2019en inspirer. Elle sur\u00e9value, en revanche, les commentaires de de Torcy, dont les lettres de 1797 et de 1801 constituent pratiquement la seule analyse critique du travail des \u00e9v\u00eaques.   <\/p>\n<p>La plupart des interpr\u00e9tations de ce livre m\u00e9ritent donc de se voir discut\u00e9es, notamment celles figurant aux pages 127, 303 et 336-338. Ainsi l\u2019argument avanc\u00e9 \u00e0 la page 127 r\u00e9p\u00e8te la version officielle r\u00e9pandue sur l\u2019\u00c9glise constitutionnelle, selon laquelle cette \u00c9glise ne b\u00e9n\u00e9ficiait d\u2019aucune l\u00e9gitimit\u00e9, version rejet\u00e9e en 1791 par Gr\u00e9goire, les canonistes et ses coll\u00e8gues et contest\u00e9e, de plus en plus, de nos jours. Celle de la page 336 sugg\u00e8re un conflit portant sur le fond et la forme \u00e0 propos du concile national et le but qui \u00e9tait le sien de relancer une \u00c9glise gallicane. Gr\u00e9goire ne discernait en effet aucune incompatibilit\u00e9 fonci\u00e8re entre les id\u00e9es r\u00e9publicaines et les id\u00e9aux chr\u00e9tiens. \u00c0 ce stade, il est permis de r\u00e9torquer que pr\u00e9tendre que cette \u00c9glise, de toutes fa?ons, aurait \u00e9chou\u00e9 sans l\u2019\u00e9tablissement du Concordat, rel\u00e8ve de la sp\u00e9culation pure et simple. Les \u00e9v\u00eaques, sans doute influenc\u00e9s par Cl\u00e9ment, tentaient toujours de maintenir les formes traditionnelles \u00e9tablies par l\u2019\u00c9glise, et ils ne nourrrissaient aucun dessein de modification de dogme, ni de rupture avec Rome, contrairement \u00e0 une vieille accusation d\u00e9j\u00e0 formul\u00e9e en 1791 et que l\u2019auteur r\u00e9p\u00e8te contre Gr\u00e9goire et Cl\u00e9ment \u00e0 la page 336. Si l\u2019on envisage les nouvelles r\u00e9formes comme celle de l\u2019emploi du fran\u00e7ais dans la liturgie, l\u2019\u00e9chec n\u2019\u00e9tait pas du tout fatal. Cette r\u00e9forme, r\u00e9clam\u00e9e d\u00e9ja par les cercles port-royalistes du XVIIe si\u00e8cle, attendra Vatican II, dans les ann\u00e9es 1960, pour se voir enfin reconnue. J.-M. Tuffery-Andrieu souligne, par ailleurs, le fait que les deux conciles n\u2019en formaient qu\u2019un seul. Or, cela ne correspond en rien aux conceptions de l\u2019\u00e9poque, car les conciles \u00e9taient toujours d\u00e9sign\u00e9s comme premier et second. Cette assimilation conviendrait, peut-\u00eatre, si l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re aux formes et cadres ext\u00e9rieurs, mais en raison de cet \u00e9trange proc\u00e9d\u00e9, l\u2019auteur fluctue, sans cesse, entre 1797 et 1801, ce qui plonge souvent le lecteur dans la confusion quant au contexte pr\u00e9cis des \u00e9v\u00e9nements r\u00e9els et des opinions exprim\u00e9es. Les pages 337 et 338 constituent une critique s\u00e9v\u00e8re de Gr\u00e9goire et des \u00e9v\u00eaques r\u00e9unis qu\u2019il importerait de discuter ailleurs.<\/p>\n<p>Nous pourrions ajouter beaucoup d\u2019autres observations. Le livre, certes, dit des choses importantes, mais la plupart de ses interpr\u00e9tations sont sujettes \u00e0 caution. C\u2019est un ouvrage nourri d\u2019informations int\u00e9ressantes, qui fournit des notes d\u00e9taill\u00e9es, une bibliographie utile, des annexes et des cartes, mais qui, en revanche, ne comporte aucun index. Cependant, l\u2019honn\u00eatet\u00e9 intellectuelle oblige \u00e0 inviter le lecteur \u00e0 chercher dans d\u2019autres sources et d\u2019autres \u00e9tudes plus objectives, des observations plus justes et des jugements moins tendancieux, sur un sujet aussi grave et qui m\u00e9ritait mieux[[Voir Bernard Plongeron, <em>Histoire du Christianisme des origines \u00e0 nos jours<\/em>, t. X : Les D\u00e9fis de la Modernit\u00e9, Paris, 1997 ; Rita Hermon-Belot, <em>L\u2019abb\u00e9 Gr\u00e9goire : la Politique et la V\u00e9rit\u00e9<\/em>, Paris, 2000 ; Jean Dubray,<em> La Pens\u00e9e de l\u2019abb\u00e9 Gr\u00e9goire: despotisme et libert\u00e9<\/em>, Oxford, 2008 ;Rodney Dean, <em>L\u2019\u00c9glise constitutionnelle, Napol\u00e9on et le Concordat de 1801<\/em>, Paris, 2004,et <em>L\u2019Abb\u00e9 Gr\u00e9goire et l\u2019\u00c9glise Constitutionnelle apr\u00e8s la Terreur 1794-1797<\/em>, Paris, 2008]].<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019\u00c9glise constitutionnelle, \u00e9tablie par la Constitution civile du Clerg\u00e9 en juillet 1790 et d\u00e9truite par le Concordat de 1801, n\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9e objectivement que pendant les quarante derni\u00e8res ann\u00e9es. L\u2019\u00c9glise romaine catholique l\u2019a condamn\u00e9e d\u00e8s sa naissance, (plus exactement censur\u00e9e &hellip; <a href=\"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/2011\/01\/06\/jeanne-marie-tuffery-andrieu-le\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[47],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1092"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1092"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1092\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1092"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1092"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1092"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}