{"id":48,"date":"2014-12-22T21:22:24","date_gmt":"2014-12-22T20:22:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/2014\/12\/22\/le-jansenisme\/"},"modified":"2019-02-25T17:27:45","modified_gmt":"2019-02-25T16:27:45","slug":"le-jansenisme","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/le-jansenisme\/","title":{"rendered":"Le jans\u00e9nisme"},"content":{"rendered":"<p>Au sens premier du terme le Jans\u00e9nisme peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une h\u00e9r\u00e9sie, puisque l&rsquo;Autorit\u00e9 romaine porta plusieurs condamnations sur des propositions qu&rsquo;il aurait contenues. Mais, en un sens plus large, on peut aussi ne voir dans le Jans\u00e9nisme qu&rsquo;un mouvement interne au Catholicisme, qui rejeta comme non n\u00e9cessaires les condamnations dont il fit l&rsquo;objet, essaya d&rsquo;en limiter la port\u00e9e et cherchait \u00e0 pr\u00e9senter du christianisme une image plus fid\u00e8le \u00e0 ses origines. Nous partirons du premier sens, puisque nous sommes dans un cycle sur les h\u00e9r\u00e9sies, et nous nous demanderons, pour commencer, en quoi le Jans\u00e9nisme a pu \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 d&rsquo;abord comme une h\u00e9r\u00e9sie.<\/p>\n<p>Auparavant faisons quelques remarques sur le mot m\u00eame de \u00ab\u00a0<em>Jans\u00e9nisme<\/em>\u00ab\u00a0. Le mot est une cr\u00e9ation pol\u00e9mique pour d\u00e9signer &#8211; je cite la <em>Lettre \u00e0 un ami touchant le Jans\u00e9nisme<\/em> publi\u00e9e \u00e0 Paris en 1651 &#8211; \u00ab\u00a0<em>cette sorte de gens qu&rsquo;on appelle jans\u00e9nistes, du nom de Jans\u00e9nius leur auteur<\/em>\u00ab\u00a0. Le mot \u00ab\u00a0<em>jans\u00e9nistes<\/em>\u00a0\u00bb fut forg\u00e9 au moment des pol\u00e9miques men\u00e9es par les J\u00e9suites contre l&rsquo;<em>Augustinus<\/em>, le livre dont nous allons parler, \u00e0 l&rsquo;imitation du vocable de \u00ab\u00a0<em>calvinistes<\/em>\u00a0\u00bb qui d\u00e9signait les partisans de Calvin. On pourrait citer d&rsquo;autres exemples de cet emploi pol\u00e9mique du terme de \u00ab\u00a0<em>jans\u00e9nistes<\/em>\u00ab\u00a0, toujours sous la plume de ses adversaires, alors que les partisans de Jans\u00e9nius pr\u00e9f\u00e9raient se d\u00e9signer eux-m\u00eames comme disciples de saint Augustin. C&rsquo;est pourquoi on pourrait soutenir que le Jans\u00e9nisme n&rsquo;est pas une h\u00e9r\u00e9sie, en ce sens qu&rsquo;il n&rsquo;y a aucun texte du magist\u00e8re qui, dans le terme m\u00eame, condamne le \u00ab\u00a0<em>Jans\u00e9nisme<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le mot, l&rsquo;historiographie. L&rsquo;histoire du Jans\u00e9nisme fut d&rsquo;abord \u00e9crite par ses adversaires. C&rsquo;est pour lutter contre Saint-Cyran que le j\u00e9suite Fran\u00e7ois Pinthereau (1605-1664) publia les premiers documents concernant ses rapports avec Jans\u00e9nius. Par la suite, l&rsquo;histoire la plus c\u00e9l\u00e8bre du Jans\u00e9nisme, au 17\u00e8me si\u00e8cle, fut l&rsquo;oeuvre du j\u00e9suite Ren\u00e9 Rapin (1621-1687). Elle fut conserv\u00e9e comme manuscrit par la Compagnie de J\u00e9sus dans ses dossiers, pour \u00e9viter que les pol\u00e9miques puissent redevenir publiques et ne fut publi\u00e9e qu&rsquo;au 19\u00e8me si\u00e8cle sous le titre <em>Histoire du Jans\u00e9nisme depuis ses origines<\/em>. En regard, pour les jans\u00e9nistes eux-m\u00eames, au moins pour les deux premi\u00e8res g\u00e9n\u00e9rations, le \u00ab\u00a0<em>Jans\u00e9nisme<\/em>\u00a0\u00bb n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un \u00ab\u00a0<em>fant\u00f4me<\/em>\u00ab\u00a0, un fantasme (Arnauld: <em>Le fant\u00f4me du Jans\u00e9nisme<\/em>).<\/p>\n<p>C&rsquo;est seulement vers la fin du 17\u00e8me si\u00e8cle, en gros une cinquantaine d&rsquo;ann\u00e9es apr\u00e8s leurs adversaires, que les jans\u00e9nistes, \u00e0 leur tour, se dot\u00e8rent de leur propre histoire en publiant un certain nombre de \u00ab\u00a0<em>M\u00e9moires<\/em>\u00ab\u00a0(Lancelot, Fontaine, Thomas du Foss\u00e9, tous morts \u00e0 la charni\u00e8re du 17\u00e8me et du 18\u00e8me si\u00e8cles). Il s&rsquo;agit d&rsquo;histoires \u00ab\u00a0<em>hagiographiques<\/em>\u00ab\u00a0, si l&rsquo;on peut dire, con\u00e7ues contre les histoires j\u00e9suites. Elles ont en commun le fait d&rsquo;identifier l&rsquo;histoire du Jans\u00e9nisme \u00e0 celle de Port-Royal. Le plus c\u00e9l\u00e8bre des historiens du Jans\u00e9nisme, Racine lui-m\u00eame, dans son Abr\u00e9g\u00e9 de l&rsquo;histoire de Port-Royal (publi\u00e9 seulement \u00e0 Cologne en 1742 &#8211; 1\u00e8re partie &#8211; et 1767), identifie l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre. Dans la suite, la plupart des historiens du Jans\u00e9nisme, jusqu&rsquo;\u00e0 Sainte-Beuve compris (1840-1859), ont conserv\u00e9 cette vision des choses, ce qui ne va pas sans poser beaucoup de probl\u00e8mes \u00e0 l&rsquo;historien contemporain.<\/p>\n<p>Ces remarques faites, nous envisagerons successivement:<\/p>\n<p>&#8211; la naissance du Jans\u00e9nisme et les premi\u00e8res condamnations<\/p>\n<p>&#8211; la p\u00e9riode des grandes pol\u00e9miques des ann\u00e9es 1640-1650, aboutissant aux condamnations de 1653 et 1656<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0ce que devint le Jans\u00e9nisme \u00e0 la fin du 17\u00e8me si\u00e8cle et au 18\u00e8me si\u00e8cle, avec notamment la bulle Unigenitus de 1713<\/p>\n<h2>La naissance du jans\u00e9nisme et les premi\u00e8res condamnations<\/h2>\n<p>Un livre, l&rsquo;<em>Augustinus<\/em>, condamn\u00e9 d\u00e8s 1642, et deux hommes, Jans\u00e9nius, l&rsquo;auteur du livre, et Saint-Cyran, son ami, directeur de Port-Royal, sont \u00e0 la naissance du Jans\u00e9nisme.<\/p>\n<p><em><em>Jans\u00e9nius et son livre l&rsquo;Augustinus<\/em><\/em><\/p>\n<p>A l&rsquo;origine donc le livre c\u00e9l\u00e8bre de Jans\u00e9nius, publi\u00e9 en 1640 et connu sous le nom de l&rsquo;<em>Augustinus<\/em>. En voici le titre complet: \u00ab\u00a0<em>Augustinus, seu doctrina sancti Augustini de humanae naturae, sanitate, aegritudine, medicina, adversus Pelagianos et Massilienses<\/em>\u00ab\u00a0, soit en fran\u00e7ais: \u00ab\u00a0<em>Augustin ou la doctrine de saint Augustin portant sur la nature humaine, la sant\u00e9, la maladie et la m\u00e9decine, contre les P\u00e9lagiens et les Marseillais<\/em>\u00ab\u00a0. C&rsquo;est un ouvrage tr\u00e8s consid\u00e9rable: grand in folio de 1300 pages \u00e0 doubles colonnes tr\u00e8s serr\u00e9es. Consacr\u00e9 \u00e0 la pens\u00e9e d&rsquo;Augustin, il se veut syst\u00e9matique. C&rsquo;est une synth\u00e8se augustinienne sur le salut et la gr\u00e2ce. Explicitement, il porte sur le concept philosophique, plus que th\u00e9ologique, de nature humaine, cette nature \u00e9tant pens\u00e9e selon un mod\u00e8le m\u00e9dical, d&rsquo;origine augustinienne, celui de la sant\u00e9, de la maladie et de la m\u00e9decine. Ce mod\u00e8le m\u00e9dical oriente tout l&rsquo;ouvrage de Jans\u00e9nius.<\/p>\n<p>L&rsquo;auteur, Corn\u00e9lius Jansen, n\u00e9 en 1585, a \u00e9t\u00e9 professeur d&rsquo;Ecriture Sainte \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Louvain o\u00f9 il produisit deux autres ouvrages interessants pour nous: un commentaire du Pentateuque et un commentaire des quatre Evangiles, tous deux verset par verset. S&rsquo;agissant en quelque sorte de la publication de ses cours, ce sont n\u00e9anmoins deux ouvrages dont on peut dire qu&rsquo;ils ne sont pas jans\u00e9nistes; on n&rsquo;y trouve pas en effet de th\u00e8se jans\u00e9niste. Jansen a \u00e9crit aussi un Mars Gallicus, qui valut par la suite beaucoup d&rsquo;ennuis aux jans\u00e9nistes et aux gens de Port-Royal. Apr\u00e8s avoir enseign\u00e9 l&rsquo;Ecriture Sainte \u00e0 Louvain, il devint \u00e9v\u00eaque d&rsquo;Ypres et mourut de la peste en 1638, alors que l&rsquo;Augustinus, son oeuvre majeure, \u00e9tait pratiquement termin\u00e9. Ce sont ses amis et successeurs qui l&rsquo;ont publi\u00e9. Ainsi l&rsquo;Augustinus, point de d\u00e9part du jans\u00e9nisme, fut publi\u00e9 \u00e0 titre posthume; et Jans\u00e9nius lui-m\u00eame, si l&rsquo;on peut dire, n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 jans\u00e9niste.<\/p>\n<p><em><em>Le contenu de l&rsquo;Augustinus<\/em><\/em><\/p>\n<p>La nature humaine, la libert\u00e9 humaine et la gr\u00e2ce constituent certainement trois des th\u00e8mes majeurs de l&rsquo;Augustinus.<\/p>\n<p>L&rsquo;ouvrage comporte trois parties traitant respectivement:<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0 de l&rsquo;\u00e9tat de nature pure,<\/p>\n<p>&#8211; de l&rsquo;\u00e9tat de nature innocente,<\/p>\n<p>&#8211; de l&rsquo;\u00e9tat de nature d\u00e9chue.<\/p>\n<p>Il nous faut revenir quelque peu sur cette probl\u00e9matique.<\/p>\n<p>Traditionnellement la th\u00e9ologie distinguait seulement deux \u00e9tats de l&rsquo;homme: <em>l&rsquo;\u00e9tat de la nature innocente<\/em> et <em>l&rsquo;\u00e9tat de la nature d\u00e9chue<\/em>. Dans l&rsquo;\u00e9tat de nature d\u00e9chue, nous dit Jans\u00e9nius, le salut ne peut venir que de Dieu seul. Il est inaccessible \u00e0 l&rsquo;homme. Il est pur don de Dieu. Toute la libert\u00e9 humaine ne peut \u00eatre qu&rsquo;une libert\u00e9 de r\u00e9ception, d&rsquo;accord, de pri\u00e8re, pour que le salut vienne de Dieu. C&rsquo;est la th\u00e8se centrale de Jans\u00e9nius.<\/p>\n<p><em>Comment y fut-il conduit?<\/em><\/p>\n<p>La scolastique tardive avait invent\u00e9 un nouveau concept pour penser ce qu&rsquo;il y avait de commun entre l&rsquo;\u00e9tat de nature innocente et l&rsquo;\u00e9tat de nature d\u00e9chue. C&rsquo;est le concept de <em>nature pure<\/em>: la nature prise dans sa puret\u00e9 de nature, simple concept ne correspondant \u00e0 rien de r\u00e9el. Mais en fait, \u00e0 force de parler de nature pure comme pur mod\u00e8le conceptuel pouvant rendre compte en m\u00eame temps de la nature innocente et de la nature d\u00e9chue, on finit par en faire un troisi\u00e8me \u00e9tat. D&rsquo;o\u00f9, pr\u00e9cis\u00e9ment, la premi\u00e8re partie de l&rsquo;Augustinus.<br \/>\nOr il est \u00e0 remarquer que, si on peut th\u00e9ologiquement appliquer le concept d&rsquo;\u00e9tat \u00e0 la nature innocente (en imaginant qu&rsquo;Adam et Eve avaient v\u00e9cu un certain temps avant la chute) et \u00e0 la nature d\u00e9chue (l&rsquo;\u00e9tat des hommes apr\u00e8s la chute), il est par contre conceptuellement difficile, sinon impossible, de parler d&rsquo;\u00e9tat pour la nature pure. Un tel \u00ab\u00a0<em>\u00e9tat<\/em>\u00a0\u00bb n&rsquo;a jamais exist\u00e9. En ce sens la probl\u00e9matique da Jans\u00e9nius, d\u00e9pendante de celle de ses adversaires, reste \u00e9minemment discutable.<\/p>\n<p>Les th\u00e9ologiens utilisant ce concept d&rsquo; \u00ab\u00a0<em>\u00e9tat de pure nature<\/em>\u00a0\u00bb en venaient n\u00e9cessairement \u00e0 se poser la question suivante: quel est le type de bonheur auquel peut atteindre Adam (c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;homme en g\u00e9n\u00e9ral) dans l&rsquo;\u00e9tat de nature pure? et il y avait deux r\u00e9ponses possibles, constituant l&rsquo;une et l&rsquo;autre des impasses:<\/p>\n<p>ou bien dans l&rsquo;\u00e9tat de nature pure, puisque Dieu l&rsquo;a cr\u00e9\u00e9 ainsi, c&rsquo;est qu&rsquo;il ne manque rien \u00e0 l&rsquo;homme pour faire son bonheur et son salut; et c&rsquo;est donc que le salut rel\u00e8ve de sa nature (car le contraire voudrait dire que l&rsquo;homme e\u00fbt \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 incomplet et donc que la cr\u00e9ation serait d\u00e9fectueuse). Le salut est ainsi une exigence de la nature elle-m\u00eame. C&rsquo;est ce qu&rsquo;on a appel\u00e9 l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie ba\u00efaniste.<\/p>\n<p>ou bien, et c&rsquo;est l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie jans\u00e9niste, l&rsquo;\u00e9tat de pure nature ne peut procurer \u00e0 l&rsquo;homme qu&rsquo;un bonheur purement terrestre; mais le salut, de l&rsquo;ordre du surnaturel, vient de Dieu. Il est donc une pure gratuit\u00e9, un pur don, qui vient en plus. Le surnaturel est ainsi totalement coup\u00e9 de la nature. Il est essentiellement inaccessible \u00e0 l&rsquo;homme dans sa propre libert\u00e9.<\/p>\n<p><em><em>D&rsquo;o\u00f9 les positions de Jans\u00e9nius sur la libert\u00e9 humaine\u00a0<\/em><\/em><\/p>\n<p>Il y a dans son livre des centaines de colonnes contre le concept de libert\u00e9 humaine tel que le courant moliniste des j\u00e9suites le remettait en honneur \u00e0 la fin du XVIe si\u00e8cle.<br \/>\nLa grande th\u00e8se sur le libert\u00e9 humaine contenue dans l&rsquo;<em>Augustinus<\/em> est assez claire. Elle est que les h\u00e9r\u00e9sies, l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie p\u00e9lagienne en l&rsquo;occurrence \u00e0 laquelle il identifie le \u00ab\u00a0<em>molinisme<\/em>\u00ab\u00a0, sont les survivances, dans le domaine th\u00e9ologique, des philosophies de l&rsquo;Antiquit\u00e9; elle est que l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie est une philosophie revivifi\u00e9e au sein de la th\u00e9ologie. Jans\u00e9nius le r\u00e9p\u00e8te: \u00ab\u00a0<em>philosophia errorum fons, haereticorum mater<\/em>\u00a0\u00bb (la philosophie est la source des erreurs, la m\u00e8re des h\u00e9r\u00e9sies).<\/p>\n<p>De ce point de vue, la philosophie la plus scandaleuse entre toutes est le sto\u00efcisme (cf aussi Pascal: <em>Entretien avec M. de Sacy<\/em>). Pourquoi? parce que le sto\u00efcisme est une pens\u00e9e de la grandeur de l&rsquo;homme et une m\u00e9connaissance de la mis\u00e8re de l&rsquo;homme. Le sto\u00efcien, c&rsquo;est celui qui dit qu&rsquo;il a les moyens d&rsquo;\u00eatre heureux tout seul, c&rsquo;est-\u00e0-dire de faire son salut tout seul. C&rsquo;est le pire. Jans\u00e9nius fait l\u00e0 une analyse int\u00e9ressante et fine du sto\u00efcisme . Il dit que le moteur du sto\u00efcisme, le propre du sto\u00efcisme, c&rsquo;est l&rsquo;orgueil. Or qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;une pens\u00e9e de l&rsquo;orgueil? c&rsquo;est une pens\u00e9e qui m\u00e9conna\u00eet le p\u00e9ch\u00e9 originel, donc qui ne sait pas que l&rsquo;homme est dans un \u00e9tat de nature d\u00e9chue, que l&rsquo;homme a perdu son premier statut. M\u00e9connaissant le p\u00e9ch\u00e9 originel, cette pens\u00e9e, paradoxalement, en fait inconsciemment son propre principe. En effet, pour Jans\u00e9nius, le p\u00e9ch\u00e9 originel n&rsquo;est autre que le p\u00e9ch\u00e9 d&rsquo;orgueil. Et qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un sto\u00efcien? c&rsquo;est celui qui, ne sachant pas qu&rsquo;il y a eu un p\u00e9ch\u00e9 originel, fait de l&rsquo;orgueil le principe m\u00eame de sa philosophie. Le sto\u00efcisme est ainsi la philosophie qui vit de ce qu&rsquo;elle m\u00e9conna\u00eet.<\/p>\n<p>Pour Jans\u00e9nius en outre, si, historiquement, le sto\u00efcisme \u00e9tait mort apr\u00e8s S\u00e9n\u00e8que, il avait surv\u00e9cu \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la th\u00e9ologie sous forme de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie p\u00e9lagienne. L\u00e0 est v\u00e9ritablement l&rsquo;ennemi de Jans\u00e9nius: les grands d\u00e9fenseurs de la libert\u00e9 humaine qui disent \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;ordre du monde est ce qu&rsquo;il est; je peux \u00eatre malade, mourir demain; c&rsquo;est \u00e9gal, je peux dominer tout cela<\/em>\u00ab\u00a0.<br \/>\nJans\u00e9nius part donc d&rsquo;une doctrine de la libert\u00e9 qu&rsquo;il met toutes ses forces \u00e0 d\u00e9truire au profit d&rsquo;une doctrine de la gr\u00e2ce efficace qui vient de Dieu et de Dieu seul. C&rsquo;est une doctrine extr\u00eamement forte, port\u00e9e par une th\u00e8se philosophico-th\u00e9ologique tr\u00e8s pr\u00e9cise. Le seul philosophe, finalement, qui trouve gr\u00e2ce aux yeux de Jans\u00e9nius, comme d&rsquo;ailleurs \u00e0 ceux de saint Augustin, c&rsquo;est Platon: \u00ab\u00a0<em>Platon pour disposer au Christianisme<\/em>\u00a0\u00bb (Pascal, Pens\u00e9es, \u00a7 612)<\/p>\n<h2>La condamnation de l&rsquo;Augustinus (1642)<\/h2>\n<p>La cible de Jans\u00e9nius, ce sont \u00e9videmment les J\u00e9suites, et en particulier Molina (<em>Concordia gratiae cum libero arbitro<\/em> de 1588), c&rsquo;est-\u00e0-dire une tentative de conciliation de la libert\u00e9 humaine et de la gr\u00e2ce. Il voit chez eux une trahison des textes de saint Augustin sur la gr\u00e2ce et un h\u00e9ritage des semi-p\u00e9lagiens. Quel \u00e9tait donc, finalement, l&rsquo;objectif de l&rsquo;Augustinus, cette grande synth\u00e8se augustinienne? C&rsquo;\u00e9tait une contre-offensive, destin\u00e9e \u00e0 affaiblir la port\u00e9e des opinions \u00ab\u00a0<em>molinistes<\/em>\u00a0\u00bb enseign\u00e9es par les J\u00e9suites.<\/p>\n<p>Mais le fait m\u00eame de publier l&rsquo;<em>Augustinus<\/em> constituait une contravention aux d\u00e9cisions pontificales qui interdisaient justement de discuter sur de tels sujets (en particulier la nature et la gr\u00e2ce) depuis la cl\u00f4ture des congr\u00e9gations \u00ab\u00a0<em>de auxiliis<\/em>\u00ab\u00a0. En effet, pour mettre un terme \u00e0 des disputes dont personne ne r\u00e9ussissait \u00e0 sortir, le pape Paul V avait mis fin, en 1607, aux dites congr\u00e9gations, qui duraient depuis 1598; et deux d\u00e9crets successifs (1611 et 1625) interdirent ensuite de continuer \u00e0 discuter de la question de la gr\u00e2ce.<br \/>\nAinsi, avant m\u00eame d&rsquo;ouvrir l&rsquo;<em>Augustinus<\/em>, on savait, par son seul titre, qu&rsquo;il contrevenait \u00e0 l&rsquo;interdiction romaine. D&rsquo;o\u00f9 une premi\u00e8re s\u00e9rie de condamnations, tr\u00e8s rapides (bulle <em>In Eminenti<\/em> de 1642, publi\u00e9e en 1643), qui ne portent pas sur le contenu de l&rsquo;Augustinus, mais sont de principe. Ajoutons que, pour faire bonne mesure, cette bulle condamnait \u00e9galement tous les ouvrages qui \u00e9taient parus tr\u00e8s rapidement contre l&rsquo;<em>Augustinus<\/em> et tous ceux qui prenaient parti pour ou contre. Autrement dit il y avait bien interdiction de discuter le sujet lui-m\u00eame. Toutefois, bien qu&rsquo;interdisant de discuter de la question, la d\u00e9cision fut pr\u00e9sent\u00e9e par Rome comme ne remettant pas en cause les positions augustiniennes. Une pr\u00e9face \u00e0 la bulle <em>In Eminenti<\/em> pr\u00e9cisait qu&rsquo;en aucun cas la condamnation prononc\u00e9e ne portait atteinte \u00e0 la pr\u00e9\u00e9minence de saint Augustin sur ces questions.<\/p>\n<p>Il y avait l\u00e0, en effet un grave probl\u00e8me pour l&rsquo;Eglise. Aujourd&rsquo;hui, nous sommes extr\u00eamement sensibles aux aspects personnels de la synth\u00e8se de Jans\u00e9nius et quelqu&rsquo;un qui, de nos jours, conna\u00eetrait bien la pens\u00e9e d&rsquo;Augustin sur la gr\u00e2ce et lirait l&rsquo;<em>Augustinus<\/em>, ne pourrait qu&rsquo;\u00eatre frapp\u00e9 par le fait que la syst\u00e9matisation op\u00e9r\u00e9e par Jans\u00e9nius tourne quelquefois \u00e0 une \u00ab\u00a0<em>trahison<\/em>\u00a0\u00bb du texte d&rsquo;Augustin et marque une pens\u00e9e personnelle (cf Henri de Lubac). Mais, au 17\u00e8me si\u00e8cle, ce qui pour nous est clair ne l&rsquo;\u00e9tait pas autant, surtout aux yeux des jans\u00e9nistes; et il semble que pour beaucoup, malgr\u00e9 la pr\u00e9face de la bulle, la condamnation de l&rsquo;Augustinus fut ressentie alors comme signifiant, sans doute aucun, une condamnation inavou\u00e9e d&rsquo;Augustin lui-m\u00eame.<\/p>\n<h2>Saint-Cyran et Port-Royal<\/h2>\n<p>Quoi qu&rsquo;il en soit, la condamnation pontificale, port\u00e9e par la bulle <em>In Eminenti<\/em>, eut, principalement en France, des rebondissements qui prirent imm\u00e9diatement une coloration politico-religieuse qui devait durer de longues ann\u00e9es, jusqu&rsquo;\u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Pourquoi? Principalement \u00e0 cause de Jean du Vergier de Hauranne, abb\u00e9 de Saint-Cyran (1581-1643). Au moment o\u00f9 l&rsquo;Augustinus para\u00eet, Saint-Cyran, bien qu&#8217;emprisonn\u00e9 \u00e0 Vincennes, exerce une influence consid\u00e9rable sur une partie de l&rsquo;Eglise de France car il a pass\u00e9 sa vie, si l&rsquo;on peut dire, \u00e0 mettre l&rsquo;accent de la r\u00e9forme catholique sur le mod\u00e8le de l&rsquo;Eglise primitive. C&rsquo;est en outre \u00e0 cause de sa personnalit\u00e9 que, tr\u00e8s vite, l&rsquo;histoire du Jans\u00e9nisme devint li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;histoire de Port-Royal.<\/p>\n<p>Saint-Cyran avait fait ses \u00e9tudes \u00e0 Louvain, peu avant Jans\u00e9nius, mais devint quelque temps apr\u00e8s son ami tr\u00e8s proche, au point qu&rsquo;ils travaill\u00e8rent ensemble, pendant cinq ou six ans, \u00e0 Bayonne, sur les P\u00e8res de l&rsquo;Eglise et notamment sur saint Augustin, pour tenter de r\u00e9former le catholicisme par un renouvellement int\u00e9rieur, dans la perspective d&rsquo;un retour \u00e0 l&rsquo;Eglise primitive. Donc des amis tr\u00e8s proches et tr\u00e8s intimes, qui par la suite ont \u00e9chang\u00e9 une correspondance suivie. Cette proximit\u00e9 cependant ne doit pas masquer des diff\u00e9rences importantes; et en particulier celle-ci: Jans\u00e9nius est un auteur pl\u00fbtot sp\u00e9culatif, tandis que Saint-Cyran est soucieux avant tout de spiritualit\u00e9 et de la direction des \u00e2mes.<\/p>\n<p>Saint-Cyran, en effet, fut particuli\u00e8rement marqu\u00e9 par le cardinal de B\u00e9rulle dont il fut aussi le secr\u00e9taire et l&rsquo;ami. Le grand trait\u00e9 de ce dernier, les <em>Discours sur l&rsquo;\u00e9tat et les grandeurs de J\u00e9sus<\/em>, est, probablement pour une part, d\u00fb \u00e0 Saint-Cyran lui-m\u00eame; Saint-Cyran dont la spiritualit\u00e9, fondamentalement christocentrique, rel\u00e8ve de ce grand mouvement spirituel du d\u00e9but du 17\u00e8me si\u00e8cle qui, avec B\u00e9rulle, revient \u00e0 un christocentrisme essentiel. On a de Saint-Cyran de tr\u00e8s belles lettres spirituelles, du plus grand int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p>Mais Saint-Cyran, bien s\u00fbr, est surtout connu parce qu&rsquo;il fut choisi comme directeur par les religieuses de Port-Royal et qu&rsquo;il fit de ces religieuses, au d\u00e9part cisterciennes, un foyer de rayonnement pour l&rsquo;ensemble de cette spiritualit\u00e9 nouvelle. Comme on le sait, c&rsquo;est la M\u00e8re Arnauld, la soeur du grand Arnauld, qui op\u00e9ra cette r\u00e9forme de Port-Royal et demanda \u00e0 Saint-Cyran de diriger le monast\u00e8re (1635). Port-Royal se trouva ainsi \u00eatre en fait le foyer intellectuel d&rsquo;o\u00f9 allait partir l&rsquo;ensemble de la pol\u00e9mique jans\u00e9niste.<br \/>\nEn outre, et c&rsquo;est ce qui donne d\u00e9finitivement \u00e0 la querelle son aspect politique, Saint-Cyran, ami de B\u00e9rulle, se trouva \u00eatre l&rsquo;un des adversaires les plus acharn\u00e9s de Richelieu. et en particulier sur cette question, o\u00f9 il se heurtait \u00e0 la th\u00e9ologie de Richelieu, qui est de savoir si, apr\u00e8s la confession et pour recevoir l&rsquo;absolution, une \u00ab\u00a0<em>contrition<\/em>\u00a0\u00bb (regret du p\u00e9ch\u00e9 par amour de Dieu) est n\u00e9cessaire ou si suffit une \u00ab\u00a0<em>attrition<\/em>\u00a0\u00bb (contrition imparfaite; regret du p\u00e9ch\u00e9 par crainte de l&rsquo;enfer). Parmi les partisans de la th\u00e8se \u00ab\u00a0<em>faible<\/em>\u00a0\u00bb il y avait le cardinal-ministre.<\/p>\n<p>On reprocha enfin \u00e0 B\u00e9rulle puis \u00e0 Saint-Cyran de repr\u00e9senter le parti de l&rsquo;\u00e9tranger. B\u00e9rulle avait introduit en France le Carmel, d&rsquo;origine espagnole. Saint-Cyran, ami de B\u00e9rulle, s&rsquo;\u00e9tait li\u00e9 \u00e0 Jans\u00e9nius (auteur du Mars Gallicus) \u00e0 Louvain, dans les Pays-Bas espagnols. Tous ces milieux repr\u00e9sentaient l&rsquo;exact oppos\u00e9 intellectuel, th\u00e9ologique et politique de Richelieu. Pour lui c&rsquo;\u00e9tait, en France m\u00eame, le parti de l&rsquo;ennemi.<\/p>\n<p>En 1638, Richelieu prit pr\u00e9texte de cette question de l&rsquo;attrition pour faire condamner quelques textes de Saint-Cyran et le faire emprisonner \u00e0 Vincennes, la prison la plus malsaine entre toutes. Il esp\u00e9rait l&rsquo;y voir mourir en quelques mois. En r\u00e9alit\u00e9 Saint-Cyran y a tenu cinq ans. Lorsque para\u00eet l&rsquo;Augustinus, en 1640, Saint-Cyran est en prison. Il y d\u00e9couvre le livre de son ami (dont il fut d&rsquo;ailleurs, semble-t-il, d\u00e9\u00e7u) et \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 ce moment-l\u00e0 se choisit un jeune disciple, Antoine Arnauld, n\u00e9 en 1612, tout juste docteur de Sorbonne et qui deviendra le grand Arnauld. Il l&rsquo;engage pour sa d\u00e9fense, c&rsquo;est-\u00e0-dire pour exposer la tradition de l&rsquo;Eglise sur la p\u00e9nitence et l&rsquo;eucharistie (1643: <em>La fr\u00e9quente communion<\/em>, d&rsquo;Antoine Arnauld) et pour prendre la d\u00e9fense de l&rsquo;<em>Augustinus<\/em>, attaqu\u00e9 publiquement \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>On peut donc r\u00e9capituler d&rsquo;un mot: l&#8217;emprisonnement de Saint-Cyran a largement contribu\u00e9 \u00e0 son triomphe. Il fut imm\u00e9diatement dans le personnage de la victime et du martyr (bien que la mort de Richelieu en 1642, puis celle de Louis XIII, lui valut d&rsquo;\u00eatre lib\u00e9r\u00e9 en 1643, peu avant sa mort). Il \u00e9tait \u00ab\u00a0le\u00a0\u00bb ma\u00eetre spirituel en prison, au prestige consid\u00e9rable. Par l\u00e0 il fut, avec Jans\u00e9nius dont il \u00e9tait l&rsquo;ami, l&rsquo;un des deux hommes qui pr\u00e9par\u00e8rent le Jans\u00e9nisme. Mais l&rsquo;un et l&rsquo;autre n&rsquo;\u00e9taient plus l\u00e0 lorsque le Jans\u00e9nisme commen\u00e7a \u00e0 faire parler de lui.<\/p>\n<h2>Les grandes pol\u00e9miques jans\u00e9nistes des ann\u00e9es 1640 &#8211; 1650 et les condamnations de 1653 et 1656<\/h2>\n<p><em><em>Antoine Arnauld<\/em><\/em><br \/>\nLe Jans\u00e9nisme, on l&rsquo;a dit en commen\u00e7ant, est n\u00e9 en 1640 avec la publication posthume de l&rsquo;<em>Augustinus<\/em>. Il va maintenant se d\u00e9velopper, sans les deux grandes figures que nous venons d&rsquo;\u00e9voquer, Jans\u00e9nius et Saint-Cyran. Le \u00ab\u00a0<em>v\u00e9ritable p\u00e8re<\/em>\u00a0\u00bb en sera ce jeune Arnauld, disciple de Saint-Cyran, qui m\u00e8ne la pol\u00e9mique \u00e0 partir de ces ann\u00e9e 1640-42.<\/p>\n<p>Remarquons ici que la captivit\u00e9 de Saint-Cyran non seulement l&rsquo;avait endurci, mais avait aussi r\u00e9duit la mod\u00e9ration qu&rsquo;il avait montr\u00e9e jusqu&rsquo;alors envers l&rsquo;institution. Initialement ses grands projets de r\u00e9forme avaient \u00e9t\u00e9 essentiellement des projets de r\u00e9forme spirituelle. Jean Orcibal \u00e9crit: \u00ab\u00a0<em>Les souffrances de Saint-Cyran le cuirassaient lui-m\u00eame en vue des luttes futures et diminuaient la mod\u00e9ration qu&rsquo;il avait jusqu&rsquo;alors g\u00e9n\u00e9ralement conserv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la hi\u00e9rarchie: d\u00e9sormais, le Jans\u00e9nisme pouvait na\u00eetre<\/em>\u00ab\u00a0. D\u00e8s lors on voit tr\u00e8s bien comment cette inflexion devint une tendance dominante du Jans\u00e9nisme, avec Antoine Arnauld, qui ne craignit pas de s&rsquo;opposer \u00e0 la hi\u00e9rarchie, qu&rsquo;elle soit parisienne ou romaine.<\/p>\n<p>Antoine Arnauld \u00e9tait le dernier fils d&rsquo;une famille de parlementaires tr\u00e8s influents sous Henri IV. Sa soeur \u00e9tait l&rsquo;abbesse de Port-Royal-des-champs, la M\u00e8re Arnauld; l&rsquo;un de ses fr\u00e8res \u00e9tait \u00e9v\u00eaque d&rsquo;Angers. Arnauld appara\u00eet comme une \u00ab\u00a0<em>valeur montante<\/em>\u00ab\u00a0, tr\u00e8s \u00e0 la mode, dans les ann\u00e9es 1640. Il est un grand espoir de la Sorbonne. Son travail de philosophe en t\u00e9moigne , et il sera plus tard le grand d\u00e9fenseur du cart\u00e9sianisme. Docteur en th\u00e9ologie, il pr\u00e9pare divers ouvrages, dont la \u00ab\u00a0<em>Fr\u00e9quente communion<\/em>\u00ab\u00a0, la \u00ab\u00a0<em>D\u00e9fense de Saint-Cyran<\/em>\u00ab\u00a0, la \u00ab\u00a0<em>D\u00e9fense de Jans\u00e9nius<\/em>\u00a0\u00bb etc.. Richelieu s&rsquo;\u00e9tait \u00e9videmment inquiet\u00e9 de le voir devenir d\u00e9fenseur de Saint-Cyran.<br \/>\nQue va-t-il se passer apr\u00e8s 1642?<\/p>\n<p><strong>Les cinq propositions et leur condamnation (1653)<br \/>\n<\/strong>Il semble que ce soit sur l&rsquo;ordre de Richelieu qu&rsquo;au cours de l&rsquo;Avent de 1642, le th\u00e9ologal de Notre-Dame de Paris, Isaac Habert, attaqua directement l&rsquo;<em>Augustinus<\/em>. Arnauld en prit alors la d\u00e9fense et les pol\u00e9miques commenc\u00e8rent.<\/p>\n<p>Ces attaques, qui conduiront \u00e0 la d\u00e9claration du Jans\u00e9nisme comme h\u00e9r\u00e9sie, commen\u00e7\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;occasion de soutenances de th\u00e8ses \u00e0 la Facult\u00e9 de th\u00e9ologie de Paris. Le syndic de la Facult\u00e9, Nicolas Cornet, voulait r\u00e9duire l&rsquo;influence et l&rsquo;importance de l&rsquo;Augustinisme aupr\u00e8s des \u00e9tudiants et des futurs docteurs en th\u00e9ologie (nous retrouvons l\u00e0 ce d\u00e9bat de savoir si, dans le fond, les th\u00e8ses strictes d&rsquo;Augustin sur la gr\u00e2ce sont encore pertinentes au 17\u00e8me si\u00e8cle ou si une majorit\u00e9 de l&rsquo;Eglise ne pense pas qu&rsquo;il faudrait les abandonner). Il semble avoir pris pr\u00e9texte de propositions contenues dans l&rsquo;Augustinus pour tenter d&rsquo;y parvenir. Il releva lui-m\u00eame sept propositions qu&rsquo;il pr\u00e9senta aux docteurs de Sorbonne. Mais ceux-ci furent trop divis\u00e9s pour prononcer eux-m\u00eames une condamnation; le parti jans\u00e9niste \u00e9tait important \u00e0 la Sorbonne. La position de repli fut alors de soumettre \u00e0 Rome cinq de ces propositions sur les sept. Elles furent jug\u00e9es h\u00e9r\u00e9tiques et condamn\u00e9es par la constitution apostolique <em>Cum occasione<\/em> du 31 mai 1653.<\/p>\n<p>Ainsi la pol\u00e9mique parisienne avait dur\u00e9 une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es et se terminait par le condamnation de cinq propositions d\u00e9clar\u00e9es h\u00e9r\u00e9tiques. Ces propositions \u00e9taient les suivantes:<\/p>\n<p>la premi\u00e8re, qualifi\u00e9e de t\u00e9m\u00e9raire, impie, blasph\u00e9matoire, condamn\u00e9e par anath\u00e8me et h\u00e9r\u00e9tique, affirmait:<br \/>\nQuelques commandements de Dieu sont impossibles \u00e0 accomplir aux justes qui les veulent et qui s&rsquo;y efforcent selon les forces qu&rsquo;ils ont actuellement. Il leur manque aussi la gr\u00e2ce qui les rendrait possibles.<\/p>\n<p>Cette proposition est la plus importante des cinq. Elle figure \u00ab\u00a0<em>expressis verbis<\/em>\u00a0\u00bb dans l&rsquo;<em>Augustinus<\/em> et c&rsquo;est sur elle que se centreront les d\u00e9bats. Le terrain de la pol\u00e9mique \u00e9tait pr\u00e9par\u00e9 depuis longtemps. Dix ans auparavant d\u00e9j\u00e0, une des th\u00e8ses de th\u00e9ologie d&rsquo;Antoine Arnauld avait port\u00e9 sur La chute de saint Pierre: saint Pierre est le prototype du juste qui ne veut pas mal agir et s&rsquo;y efforce et qui cependant a chut\u00e9. La gr\u00e2ce lui a \u00e9t\u00e9 insuffisante. Il faut donc en plus une gr\u00e2ce efficace.<\/p>\n<p>La seconde proposition, condamn\u00e9e uniquement comme h\u00e9r\u00e9tique, \u00e9tait ainsi libell\u00e9e:<br \/>\nDans l&rsquo;\u00e9tat de nature d\u00e9chue (notre \u00e9tat pr\u00e9sent) on ne r\u00e9siste jamais \u00e0 la gr\u00e2ce int\u00e9rieure.<br \/>\nCette proposition semblait nier la libert\u00e9 humaine.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me proposition \u00e9non\u00e7ait que:<br \/>\nPour m\u00e9riter et d\u00e9m\u00e9riter dans l&rsquo;\u00e9tat de nature d\u00e9chue, la libert\u00e9 qui exclut la n\u00e9c\u00e9ssit\u00e9 (libertas a necessitate) n&rsquo;est pas requise; la libert\u00e9 qui exclut la contrainte (libertas a coactione) suffit.<\/p>\n<p>La quatri\u00e8me proposition, d\u00e9clar\u00e9e fausse et h\u00e9r\u00e9tique, disait:<br \/>\nLes semi-p\u00e9lagiens admettaient la n\u00e9c\u00e9ssit\u00e9 de la gr\u00e2ce int\u00e9rieure pr\u00e9venante pour chaque acte particulier, m\u00eame pour l&rsquo;acte de foi initial, et ils \u00e9taient h\u00e9r\u00e9tiques en ce qu&rsquo;ils voulaient que cette gr\u00e2ce f\u00fbt telle que la volont\u00e9 p\u00fbt soit lui r\u00e9sister soit lui ob\u00e9ir.<\/p>\n<p>La cinqui\u00e8me proposition enfin, jug\u00e9e fausse, t\u00e9m\u00e9raire, scandaleuse (mais pas h\u00e9r\u00e9tique) et, comprise au sens o\u00f9 le Christ serait mort pour les seuls pr\u00e9destin\u00e9s, impie, blasph\u00e9matoire, outrageuse, manquant au respect de la charit\u00e9 divine , \u00e9non\u00e7ait:<br \/>\nIl est semi-p\u00e9lagien de dire que J\u00e9sus-Christ est mort ou qu&rsquo;il a r\u00e9pandu son sang g\u00e9n\u00e9ralement pour tous les hommes.<\/p>\n<p>Cela d\u00e9coulait de l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se faite par les jans\u00e9nistes de la question de savoir si J\u00e9sus-Christ \u00e9tait ou non mort pour tous les hommes.<\/p>\n<p><em><em>La port\u00e9e de la condamnation de 1653<\/em><\/em><br \/>\nQuelle \u00e9tait exactement la port\u00e9e de cette condamnation? La r\u00e9ponse \u00e0 cette question demande beaucoup de soin.<\/p>\n<p>Selon leur habitude, les consulteurs romains s&rsquo;\u00e9taient fix\u00e9s uniquement sur le sens contenu dans chaque proposition (cf Bruno Neveu). Chacune est examin\u00e9e pour elle-m\u00eame et situ\u00e9e par rapport \u00e0 l&rsquo;enseignement du concile de Trente: une condamnation est au fond le moyen de pr\u00e9ciser des formules encore trop ind\u00e9termin\u00e9es de ce dernier.<\/p>\n<p>Quand une condamnation est prononc\u00e9e, la commission charg\u00e9e de le faire proc\u00e8de d&rsquo;ailleurs elle-m\u00eame \u00e0 une reformulation. C&rsquo;est ce qui fait que des cinq propositions condamn\u00e9es que l&rsquo;on vient de voir, seule la premi\u00e8re se trouve, \u00ab\u00a0<em>expressis verbis<\/em>\u00ab\u00a0, dans l&rsquo;<em>Augustinus<\/em>. Les quatre autres propositions formulent tout \u00e0 fait correctement une doctrine effectivement contenue dans l&rsquo;<em>Augustinus<\/em>, doctrine qui y est centrale, mais ne se trouvent pas, mot pour mot, dans l&rsquo;<em>Augustinus<\/em>.<\/p>\n<p>Et surtout les censures romaines ne se sont jamais attach\u00e9es \u00e0 la question de savoir si les propositions qu&rsquo;elles censuraient refl\u00e9taient fid\u00e8lement ou non la doctrine r\u00e9elle de la personne qui les avait \u00e9mises. C&rsquo;est un point absolument capital. Une proposition est d\u00e9clar\u00e9e h\u00e9r\u00e9tique en elle-m\u00eame, sans qu&rsquo;il soit aucunement pris parti sur l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie possible de son auteur. Ce que veut l&rsquo;Eglise, c&rsquo;est proposer aux fid\u00e8les l&rsquo;exemple de ce qu&rsquo;il ne fallait pas croire, but dogmatique et non intellectuel. L&rsquo;Eglise ne juge pas des choses \u00ab\u00a0<em>occultes<\/em>\u00ab\u00a0; elle ne juge pas de la foi de l&rsquo;individu Cornelius Jansen, \u00e9v\u00eaque d&rsquo;Ypres, mais du caract\u00e8re h\u00e9r\u00e9tique de telle ou telle proposition, consid\u00e9r\u00e9e isol\u00e9ment. En outre elle ne donne aucune indication sur ce que serait une proposition orthodoxe.<\/p>\n<p>Seulement, et c&rsquo;est l\u00e0 toute l&rsquo;ambiguit\u00e9 qui fut si pr\u00e9judiciable aux jans\u00e9nistes, de telles propositions sont forc\u00e9ment n\u00e9es dans un contexte donn\u00e9 et rejaillissent naturellement sur l&rsquo;oeuvre enti\u00e8re dont elles sont extraites et m\u00eame sur la personne de celui qui les a formul\u00e9es. Bien qu&rsquo;il ne s&rsquo;agisse pas de la foi de Jans\u00e9nius, et encore moins de l&rsquo;Augustinisme qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas question de condamner, la premi\u00e8re d\u00e9fense des Jans\u00e9nistes consista donc \u00e0 dire: Jans\u00e9nius est fid\u00e8le \u00e0 saint Augustin. Condamner l&rsquo;<em>Augustinus<\/em>, c&rsquo;est donc condamner saint Augustin et c&rsquo;est donc que l&rsquo;Eglise catholique veut s&rsquo;en s\u00e9parer. Ce qui donc suscita la querelle, c&rsquo;est ce lien tout \u00e0 fait ambigu entre des propositions et le livre.<\/p>\n<p><em><em>La r\u00e9action des jans\u00e9nistes<\/em><\/em><br \/>\nNous arrivons \u00e0 1655, autre date charni\u00e8re. Arnauld publie sa <em>Seconde lettre \u00e0 un duc et pair<\/em>, de 250 pages. La strat\u00e9gie d&rsquo;Arnauld &#8211; c&rsquo;est un coup de g\u00e9nie &#8211; consiste \u00e0 mettre en place la distinction, qui nous est maintenant coutumi\u00e8re, entre le droit et le fait. Que disent Arnauld et les jans\u00e9nistes? Nous, nous admettons absolument la condamnation abstraite, c&rsquo;est-\u00e0-dire le droit. Le pape a raison de condamner les cinq propositions. Elles sont h\u00e9r\u00e9tiques. Mais, ajoute Arnauld, je nie le fait, je nie que ces propositions soient, mot \u00e0 mot, dans le livre de Jans\u00e9nius appell\u00e9 <em>Augustinus<\/em>. C&rsquo;est l\u00e0 une strat\u00e9gie extr\u00eamement forte: tout accorder \u00e0 la condamnation; mais en fait ne rien lui accorder puisque la position d&rsquo;Arnauld consiste \u00e0 dire: ces cinq propositions sont l\u00e9gitimement condamn\u00e9es mais Jans\u00e9nius ne les a jamais \u00e9crites. Il y avait une part \u00e9vidente de mauvaise foi puisqu&rsquo;au moins la premi\u00e8re proposition se trouvait express\u00e9ment dans l&rsquo;<em>Augustinus<\/em> (quoiqu&rsquo;elle n&rsquo;ait pas \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9e comme telle par la condamnation); mais les quatre autres n&rsquo;y \u00e9taient effectivement pas, bien qu&rsquo;elles soient des r\u00e9sum\u00e9s fid\u00e8les de la doctrine de Jans\u00e9nius.<\/p>\n<p>Une des maladresses de Rome fut alors, \u00e0 la suite du clerg\u00e9 fran\u00e7ais, d&rsquo;accepter le dilemme propos\u00e9 par Arnauld. Il aurait fallu modifier la position du probl\u00e8me et montrer que, dans toute l&rsquo;histoire des censures romaines, la question ne s&rsquo;\u00e9tait jamais pos\u00e9e en ces termes. Au lieu de cela le clerg\u00e9 fran\u00e7ais et Rome accept\u00e8rent la probl\u00e9matique d&rsquo;Arnauld, en s&rsquo;opposant \u00e0 lui: ces propositions, dirent-ils, ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9es dans le sens de Jans\u00e9nius et se trouvent dans son livre. Rome pla\u00e7a donc la question sur le plan des faits (Un peu plus tard les autorit\u00e9s fran\u00e7aises et romaines impos\u00e8rent un formulaire en ce sens qui enjoignait de reconna\u00eetre, en signant, la pr\u00e9sence factuelle des propositions dans le texte &#8211; ce sera la fameuse affaire du formulaire). Arnauld eut alors beau jeu de dire \u00e0 la censure: si vous dites que les propositions sont dans le texte, montrez-les moi. Ce qui \u00e9tait \u00e9videmment difficile, et m\u00eame impossible.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait ainsi la premi\u00e8re fois, dans l&rsquo;histoire de la th\u00e9ologie, que le Saint-Si\u00e8ge \u00e9tablissait le principe que l&rsquo;Eglise a autorit\u00e9 en mati\u00e8re de \u00ab\u00a0<em>faits dogmatiques<\/em>\u00ab\u00a0. Ni de purs faits historiques ni des dogmes. C&rsquo;est le couplage entre un fait, litt\u00e9ral en l&rsquo;occurence, et un dogme. La question de fond est alors de savoir si on peut obliger un fid\u00e8le \u00e0 un acte de foi, \u00e0 un acte d&rsquo;adh\u00e9sion, concernant un fait dogmatique, donc un fait, qui par d\u00e9finition rel\u00e8ve pour une part essentielle de la rationalit\u00e9.<\/p>\n<p>La <em>Seconde lettre<\/em> d&rsquo;Arnauld <em>\u00e0 un duc et pair<\/em> \u00e9tait une lettre adress\u00e9e au duc de Luynes, paroissien de Saint-Sulpice. Or ce dernier, se confessant en cette \u00e9glise, s&rsquo;\u00e9tait vu refuser l&rsquo;absolution au motif d&rsquo;une lecture jans\u00e9niste. Arnauld en profita, dans sa Lettre, pour attaquer ses propres adversaires sur l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;on n&rsquo;a pas le droit de refuser \u00e0 quelqu&rsquo;un l&rsquo;absolution pour ce qui n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 comme tel par Rome, c&rsquo;est-\u00e0-dire la question de fait.<br \/>\nUn an plus tard, en 1656, Rome et la Facult\u00e9 de th\u00e9ologie de Paris se prononc\u00e8rent contre Arnauld, le censur\u00e8rent, pour censurer son irrespect du fait lui-m\u00eame. Il fut, avec quelques autres, exclu de la Sorbonne.<\/p>\n<h2>Les <em>Provinciales<\/em> de Pascal<\/h2>\n<p>1656, c&rsquo;est aussi l&rsquo;ann\u00e9e des <em>Lettres provinciales<\/em> de Pascal. Il faut en dire un mot. A son tour Pascal fait preuve d&rsquo;un coup de g\u00e9nie. Les quatre premi\u00e8res <em>Provinciales<\/em> portaient sur des questions th\u00e9ologiques th\u00e9oriques: la gr\u00e2ce, le pouvoir prochain, la gr\u00e2ce suffisante &#8230;. et Pascal y ridiculisait la th\u00e9ologie des J\u00e9suites. Lorsque tombe la condamnation d&rsquo;Arnauld et que les Jans\u00e9nistes semblent avoir perdu le combat sur les questions de la nature et de la gr\u00e2ce, Pascal a alors l&rsquo;id\u00e9e, \u00e0 partir de la cinqui\u00e8me <em>Provinciale<\/em>, d&rsquo;op\u00e9rer une mutation des questions th\u00e9ologiques et dogmatiques vers la th\u00e9ologie morale des J\u00e9suites. Le succ\u00e8s fut extraordinaire.<\/p>\n<p>Deux raisons expliquent ce succ\u00e8s des <em>Provinciales<\/em>:<\/p>\n<p>&#8211; leur forme litt\u00e9raire d&rsquo;abord, qui en rendait la publication extr\u00eamement facile, quasiment sous forme de journaux, cela s&rsquo;ajoutant au fait qu&rsquo;elles \u00e9taient \u00e9crites en fran\u00e7ais, ce qui rendait les sujets th\u00e9ologiques trait\u00e9s accessibles \u00e0 tous. Le d\u00e9bat pouvait ainsi devenir public dans Paris.<\/p>\n<p>&#8211; leur contenu: Pascal d\u00e9place la querelle du terrain th\u00e9ologique au terrain moral et condamne le laxisme moral des J\u00e9suites, s&rsquo;appuyant en particulier sur les textes d&rsquo;Antonio Escobar et en le ridiculisant. Les arguments venaient d&rsquo;ailleurs d&rsquo;Arnauld qui, d\u00e8s 1643, avait publi\u00e9 une <em>Th\u00e9ologie morale des J\u00e9suites<\/em> qui contenait d\u00e9j\u00e0 tout le dossier. Mais Pascal le r\u00e9\u00e9crivit avec le brio et le succ\u00e8s que l&rsquo;on sait. C&rsquo;est une condamnation de la casuistique des J\u00e9suites, ou du moins de ses abus et de son laxisme: autorisation du mensonge, du meurtre, du duel etc&#8230;.<\/p>\n<p>Le paradoxe est que finalement les <em>Provinciales<\/em> repr\u00e9sentent en m\u00eame temps un succ\u00e8s et un \u00e9chec. Un \u00e9chec dogmatique d&rsquo;abord. Pascal mit fin \u00e0 leur publication avec la dix-huiti\u00e8me <em>Provinciale<\/em> en juin 1657, \u00e0 cause d&rsquo;une nouvelle s\u00e9rie de condamnations qui faisaient cette fois d\u00e9finitivement \u00e9chouer le clan jans\u00e9niste. Mais les parties morales des <em>Provinciales<\/em> furent extr\u00eamement bien re\u00e7ues \u00e0 Rome, au point que, dans les ann\u00e9es qui suivirent (1665-66 puis 1679), Rome a tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8rement condamn\u00e9 un certain nombre de propositions laxistes des J\u00e9suites. Autrement dit, sur le terrain th\u00e9ologique, d\u00e9faite compl\u00e8te des Jans\u00e9nistes et donc de Pascal; mais sur le terrain de la morale, succ\u00e8s absolument complet puisque Rome condamne le laxisme et la casuistique des J\u00e9suites.<\/p>\n<h2>La fin du 17\u00e8me si\u00e8cle et le 18\u00e8me si\u00e8cle<\/h2>\n<p>En 1669, n\u00e9gociation de la <em>Paix de L&rsquo;Eglise<\/em>, pour mettre fin aux tensions gallicanes n\u00e9es des condamnations romaines. Elle aurait d\u00fb marquer la fin de la contestation, puisqu&rsquo;elle admettait implicitement la distinction entre le droit et les faits en autorisant un silence respectueux. Effectivement, dans les ann\u00e9es qui suivent, Arnauld, exil\u00e9 et qui se cachait, a pu revenir \u00e0 Paris et m\u00eame \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Louis XIV. Cela a \u00e9t\u00e9 pour le milieu de Port-Royal une p\u00e9riode tout \u00e0 fait fructueuse, consacr\u00e9e \u00e0 un renouveau biblique, patristique et liturgique, dans une perspective vigoureusement anti-protestante. Port-Royal s&rsquo;est en quelque sorte refait une \u00ab\u00a0<em>sant\u00e9 intellectuelle<\/em>\u00a0\u00bb en devenant en France le champion de la lutte contre les R\u00e9form\u00e9s; en t\u00e9moignent notamment d&rsquo;Arnaud, la <em>Perp\u00e9tuit\u00e9 de la foi<\/em> et la publication de la <em>Bible de Sacy<\/em> en fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Pendant ces m\u00eames ann\u00e9es toutefois les tensions sont demeur\u00e9es, et m\u00eame devenues plus vives parce que souterraines. Elles furent d&rsquo;abord relanc\u00e9es en 1704 par la publication d&rsquo;un cas de conscience soumis \u00e0 la Facult\u00e9 de th\u00e9ologie de Paris, concernant toujours la m\u00eame question sous un autre aspect: l&rsquo;adh\u00e9sion int\u00e9rieure aux condamnations pontificales. Bien que la question de l&rsquo;adh\u00e9sion ext\u00e9rieure n&rsquo;ait plus \u00e9t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ordre du jour, la question de l&rsquo;adh\u00e9sion int\u00e9rieure \u00e0 la condamnation sur le fait fut pos\u00e9e \u00e0 l&rsquo;archev\u00eaque de Paris. D&rsquo;o\u00f9 une nouvelle s\u00e9rie de jugements pontificaux. De plus, au plan des faits, il y avait eu, en 1709, dispersion des religieuses de Port-Royal, sur ordre du roi, et destruction de l&rsquo;abbaye en 1711. Ce furent donc des ann\u00e9es terribles pour Port-Royal et le Jans\u00e9nisme fran\u00e7ais<\/p>\n<p>Enfin, et surtout, en 1713 la bulle <em>Unigenitus<\/em> marque une date importante. Pasquier Quesnel, disciple et biographe d&rsquo;Arnauld, avait \u00e9crit, \u00e0 la fin du si\u00e8cle, des <em>R\u00e9flexions morales<\/em>, ouvrage qui contient un certain nombre de propositions \u00e0 l&rsquo;objet beaucoup plus large que les seules questions de la nature et de la gr\u00e2ce, qui avaient fait le d\u00e9bat jusqu&rsquo;ici. De ces <em>Reflexions morales<\/em>, Rome extrait 101 propositions et les condamne par la bulle <em>Unigenitus<\/em> de 1713. Auparavant Quesnel avait \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Bruxelles en 1703.<\/p>\n<p>La bulle <em>Unigenitus<\/em> de 1713 constitue un v\u00e9ritable coup d&rsquo;arr\u00eat \u00e0 l&rsquo;ancienne forme du Jans\u00e9nisme. Mais on peut consid\u00e9rer que cette condamnation, en ouvrant pour le Jans\u00e9nisme une derni\u00e8re p\u00e9riode, celle du 18\u00e8me si\u00e8cle, en inaugure en fait une extension nouvelle puisque, outre les propositions concernant la gr\u00e2ce, elle associe d\u00e9sormais une conception extr\u00eame du r\u00f4le de la charit\u00e9 th\u00e9ologale (propositions 44 \u00e0 93) et l&rsquo;origine des pouvoirs dans l&rsquo;Eglise (propositions 94 \u00e0 101). C&rsquo;est dire qu&rsquo;avec Quesnel la question du Jans\u00e9nisme comme h\u00e9r\u00e9sie s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e et est pass\u00e9e de la question stricte de la gr\u00e2ce \u00e0 une question d&rsquo;eccl\u00e9siologie, contestant certains types de pouvoir dans l&rsquo;Eglise, le r\u00f4le de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque, du pape etc. pour devenir une forme de gallicanisme.<\/p>\n<p>On sait qu&rsquo;il y eut des r\u00e9sistances importantes et bruyantes \u00e0 la bulle <em>Unigenitus<\/em>, qui expos\u00e8rent les jans\u00e9nistes \u00e0 des oppositions tr\u00e8s vives au sein du Catholicisme fran\u00e7ais. En particulier ils ont appell\u00e9 \u00e0 un concile en 1717, appel qui aboutit \u00e0 une nouvelle condamnation et une intervention extr\u00eamement vigoureuse du pouvoir politique.<\/p>\n<p>Et cependant, de cette r\u00e9sistance \u00e0 la bulle <em>Unigenitus<\/em>, allait sortir, sous sa premi\u00e8re forme, ce que l&rsquo;on pourrait appeler un Catholicisme des Lumi\u00e8res qui eut, surtout hors de France, des sympathisants dans la plupart des pays catholiques. Au Pays-Bas, elle suscita le schisme des Vieux-Catholiques en 1724. Le passage de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie au schisme est l\u00e0 extr\u00eamement clair. En Italie, les actes du synode de Pistoia en 1783, synode \u00e0 majorit\u00e9 jans\u00e9niste, ont \u00e9t\u00e9 censur\u00e9s par une bulle de 1794 (<em>Auctorem Fidei<\/em>) qui repr\u00e9sente l&rsquo;excroissance la plus manifeste de ce Jans\u00e9nisme. Enfin, on va en trouver des \u00e9l\u00e9ments dans l&rsquo;Eglise issue de la Constitution civile du clerg\u00e9 en 1790. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;on voit le poids extraordinaire du Jans\u00e9nisme sur la question de la nature et de la gr\u00e2ce, mais aussi sur les sacrements, sur le culte, sur le statut des religieux, sur l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un concile national etc.. etc&#8230; Historiquement donc, au 18\u00e8me si\u00e8cle, le Jans\u00e9nisme tend \u00e0 devenir un schisme. Il est \u00e0 l&rsquo;origine du Catholicisme des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>Notre conclusion portera sur l&rsquo;aspect le plus connu du Jans\u00e9nisme, consid\u00e9r\u00e9 non plus comme h\u00e9r\u00e9sie mais dans sa volont\u00e9 de pr\u00e9senter un catholicisme r\u00e9form\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;historiographie r\u00e9cente fait ressortir des nuances et des divergences qui emp\u00eachent de consid\u00e9rer le Jans\u00e9nisme comme un ensemble coh\u00e9rent. On a dit d\u00e8s le d\u00e9but que la coh\u00e9rence du Jans\u00e9nisme lui venait surtout de la convergence des attaques subies, c&rsquo;est-\u00e0-dire de ses adversaires. En r\u00e9alit\u00e9 l&rsquo;Augustinisme absolument intransigeant d&rsquo;un Jans\u00e9nius ne s&rsquo;est gu\u00e8re retrouv\u00e9 chez les disciples, m\u00eame chez Arnauld. Sur le tard ce dernier, en ce qui concerne par exemple la libert\u00e9 d&rsquo;indiff\u00e9rence, revient \u00e0 des positions thomistes et abandonne plus ou moins saint Augustin. Pour ne pas parler des positions propres de l&rsquo;Eglise Vieille Catholique hollandaise, tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9es de l&rsquo;Augustinisme.<\/p>\n<p>On trouve cependant des traits communs qui manifestent une vision particuli\u00e8re du catholicisme, vision que les condamnations romaines ont voulu interdire et \u00e9liminer, directement ou indirectement, et qui a eu cependant, en France surtout, des r\u00e9percussions importantes sur l&rsquo;\u00e9volution de la foi et de la pratique chr\u00e9tienne en g\u00e9n\u00e9ral (nous empruntons cette r\u00e9capitulation \u00e0 Gr\u00e8s-Gayer).<\/p>\n<p>Premier point: un christianisme aust\u00e8re et exigeant. C&rsquo;est l&rsquo;image populaire du Jans\u00e9nisme qui s&rsquo;oppose \u00e0 l&rsquo;image d&rsquo;un Catholicisme facile et extraverti pr\u00e9sent\u00e9e essentiellement par la Compagnie de J\u00e9sus. Ce Catholicisme intransigeant, cette vision s\u00e9v\u00e8re du salut, est \u00e9videmment li\u00e9e au rejet initial de la conception moliniste de la gr\u00e2ce et \u00e0 l&rsquo;accent mis sur la primaut\u00e9 de l&rsquo;amour de Dieu et de l&rsquo;efficacit\u00e9 du secours divin. C&rsquo;est ce point, le rejet de la gr\u00e2ce suffisante, qui justifie, pour les anti-jans\u00e9nistes, les accusations port\u00e9es dans les cinq propositions condamn\u00e9es en 1653.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me aspect: l&rsquo;accent mis sur la pratique en v\u00e9rit\u00e9, pratique sacramentelle (eucharistie et p\u00e9nitence) mais aussi pratique liturgique (cf <em>La fr\u00e9quente communion<\/em> d&rsquo;Arnauld) avec une insistance sur la participation active des chr\u00e9tiens, d&rsquo;o\u00f9 la traduction de l&rsquo;Ecriture en langue vulgaire (la bible de Sacy), les traductions du missel et du br\u00e9viaire et une v\u00e9ritable refonte de la liturgie, les liturgies n\u00e9o-gallicanes.<\/p>\n<p>Enfin, troisi\u00e8me trait, une eccl\u00e9siologie de la participation, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans le fond une r\u00e9sistance profonde et active \u00e0 une Eglise de type autoritaire telle qu&rsquo;elle avait \u00e9t\u00e9 remise en place par le concile de Trente et \u00e0 laquelle avaient pouss\u00e9 un cardinal Bellarmin ou un saint Charles Borrom\u00e9e. Cette perspective, on l&rsquo;a dit, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente chez Saint-Cyran; elle ne fit que s&rsquo;amplifier dans les r\u00e9actions aux diff\u00e9rentes d\u00e9cisions du magist\u00e8re et culminer avec les r\u00e9actions \u00e0 la bulle Unigenitus de 1713. Cette eccl\u00e9siologie correspond \u00e0 une forme particuli\u00e8re de Gallicanisme et connut m\u00eame des d\u00e9rives, de type mill\u00e9nariste par exemple, ou avec les convulsionnaires de Saint-M\u00e9dard.<\/p>\n<p>Ces trois tendances, on peut le constater, renvoient toutes au miroir de l&rsquo;Eglise antique mais conjuguent cependant avec elles des \u00e9l\u00e9ments progressistes, ce qui explique leur tr\u00e8s bonne r\u00e9ception au temps des Lumi\u00e8res. En d\u00e9finitive, les Jans\u00e9nistes se caract\u00e9risent \u00e0 la fois par des tendances visant \u00e0 un retour au pass\u00e9 et par des \u00e9l\u00e9ments, en particulier eccl\u00e9siologiques, tout \u00e0 fait progressistes.<\/p>\n<p>Quels sont ces \u00e9l\u00e9ments progressistes?<br \/>\nD&rsquo;abord l&rsquo;individualisme. En s&rsquo;opposant au jugement des papes sur le sens des propositions, les d\u00e9fenseurs de l&rsquo;<em>Augustinus<\/em> puis des R\u00e9flexions morales de Quesnel, formulaient avant la lettre ce qu&rsquo;on appellerait les droits de la conscience et de la libert\u00e9 chr\u00e9tienne.<\/p>\n<p>Ensuite un certain rationalisme, puisque les Jans\u00e9nistes mettaient l&rsquo;accent sur le caract\u00e8re rationnel de leur d\u00e9marche, en particulier en distinguant le fait et le droit et en ayant de tr\u00e8s fortes pr\u00e9tentions \u00e0 la qualit\u00e9 logique de leur argumentation. Arnauld et Nicole sont d&rsquo;ailleurs les deux auteurs de la c\u00e9l\u00e8bre Logique de Port-Royal, d&rsquo;inspiration cart\u00e9sienne et les Jans\u00e9nistes jou\u00e8rent un r\u00f4le important dans la diffusion du cart\u00e9sianisme.<\/p>\n<p>Et enfin un \u00e9l\u00e9ment de th\u00e9ologie politique, car ils justifi\u00e8rent non seulement leur d\u00e9sob\u00e9issance envers les condamnations romaines, mais aussi envers les lois de l&rsquo;Etat, mettant ainsi en place les \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;une toute nouvelle th\u00e9ologie de l&rsquo;Autorit\u00e9, qui eut par la suite une grande influence.<br \/>\nTous ces \u00e9l\u00e9ments, aussi bien ceux qui tendaient \u00e0 un retour au pass\u00e9 que ceux qui \u00e9taient progressistes, ont \u00e0 la fois abouti, et en m\u00eame temps disparu, dans la tourmente r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>Depuis le qualificatif de jans\u00e9niste ne fut plus employ\u00e9 que par les ultramontains du 19\u00e8me si\u00e8cle, pour disqualifier leurs adversaires rigoristes ou gallicans. Le terme est ainsi redevenu pol\u00e9mique.<\/p>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-48 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><dl class='gallery-item'>\n\t\t\t<dt class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/wp-content\/uploads\/2010\/04\/Ruines.jpg'><img width=\"140\" height=\"140\" src=\"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/wp-content\/uploads\/2010\/04\/Ruines-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Ruines de Port-Royal\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" aria-describedby=\"gallery-1-49\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/dt>\n\t\t\t\t<dd class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-49'>\n\t\t\t\tRuines de Port-Royal\n\t\t\t\t<\/dd><\/dl><dl class='gallery-item'>\n\t\t\t<dt class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/wp-content\/uploads\/2010\/04\/Ruines2.jpg'><img width=\"140\" height=\"140\" src=\"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/wp-content\/uploads\/2010\/04\/Ruines2-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Les ruines\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" aria-describedby=\"gallery-1-50\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/dt>\n\t\t\t\t<dd class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-50'>\n\t\t\t\tLes ruines\n\t\t\t\t<\/dd><\/dl>\n\t\t\t<br style='clear: both' \/>\n\t\t<\/div>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au sens premier du terme le Jans\u00e9nisme peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une h\u00e9r\u00e9sie, puisque l&rsquo;Autorit\u00e9 romaine porta plusieurs condamnations sur des propositions qu&rsquo;il aurait contenues. Mais, en un sens plus large, on peut aussi ne voir dans le Jans\u00e9nisme qu&rsquo;un &hellip; <a href=\"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/le-jansenisme\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":49,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","template":"","meta":[],"categories":[5],"tags":[36],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/48"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=48"}],"version-history":[{"count":6,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/48\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1855,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/48\/revisions\/1855"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/49"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=48"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=48"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=48"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}