{"id":97,"date":"2014-12-22T21:23:43","date_gmt":"2014-12-22T20:23:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/2014\/12\/22\/pascal-blaise-1623-1662\/"},"modified":"2019-02-26T13:40:42","modified_gmt":"2019-02-26T12:40:42","slug":"pascal-blaise-1623-1662","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/pascal-blaise-1623-1662\/","title":{"rendered":"Pascal, Blaise (1623-1662)"},"content":{"rendered":"<h2>Les premi\u00e8res ann\u00e9es<\/h2>\n<p>Blaise Pascal est n\u00e9 en 1623 \u00e0 Clermont-Ferrand. Son p\u00e8re, \u00c9tienne Pascal, \u00e9tait pr\u00e9sident \u00e0 la cour des Aides ; sa m\u00e8re, Antoinette Bergon, mourut en 1626 ; Blaise avait une s\u0153ur a\u00een\u00e9e, Gilberte (qui deviendra M<sup>me<\/sup> P\u00e9rier apr\u00e8s son mariage), et une cadette, Jacqueline.<\/p>\n<p>En 1631, \u00c9tienne Pascal quitte Clermont pour Paris : curieux des sciences, il est attir\u00e9 par la vie intellectuelle de la capitale, et se fait admettre dans les cercles scientifiques o\u00f9 il rencontre des savants comme Mersenne ou Roberval. \u00c9tienne Pascal s&rsquo;occupe seul de l&rsquo;\u00e9ducation de Blaise, \u00e0 la fa\u00e7on des humanistes. Il s&rsquo;inqui\u00e8te des progr\u00e8s de son fils en math\u00e9matiques, qu&rsquo;il juge trop rapides : il pr\u00e9f\u00e9rerait que Blaise s&rsquo;int\u00e9resse davantage aux langues anciennes, mais rien n&rsquo;y fait ; le jeune Pascal, g\u00e9nie pr\u00e9coce, red\u00e9couvre \u00e0 12 ans les trente-deux premi\u00e8res propositions d&rsquo;Euclide et, \u00e0 seize, il r\u00e9dige un <em>Essai sur les coniques <\/em> qui r\u00e9pond \u00e0 un trait\u00e9 de Desargues. Pendant les ann\u00e9es parisiennes, \u00c9tienne Pascal, conscient des talents peu communs de son fils, le fait admettre chez les savants qu&rsquo;il fr\u00e9quentait lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>En 1639, \u00c9tienne Pascal re\u00e7oit de Richelieu une mission de commissionnaire \u00e0 la lev\u00e9e des imp\u00f4ts en Normandie ; la famille s&rsquo;installe alors \u00e0 Rouen et participe \u00e0 la vie culturelle de la ville : elle re\u00e7oit Corneille, qui surveille les progr\u00e8s po\u00e9tiques de Jacqueline, enfant prodige tout comme son fr\u00e8re, puisqu&rsquo;elle remporta en 1641 le prix au concours de po\u00e9sie de Rouen. Mais c&rsquo;est surtout une intense activit\u00e9 scientifique qui occupe Blaise pendant ces ann\u00e9es : \u00e0 19 ans, il invente la premi\u00e8re machine \u00e0 calculer (la \u00ab\u00a0machine arithm\u00e9tique\u00a0\u00bb) pour faciliter le travail de son p\u00e8re. Esprit concret, il adapte sa machine pour qu&rsquo;elle puisse servir aussi bien aux calculs financiers qu&rsquo;aux architectes. Esprit concret et pratique tout autant que grand math\u00e9maticien et bient\u00f4t grand th\u00e9ologien, il \u00e9crira une brochure pour faire la \u00ab\u00a0publicit\u00e9\u00a0\u00bb de son invention et, plus tard, en 1652, il en enverra un exemplaire \u00e0 la reine Christine de Su\u00e8de.<\/p>\n<p>Pendant ses ann\u00e9es rouennaises, Pascal m\u00e8ne aussi ses recherches sur le vide. La physique de l&rsquo;\u00e9poque, en effet soutenait que \u00a0\u00bb la nature a horreur du vide \u00a0\u00bb et que celui-ci ne pouvait exister. S&rsquo;inspirant des d\u00e9couvertes r\u00e9centes (1644) de l&rsquo;Italien Torricelli, qui avait entrepris des exp\u00e9riences barom\u00e9triques, mais sans conclure \u00e0 l&rsquo;existence du vide ni \u00e0 l&rsquo;existence d&rsquo;une pression atmosph\u00e9rique, Pascal proc\u00e8de \u00e0 diverses exp\u00e9riences mettant en jeu de multiples \u00a0\u00bb tuyaux, seringues, soufflets, et siphons de plusieurs longueurs et figures \u00ab\u00a0, afin de montrer que le pr\u00e9jug\u00e9 de l&rsquo;horreur du vide est erron\u00e9. Pascal n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 organiser de vastes mises en sc\u00e8ne pour frapper les imaginations : l&rsquo;exp\u00e9rience qui eut lieu dans la cour de la verrerie de Rouen, et qui imposa l&rsquo;utilisation de tubes de 12 m de haut, t\u00e9moigne de son sens du spectacle autant que de son habilet\u00e9 scientifique. Vers 1648, il imagina la grande exp\u00e9rience du Puy-de-D\u00f4me : il s&rsquo;agissait de mettre en \u00e9vidence non seulement l&rsquo;existence du vide, mais aussi l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une pesanteur de l&rsquo;air : la hauteur de la colonne de mercure dans les tubes n&rsquo;\u00e9tait en effet pas la m\u00eame au bas et au sommet du mont. En compl\u00e9tant ainsi des exp\u00e9riences que Torricelli avait entam\u00e9es avant lui, Pascal a non seulement d\u00e9couvert le principe du barom\u00e8tre, mais il a surtout renvers\u00e9 toute la physique ancienne, dont la pr\u00e9tendue \u00a0\u00bb horreur du vide \u00a0\u00bb \u00e9tait l&rsquo;un des fondements.<\/p>\n<p>Il tire les conclusions de ces travaux dans <em>Exp\u00e9riences nouvelles touchant le vide<\/em> (1647), <em>l&rsquo;\u00c9quilibre des liqueurs <\/em> et la <em>Pesanteur de la masse de l&rsquo;air<\/em>, publi\u00e9s apr\u00e8s sa mort en 1663 ; il pol\u00e9miqua avec le P\u00e8re No\u00ebl sur ce sujet, et pr\u00e9para aussi un <em>Trait\u00e9 du vide <\/em> dont il ne r\u00e9digea que la pr\u00e9face, mais elle est fondamentale sur le plan \u00e9pist\u00e9mologique. Pascal y explique en effet que dans les sciences exactes, il faut se fier \u00e0 la m\u00e9thode exp\u00e9rimentale et non \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 des Anciens, au contraire des sciences humaines et divines, o\u00f9, la raison n&rsquo;y pouvant rien d\u00e9terminer, il faut se fier aux t\u00e9moignages et aux \u00ab\u00a0preuves historiques\u00a0\u00bb :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Dans les mati\u00e8res o\u00f9 l&rsquo;on recherche seulement de savoir ce que les auteurs ont \u00e9crit, comme dans l&rsquo;histoire, dans la g\u00e9ographie, dans la jurisprudence, dans les langues et surtout dans la th\u00e9ologie, et enfin dans toutes celles qui ont pour principe, ou le fait simple, ou l&rsquo;institution divine ou humaine, il faut n\u00e9cessairement recourir \u00e0 leurs livres [ceux des Anciens], puisque tout ce que l&rsquo;on en peut savoir y est contenu [\u2026] Il n&rsquo;en est pas de m\u00eame des sujets qui tombent sous les sens ou le raisonnement : l&rsquo;autorit\u00e9 y est inutile ; la raison seule a lieu d&rsquo;en conna\u00eetre.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<h2>Les \u00ab\u00a0conversions\u00a0\u00bb de 1646 et 1654<\/h2>\n<p>Pascal est, avec Claudel, un de nos grands \u00e9crivains \u00ab\u00a0convertis\u00a0\u00bb. Mais la conversion religieuse, tr\u00e8s fr\u00e9quente au XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, ne s&rsquo;entendait pas au m\u00eame sens qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui. D&rsquo;une part, il ne s&rsquo;agissait pas d&rsquo;un passage de l&rsquo;ath\u00e9isme \u00e0 la foi, mais d&rsquo;un christianisme ti\u00e8de \u00e0 un christianisme plus fervent. D&rsquo;autre part, Pascal n&rsquo;a pas connu une mais plusieurs conversions, qui le men\u00e8rent progressivement sur le chemin d&rsquo;une vie chr\u00e9tienne plus authentique : il n&rsquo;a pas renonc\u00e9 en un jour aux sciences ni au \u00a0\u00bb monde \u00a0\u00bb ; ce n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 la fin de sa vie que, atteint par la maladie et soucieux seulement de plaire \u00e0 Dieu, il renoncera compl\u00e8tement \u00e0 cet amour de savoir qui fut la passion de sa jeunesse.<\/p>\n<p>C&rsquo;est en 1646, \u00e0 Rouen, qu&rsquo;eut lieu la premi\u00e8re conversion. \u00c0 la suite d&rsquo;un accident, \u00c9tienne Pascal est soign\u00e9 par deux gentilshommes m\u00e9decins, les fr\u00e8res Deschamps, nouvellement convertis \u00e0 l&rsquo;augustinisme. Toute la famille se met alors \u00e0 lire fi\u00e9vreusement les ouvrages de Saint-Cyran, peut-\u00eatre aussi ceux de Jans\u00e9nius, et sans doute ceux de saint Augustin. Jacqueline, surtout, est profond\u00e9ment troubl\u00e9e par cette rencontre, mais Blaise est lui aussi atteint par le z\u00e8le du n\u00e9ophyte, au point de pol\u00e9miquer avec Saint-Ange, qui avait construit un syst\u00e8me philosophique rationaliste o\u00f9 Dieu ne tenait pas une grande place.<\/p>\n<p>Mais cette \u00ab\u00a0premi\u00e8re conversion\u00a0\u00bb n&rsquo;a rien de d\u00e9finitif : de retour \u00e0 Paris en 1647, Pascal semble m\u00eame s&rsquo;\u00e9loigner quelque peu de la religion ; il fr\u00e9quente les savants et la bonne soci\u00e9t\u00e9 des \u00ab\u00a0honn\u00eates gens\u00a0\u00bb, comme le jeune duc de Roannez, le chevalier M\u00e9r\u00e9, et Damien Miton, esprits brillants et cultiv\u00e9s. Il lit les philosophes, \u00c9pict\u00e8te et Montaigne, et se pla\u00eet \u00e0 la conversation polie de ces beaux esprits ; il fr\u00e9quente des \u00ab\u00a0libertins\u00a0\u00bb (voir infra) qui, sans \u00eatre d\u00e9bauch\u00e9s, sont indiff\u00e9rents aux choses de la religion. De 1647 \u00e0 1654, Pascal est ainsi dans ce qu&rsquo;on a coutume d&rsquo;appeler sa p\u00e9riode mondaine. Il ne faudrait pas toutefois consid\u00e9rer cette phase de son existence comme un temps de d\u00e9sordre moral ou spirituel ; pendant ces ann\u00e9es, il s&rsquo;adonne aux math\u00e9matiques et r\u00e9sout pour son ami M\u00e9r\u00e9 le \u00ab\u00a0probl\u00e8me des partis\u00a0\u00bb : il s&rsquo;agit de savoir comment, lorsqu&rsquo;un jeu de cartes ou de d\u00e9s est interrompu avant la fin, on peut r\u00e9partir les mises \u00e9quitablement entre les joueurs, en fonction des chances que chacun d&rsquo;eux avait de gagner ou de perdre. Pascal, pour trouver la solution de ce probl\u00e8me, pose les bases du calcul des probabilit\u00e9s. S&rsquo;il tenta pendant quelque temps d&#8217;emp\u00eacher sa s\u0153ur de devenir religieuse \u00e0 Port-Royal, comme elle le souhaitait, il finit par la laisser prendre le voile et rendit lui aussi plusieurs visites \u00e0 ce monast\u00e8re. Sa vie relativement \u00ab\u00a0mondaine\u00a0\u00bb se mit en effet \u00e0 le lasser, car elle lui sembla fausse et superficielle ; un accident de carrosse auquel il \u00e9chappa de justesse lui fit comprendre la vanit\u00e9 et la fragilit\u00e9 de la vie humaine, et ses s\u0153urs se r\u00e9jouirent de le voir toujours davantage gagn\u00e9 par des pr\u00e9occupations religieuses.<\/p>\n<p>C&rsquo;est dans ce contexte d&rsquo;inqui\u00e9tude spirituelle que, le 23 novembre 1654, Pascal connut une exp\u00e9rience mystique d&rsquo;une intensit\u00e9 extraordinaire, une extase religieuse qui le marqua pour le reste de sa vie : c&rsquo;est la \u00ab\u00a0nuit de feu\u00a0\u00bb, pendant laquelle il eut le sentiment de rencontrer le Dieu. Le lendemain de cette seconde conversion, il r\u00e9digea sur un papier le r\u00e9cit de ce qu&rsquo;il avait ressenti la veille, et ne se s\u00e9para jamais de ce texte qu&rsquo;on appelle le M\u00e9morial et qu&rsquo;on trouva cousu \u00e0 sa mort dans la doublure de son v\u00eatement ; il se trouve maintenant joint \u00e0 la plupart des \u00e9ditions des <em>Pens\u00e9es<\/em>, mais il est certain qu&rsquo;il n&rsquo;aurait pas fait partie de l&rsquo;<em>Apologie<\/em> si Pascal avait pu la finir. Apr\u00e8s cette exp\u00e9rience d\u00e9cisive, il d\u00e9cida alors de rompre avec la vie mondaine qui l&rsquo;occupait depuis environ sept ans.<\/p>\n<h2>Pascal et Port-Royal<\/h2>\n<p>Au d\u00e9but de 1655, Pascal se retira quelques temps \u00e0 Port-Royal. Il prit comme directeur spirituel Louis-Isaac Le Maistre de Sacy, po\u00e8te et confesseur des religieuses. En 1655, il eut un entretien avec M. de Sacy, au cours duquel il r\u00e9fl\u00e9chit sur les rapports de la philosophie et de la foi ; pour Pascal, les philosophies ne peuvent r\u00e9soudre les contradictions de l&rsquo;homme, et il se r\u00e9jouit \u00e0 les voir s&#8217;embarrasser dans ces contrari\u00e9t\u00e9s. Lui-m\u00eame devint le directeur spirituel de Mlle de Roannez, et nous avons conserv\u00e9 plusieurs de ses lettres de direction.<\/p>\n<p>C&rsquo;est en 1656 que se d\u00e9clenche la grande offensive contre les jans\u00e9nistes \u00e0 la Sorbonne. Pascal, maintenant engag\u00e9 pleinement aux c\u00f4t\u00e9s des augustiniens, prend fait et cause pour Antoine Arnauld et les Messieurs de Port-Royal. Comme les jans\u00e9nistes s&rsquo;aper\u00e7oivent qu&rsquo;ils ne parviennent pas \u00e0 mettre de leur c\u00f4t\u00e9 l&rsquo;opinion publique, peu int\u00e9ress\u00e9e par les distinctions subtiles entre gr\u00e2ce suffisante et gr\u00e2ce efficace, Pascal entreprend d&rsquo;expliquer au public mondain les donn\u00e9es de la querelle sur la gr\u00e2ce. Pour rendre accessible aux \u00a0\u00bb honn\u00eates gens \u00a0\u00bb non-sp\u00e9cialistes ces questions ardues et montrer que la v\u00e9rit\u00e9 de la religion aussi bien que la bonne foi sont du c\u00f4t\u00e9 des augustiniens, il utilise la forme des lettres, dans lesquelles il se pla\u00eet \u00e0 tourner en ridicule les j\u00e9suites, stigmatisant en particulier la morale rel\u00e2ch\u00e9e de certains casuistes (ceux-ci expliquaient par exemple qu&rsquo;en certains cas, on a le droit de tuer, de voler, ou qu&rsquo;on n&rsquo;est pas oblig\u00e9 d&rsquo;aimer Dieu pour \u00eatre sauv\u00e9). Ces lettres se pr\u00e9sentant comme \u00e9crites par un jans\u00e9niste \u00e0 un de ses amis r\u00e9sidant en province, on les appelle <em>Provinciales<\/em>. Il y en eut dix-huit, publi\u00e9s s\u00e9par\u00e9ment et sous le pseudonyme de Louis de Montalte, entre janvier 1656 et le printemps 1657 ; ces pamphlets clandestins valurent \u00e0 son auteur d&rsquo;\u00eatre poursuivi par la police et l&rsquo;oblig\u00e8rent \u00e0 changer souvent de domicile, mais ils r\u00e9jouirent les salons : ironiques, brillantes et dr\u00f4les, les <em>Provinciales<\/em> (qu&rsquo;on appelait alors les \u00a0\u00bb Petites Lettres \u00ab\u00a0) rendirent les j\u00e9suites tout confus et honteux, malgr\u00e9 la condamnation papale qui mettait les <em>Provinciales<\/em> \u00e0 l&rsquo;index. Mais si la victoire morale de cette campagne est incontestablement du c\u00f4t\u00e9 des jans\u00e9nistes, les sentences pontificales fulmin\u00e9es contre eux et la pers\u00e9cution continuaient de plus belle.<\/p>\n<p>Le 24 mars 1656, en pleine campagne des <em>Provinciales<\/em> intervint un \u00e9v\u00e9nement qui bouleversa Pascal : la gu\u00e9rison miraculeuse de sa ni\u00e8ce, Marguerite P\u00e9rier, dans la chapelle de Port-Royal de Paris. La jeune fille \u00e9tait atteinte d&rsquo;une fistule lacrymale qui la d\u00e9figurait et faisait pourrir l&rsquo;os de son nez ; alors que les m\u00e9decins d\u00e9sesp\u00e9raient de la sauver et songeaient \u00e0 lui appliquer le fer rouge, elle fut gu\u00e9rie au contact d&rsquo;une relique de la couronne d&rsquo;\u00e9pines du Christ. Ce miracle dit \u00a0\u00bb de la Sainte \u00c9pine \u00ab\u00a0, bient\u00f4t reconnu comme tel par les autorit\u00e9s eccl\u00e9siastiques, fut consid\u00e9r\u00e9 par Pascal et par tout Port-Royal comme un signe de Dieu en faveur du monast\u00e8re injustement pers\u00e9cut\u00e9. Pascal m\u00e9dita \u00e0 cette occasion sur le r\u00f4le des miracles dans la religion chr\u00e9tienne, et eut \u00e0 ce moment l&rsquo;id\u00e9e de r\u00e9diger une apologie du christianisme dont il ne reste que des brouillons pr\u00e9paratoires, les <em>Pens\u00e9es<\/em>. Pour autant, Pascal n&rsquo;abandonna pas ses activit\u00e9s scientifiques ; pendant une nuit d&rsquo;insomnie de 1658, il m\u00e9dita \u00e0 divers probl\u00e8mes pos\u00e9s par la \u00a0\u00bb roulette \u00a0\u00bb (ou \u00a0\u00bb cyclo\u00efde \u00ab\u00a0), c&rsquo;est-\u00e0-dire par la courbe engendr\u00e9e par un point le long d&rsquo;un cercle tournant \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;une roue ; les plus grands savants du temps (Galil\u00e9e, Roberval, Descartes, Fermat, Torricelli\u2026) s&rsquo;\u00e9taient int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 cette courbe, mais sans venir \u00e0 bout de toutes les difficult\u00e9s qu&rsquo;elle pr\u00e9sentait ; comme Pascal avait trouv\u00e9 plusieurs d\u00e9monstrations sur lesquelles avaient achopp\u00e9 tous les grands esprits du temps, son ami le duc de Roannez lui sugg\u00e9ra de soumettre anonymement le probl\u00e8me \u00e0 tous les g\u00e9om\u00e8tres d&rsquo;Europe, sous la forme d&rsquo;un concours dot\u00e9 d&rsquo;un prix ; le concours fut lanc\u00e9 en juin 1658, la cl\u00f4ture \u00e9tant fix\u00e9e en octobre ; le premier prix \u00e9tait de quarante pistoles, le second de vingt. Personne ne parvint \u00e0 r\u00e9soudre le probl\u00e8me, aussi Pascal publia-t-il triomphalement les r\u00e9sultats, en f\u00e9vrier 1659, dans un petit ouvrage qu&rsquo;il finan\u00e7a\u2026 gr\u00e2ce aux 60 pistoles qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas eu \u00e0 d\u00e9bourser !<\/p>\n<p>Cette suractivit\u00e9 d\u00e9passa les forces de Pascal, qui fut pendant toute sa vie un malade : il \u00e9tait atteint d&rsquo;un mal d&rsquo;origine tuberculeuse qui paralysait en partie ses membres inf\u00e9rieurs, et d&rsquo;un an\u00e9vrisme qui lui occasionnait d&rsquo;horribles migraines. Il d\u00e9clara \u00e0 Gilberte que, depuis l&rsquo;\u00e2ge de 18 ans, il n&rsquo;avait pas connu un seul jour o\u00f9 il ne souffr\u00eet pas de douleur physique. Ses maux s&rsquo;aggravent en f\u00e9vrier 1659, mais, contrairement \u00e0 ce que d\u00e9clara sa s\u0153ur, il n&rsquo;est pas vrai qu&rsquo;il dut abandonner toute activit\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort ; d\u00e8s le milieu de l&rsquo;ann\u00e9e 1660, il va mieux, mais les querelles sur le Formulaire &#8211; contrairement \u00e0 Arnauld et Nicole, il est, comme sa s\u0153ur Jacqueline, hostile \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de la signature &#8211; l&rsquo;\u00e9puisent. Sur le plan spirituel, l&rsquo;ann\u00e9e 1659 est aussi celle d&rsquo;une troisi\u00e8me conversion de Pascal, qui renonce \u00e0 toute activit\u00e9 scientifique, comme il l&rsquo;\u00e9crit \u00e0 Fermat le 10 ao\u00fbt 1660 :<\/p>\n<blockquote><p>\u2026 Car pour vous parler franchement de la g\u00e9om\u00e9trie, je la trouve le plus haut exercice de l&rsquo;esprit ; mais en m\u00eame temps je la connais pour si inutile, que je fais peu de diff\u00e9rence entre un homme qui n&rsquo;est que g\u00e9om\u00e8tre et un habile artisan. Aussi je l&rsquo;appelle le plus beau m\u00e9tier du monde ; mais enfin ce n&rsquo;est qu&rsquo;un m\u00e9tier ; et j&rsquo;ai dit souvent qu&rsquo;elle est bonne pour faire l&rsquo;essai, mais non l&#8217;emploi de notre force : de sorte que je ne ferais pas deux pas pour la g\u00e9om\u00e9trie, et je m&rsquo;assure fort que vous \u00eates de mon humeur.<\/p><\/blockquote>\n<p>Ainsi parle, deux ans avant sa mort, celui qui inventa la machine \u00e0 calculer et fut tout pr\u00e8s de d\u00e9couvrir le calcul infinit\u00e9simal. Il ne renon\u00e7a pas pour autant \u00e0 toute activit\u00e9 intellectuelle : en mars 1662, avec son ami le duc de Roannez, il cr\u00e9a au profit des pauvres de Blois la premi\u00e8re compagnie de transports en commun \u00e0 Paris, les \u00a0\u00bb carrosses \u00e0 cinq sols \u00ab\u00a0, avec stations et changements, et des dispositifs assurant aussi bien la s\u00e9curit\u00e9 des voyageurs que des facilit\u00e9s d&rsquo;acc\u00e8s aux handicap\u00e9s ; l&rsquo;auteur des <em>Pens\u00e9es<\/em>, m\u00eame au plus fort de sa maladie, ne fut jamais le personnage m\u00e9lancolique et lunaire forg\u00e9 au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle par les romantiques, mais concilia toujours les plus hautes aspirations spirituelles avec une pleine conscience des r\u00e9alit\u00e9s concr\u00e8tes. C&rsquo;est dans son projet d<em>&lsquo;Apologie de la religion <\/em> que Pascal jette surtout ses derni\u00e8res forces ; il dit un jour \u00e0 sa s\u0153ur qu&rsquo;il lui faudrait \u00a0\u00bb dix ans de sant\u00e9 \u00a0\u00bb pour mener \u00e0 bout ce projet, mais ils ne lui seront pas accord\u00e9s : en juin 1662 d\u00e9buta une lente agonie, dont Gilberte rapporte la saintet\u00e9 avec laquelle Pascal l&rsquo;a support\u00e9e : sentant sa fin prochaine, il voulut \u00eatre transport\u00e9 aux Incurables pour mourir parmi les pauvres. Comme ses proches s&rsquo;y oppos\u00e8rent, il demanda qu&rsquo;on fit venir un pauvre, agonisant comme lui, afin qu&rsquo;il profite des m\u00eames soins que ceux dont il b\u00e9n\u00e9ficiait. Il mourut le 19 ao\u00fbt 1662. Ses derni\u00e8res paroles, \u00a0\u00bb Que Dieu ne m&rsquo;abandonne jamais ! \u00a0\u00bb renvoient \u00e0 cette angoisse du d\u00e9laissement qui caract\u00e9rise la pens\u00e9e augustinienne, puisque, selon Augustin, nul ne peut \u00eatre assur\u00e9 de pers\u00e9v\u00e9rer jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort dans la foi du Christ, Dieu pouvant refuser sa gr\u00e2ce jusqu&rsquo;aux ultimes moments de la vie.<\/p>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-97 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><dl class='gallery-item'>\n\t\t\t<dt class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/wp-content\/uploads\/2010\/12\/machine_arithmetique.jpg'><img width=\"140\" height=\"140\" src=\"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/wp-content\/uploads\/2010\/12\/machine_arithmetique-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"La machine arithm\u00e9tique\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" aria-describedby=\"gallery-1-98\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/dt>\n\t\t\t\t<dd class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-98'>\n\t\t\t\tLa machine arithm\u00e9tique\n\t\t\t\t<\/dd><\/dl><dl class='gallery-item'>\n\t\t\t<dt class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/wp-content\/uploads\/2010\/12\/equilibre_liqueurs.jpg'><img width=\"140\" height=\"140\" src=\"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/wp-content\/uploads\/2010\/12\/equilibre_liqueurs-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"L&#039;\u00e9quilibre des liqueurs\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" aria-describedby=\"gallery-1-99\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/dt>\n\t\t\t\t<dd class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-99'>\n\t\t\t\tL&rsquo;\u00e9quilibre des liqueurs\n\t\t\t\t<\/dd><\/dl><dl class='gallery-item'>\n\t\t\t<dt class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/wp-content\/uploads\/2010\/12\/puits_de_pascal.jpg'><img width=\"140\" height=\"140\" src=\"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/wp-content\/uploads\/2010\/12\/puits_de_pascal-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Le puits de Pascal\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" aria-describedby=\"gallery-1-100\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/dt>\n\t\t\t\t<dd class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-100'>\n\t\t\t\tLe puits de Pascal\n\t\t\t\t<\/dd><\/dl><br style=\"clear: both\" \/><dl class='gallery-item'>\n\t\t\t<dt class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/wp-content\/uploads\/2010\/12\/portrait_pascal_adulte.jpg'><img width=\"140\" height=\"140\" src=\"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/wp-content\/uploads\/2010\/12\/portrait_pascal_adulte-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Portrait de Pascal adulte\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" aria-describedby=\"gallery-1-101\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/dt>\n\t\t\t\t<dd class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-101'>\n\t\t\t\tPortrait de Pascal adulte\n\t\t\t\t<\/dd><\/dl>\n\t\t\t<br style='clear: both' \/>\n\t\t<\/div>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les premi\u00e8res ann\u00e9es Blaise Pascal est n\u00e9 en 1623 \u00e0 Clermont-Ferrand. 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