{"id":1091,"date":"2011-01-06T12:18:12","date_gmt":"2011-01-06T11:18:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.melancholia.fr\/import\/index.php\/2011\/01\/06\/cyrille-michon-prescience-et\/"},"modified":"2011-01-06T12:18:12","modified_gmt":"2011-01-06T11:18:12","slug":"cyrille-michon-prescience-et","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/2011\/01\/06\/cyrille-michon-prescience-et\/","title":{"rendered":"Cyrille Michon, Prescience et Libert\u00e9 \u2013 Essai de th\u00e9ologie philosophique sur la Providence"},"content":{"rendered":"<p>Cet ouvrage expose un des probl\u00e8mes les plus redoutables de la pens\u00e9e humaine, que celle-ci sed\u00e9ploie dans le cadre strict d&rsquo;une argumentation philosophico-th\u00e9ologique ou bien qu&rsquo;elle visite inopin\u00e9ment tout homme de bon sens que les d\u00e9tours inattendus de sa destin\u00e9e inqui\u00e8tent et interrogent. De saint Augustin \u00e0 saint Thomas, de G. d&rsquo;Ockham \u00e0 Bo\u00e8ce, de Pascal \u00e0 Molina, la m\u00eame question lancinante ressurgit et obs\u00e8de : quelle marge laisse \u00e0 la libert\u00e9 humaine la prescience divine ?<\/p>\n<p>D\u00e8s le chapitre premier, l&rsquo;enjeu est soulign\u00e9 avec nettet\u00e9 : un Dieu, dou\u00e9 d&rsquo;une totale omniprescience, ne saurait respecter ni permettre l&rsquo;exercice \u00e9l\u00e9mentaire d&rsquo;une libert\u00e9 humaine authentique. Par ailleurs, un Dieu, priv\u00e9 de l&rsquo;omniprescience ne ressemblerait-il pas, finalement, \u00e0 un apprenti sorcier, un joueur inconscient, un Frankenstein tragique, ayant perdu le contr\u00f4le de l&rsquo;\u00e9norme machine cosmique, lanc\u00e9e par lui et dont les rouages, affranchis de sa tutelle, danseraient, en toute indiscipline, la plus folle des sarabandes ?<\/p>\n<p>Au fil de l&rsquo;analyse, les diff\u00e9rentes r\u00e9ponses, apport\u00e9es par plusieurs penseurs \u00e0 ce dilemme apparemment insoluble, ne laissent pas de plonger dans la perplexit\u00e9. Ainsi, saint Augustin (ch. II), qui pr\u00e9tend que la n\u00e9cessit\u00e9, due \u00e0 la prescience, se distingue de la n\u00e9cessit\u00e9 due \u00e0 la contrainte et n&rsquo;appara\u00eet donc pas incompatible avec la libert\u00e9. Mais comme, dans cette perspective, l&rsquo;agent ne peut pas ne pas d\u00e9cider de faire ce qu&rsquo;il a, effectivement, d\u00e9cid\u00e9 de faire, nous voil\u00e0, \u00e0 nouveau, renvoy\u00e9s \u00e0 cette inconciliable cohabitation de la prescience et de la libert\u00e9.<\/p>\n<p>Si l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 de ces apories fondamentales reste suffisamment simple \u00e0 exprimer, l&rsquo;acc\u00e8s aux chapitres suivants du livre entra\u00eene le lecteur dans d&rsquo;innombrables subtilit\u00e9s logiques dont il ne saurait \u00eatre question de restituer, ici, la minutieuse analyse. Soulignons que le pass\u00e9, accompli et r\u00e9volu, appartient, de fait, \u00e0 l&rsquo;ordre de la n\u00e9cessit\u00e9 et, comme tel, reste immuable, irr\u00e9vocable, m\u00eame pour Dieu. Il n&rsquo;en va pas de m\u00eame en revanche pour le futur. C&rsquo;est, d&rsquo;ailleurs, \u00e0 ce niveau que se situe, strictement, le probl\u00e8me. Si l&rsquo;immense vari\u00e9t\u00e9 des possibles a offert, depuis toujours, un sujet privil\u00e9gi\u00e9 \u00e0 la r\u00e9flexion sur la libert\u00e9 humaine, l&rsquo;infinie diversit\u00e9 des commentaires, gloses et interpr\u00e9tations qu&rsquo;elle a suscit\u00e9s, en constitue le plus fid\u00e8le reflet.<\/p>\n<p>G. d&rsquo;Ockham, par exemple, compare la science divine \u00e0 un acte de vision. Gr\u00e2ce \u00e0 cet acte, Dieu embrasse tout, y compris les \u00ab\u00a0futurs contingents\u00a0\u00bb. Le lecteur pardonnera, ici, au commentateur de ne pas s&rsquo;engager \u00e0 fond dans le r\u00e9seau serr\u00e9 des arguties, voire des ratiocinations qu&rsquo;entra\u00eene l&rsquo;examen des cons\u00e9quences de la th\u00e9orie ockhamiste, notamment sur le chapitre de nos croyances intimes, des h\u00e9sitations de nos choix, de nos d\u00e9lib\u00e9rations int\u00e9rieures. Quelle place Dieu peut-il occuper dans ce clair-obscur de la conscience ? La position moliniste pr\u00e9sente, elle, le m\u00e9rite de la transparence. Dieu doit \u00eatre tenu pour responsable des ant\u00e9c\u00e9dents de nos actes, qu&rsquo;il a pos\u00e9s \u2013 les conditionnels de la libert\u00e9 \u2013 et se d\u00e9voile, donc, capable d&rsquo;en inf\u00e9rer les cons\u00e9quents. N\u00e9anmoins, un obstacle quelconque, une circonstance particuli\u00e8re, que ne mentionne pas l&rsquo;ant\u00e9c\u00e9dent, peuvent faire que le cons\u00e9quent se r\u00e9v\u00e8le faux, quand l&rsquo;ant\u00e9c\u00e9dent reste vrai. Si on g\u00e9n\u00e9ralise cette observation, Dieu se trouve, ainsi, plac\u00e9 devant un sous-ensemble, une v\u00e9ritable galaxie, d\u00e9termin\u00e9e par toutes les propositions conditionnelles, mais ouvrant sur les \u00ab\u00a0futurs contingents\u00a0\u00bb de la libert\u00e9. Plusieurs objections d&rsquo;ordre logique et ontologique, viennent, ici, heurter frontalement cette tentative moliniste de synth\u00e8se entre libert\u00e9 et n\u00e9cessit\u00e9. Retenons celle-ci : un \u00catre transcendant disposerait-il des moyens pr\u00e9cis de connaissance de chaque essence individuelle \u2013 \u00e0 supposer qu&rsquo;un concept de cette derni\u00e8re existe vraiment \u2013 et pourrait-il apercevoir, comme \u00e0 travers un t\u00e9lescope, tous les \u00ab\u00a0<em>futura<\/em>\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0<em>futurabilia<\/em>\u00ab\u00a0, susceptibles d&rsquo;en d\u00e9couler, d\u00e9voilant, \u00e0 l&rsquo;infini, les \u00e9normes galaxies des mondes fictifs ou virtuels. La seule issue envisageable pour les molinistes consisterait, aux yeux de l&rsquo;auteur, \u00e0 limiter la connaissance divine, aux essences g\u00e9n\u00e9rales, aux types possibles d&rsquo;action. Les particularit\u00e9s, les modalit\u00e9s concr\u00e8tes de cette derni\u00e8re d\u00e9coulant de son actualisation dans des circonstances d\u00e9termin\u00e9es, \u00e9chapperaient ainsi, \u00e0 l&rsquo;intuition divinatrice de Dieu.<\/p>\n<p>La solution de cette immense probl\u00e8me conna\u00eetrait-elle un meilleur \u00e9pilogue dans la perspective, plus classique et plus thomiste, d&rsquo;un Dieu a-temporel, affranchi des limites de l&rsquo;espace et du temps ? Si on se Le repr\u00e9sente hors de la dur\u00e9e, ce qui est le futur, pour nous, devient le pr\u00e9sent pour Lui. Dans ces conditions, le probl\u00e8me ontologique de la d\u00e9termination de l&rsquo;avenir ne se pose plus. Une troisi\u00e8me voie se trouve, ainsi, ouverte : l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 divine reste n\u00e9cessaire, mais son principe de transmission ne l&rsquo;est pas. Autrement dit, ce qui constitue l&rsquo;objet de la science divine se r\u00e9v\u00e8le contingent dans le temps. Ce qui est physiquement n\u00e9cessaire cesse de l&rsquo;\u00eatre m\u00e9taphysiquement. Voil\u00e0, avouons-le, une articulation conceptuelle bien d\u00e9licate \u00e0 appr\u00e9hender.<\/p>\n<p>La conclusion du livre m\u00e9nage, avec honn\u00eatet\u00e9, plusieurs issues possibles \u00e0 cette impasse sp\u00e9culative. Les derni\u00e8res pages insistent sur le principe de Swinburne, selon lequel l&rsquo;omniscience divine se verrait limit\u00e9e par ce qu&rsquo;il est logiquement possible de savoir. Or, il n&rsquo;appara\u00eet pas logiquement possible de conna\u00eetre \u00ab\u00a0les futurs contingents\u00a0\u00bb. D\u00e8s lors, la science divine ne porterait pas sur eux. Se refusant, cependant, \u00e0 cautionner une hypoth\u00e8se au d\u00e9triment d&rsquo;une autre, l&rsquo;auteur se r\u00e9fugie, finalement, dans une prudente expectative, nous renvoyant, apr\u00e8s avoir aiguis\u00e9e notre r\u00e9flexion, \u00e0 nos perplexit\u00e9s premi\u00e8res.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet ouvrage expose un des probl\u00e8mes les plus redoutables de la pens\u00e9e humaine, que celle-ci sed\u00e9ploie dans le cadre strict d&rsquo;une argumentation philosophico-th\u00e9ologique ou bien qu&rsquo;elle visite inopin\u00e9ment tout homme de bon sens que les d\u00e9tours inattendus de sa destin\u00e9e &hellip; <a href=\"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/2011\/01\/06\/cyrille-michon-prescience-et\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[47],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1091"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1091"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1091\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1091"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1091"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1091"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}