{"id":47,"date":"2014-12-22T21:22:20","date_gmt":"2014-12-22T20:22:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/2014\/12\/22\/le-catholicisme-en-france-apres-le\/"},"modified":"2019-02-25T17:16:32","modified_gmt":"2019-02-25T16:16:32","slug":"le-catholicisme-en-france-apres-le","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/le-catholicisme-en-france-apres-le\/","title":{"rendered":"Le catholicisme en France apr\u00e8s le concile de Trente"},"content":{"rendered":"<h2>Un temps de reconqu\u00eate<\/h2>\n<p><em><em>L&rsquo;esprit de Trente<\/em><\/em><\/p>\n<p>Sur le plan religieux, le XVIIe si\u00e8cle est celui de la reconqu\u00eate catholique: il voit se terminer les guerres de religion qui ont mis la France \u00e0 feu et \u00e0 sang \u00e0 la fin du XVIe si\u00e8cle, et s&rsquo;\u00e9tablir de plus en plus fortement la supr\u00e9matie de l&rsquo;Eglise romaine. Cette concorde ne s&rsquo;obtient pas sans heurts; malgr\u00e9 l&rsquo;Edit de Nantes, la paix civile est loin d&rsquo;\u00eatre acquise \u00e0 la mort d&rsquo;Henri IV, en 1610; elle ne le sera que dans les ann\u00e9es 1630, lorsque le minist\u00e8re du cardinal de Richelieu deviendra incontest\u00e9, apr\u00e8s qu&rsquo;il aura \u00e9cras\u00e9 les derniers foyers de r\u00e9sistance protestante, en particulier La Rochelle, assi\u00e9g\u00e9e en 1627-1628.<\/p>\n<p>Le concile de Trente (1545-1653), s&rsquo;il n&rsquo;a pas permis de restaurer l&rsquo;unit\u00e9 des chr\u00e9tiens, a redonn\u00e9 confiance aux catholiques en r\u00e9affirmant le bien-fond\u00e9 de sa doctrine et l&rsquo;autorit\u00e9 de l&rsquo;Eglise de Rome, r\u00e9pondant ainsi aux virulents attaques des protestants luth\u00e9riens et calvinistes. Aussi le d\u00e9but du XVIIe si\u00e8cle est-il un temps d&rsquo;optimisme religieux: cr\u00e9ation d&rsquo;ordres (par exemple selui des Visitandines, fond\u00e9e par sainte Jeanne de Chantal, amie de M\u00e8re Ang\u00e9lique et de saint Fran\u00e7ois de Sales), r\u00e9forme des monast\u00e8res, moralisation du clerg\u00e9, le tout dans un climat de flamb\u00e9e mystique qui traduit les hautes aspirations spirituelles. Si les j\u00e9suites, ordre de \u00ab\u00a0Soldats du Christ\u00a0\u00bb fond\u00e9 dans le but expr\u00e8s de contrecarrer l&rsquo;influence des protestants r\u00e9form\u00e9s et d\u00e9pendants directement du pape, sont souvent consid\u00e9r\u00e9s comme les porte-drapeaux de la Contre-R\u00e9forme, ils ne sont pas les seuls promoteurs de l&rsquo;esprit de Trente. Ainsi, le cardinal de B\u00e9rulle, adversaire des j\u00e9suites, est pourtant lui aussi une figure \u00e9minente de cette \u00ab\u00a0R\u00e9forme catholique\u00a0\u00bb: fondateur de l&rsquo;Oratoire de France, homme politique plong\u00e9 dans les pol\u00e9miques, mais \u00e9galement grand spirituel, il fournit au catholicisme fran\u00e7ais une synth\u00e8se th\u00e9ologique dont l&rsquo;influence pr\u00e9dominera pendant tout le si\u00e8cle \u00e0 travers un courant qu&rsquo;on d\u00e9finit habituellement sous le nom d&rsquo; \u00ab\u00a0Ecole fran\u00e7aise de spiritualit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><em><em>Une Eglise autoritaire malgr\u00e9 des tentations gallicanes<\/em><\/em><\/p>\n<p>La contrepartie de cette coh\u00e9rence doctrinale retrouv\u00e9e apr\u00e8s le concile de Trente est le dogmatisme: l&rsquo;Eglise catholique, qui ne peut plus se permettre de conna\u00eetre de nouvelles divisions en son sein, pourchasse tous ceux qui sont suspect\u00e9s de soutenir des propositions h\u00e9t\u00e9rodoxes. La clarification a pour prix un surcro\u00eet de rigueur et d&rsquo;intol\u00e9rance.<\/p>\n<p>Contre les protestants, les catholiques r\u00e9affirment l&rsquo;importance de l&rsquo;institution et du clerg\u00e9 comme interm\u00e9diaires entre les fid\u00e8les et le sacr\u00e9. Aussi l&rsquo;Eglise prend-elle une forme monarchique et autoritaire, soud\u00e9e autour de son chef, le pape. Elle cr\u00e9e des s\u00e9minaires destin\u00e9s \u00e0 enseigner la doctrine chr\u00e9tienne; elle renforce \u00e9galement le pouvoir des \u00e9v\u00eaques, et soumet le clerg\u00e9 \u00e0 un contr\u00f4le sourcilleux. Cette volont\u00e9 de puissance de la part de Rome est parfois per\u00e7ue comme un empi\u00e8tement difficile \u00e0 supporter, m\u00eame parmi des catholiques sinc\u00e8res. En France, ces catholiques attach\u00e9s aux pr\u00e9rogatives de l&rsquo;Eglise nationale sont les gallicans. Un concordat, sign\u00e9 en 1516, assure d&rsquo;ailleurs au roi de France d&rsquo;importantes responsabilit\u00e9s dans l&rsquo;Eglise du pays, en particulier dans les nominations aux abbayes et aux \u00e9v\u00each\u00e9s. La foi catholique, au XVIIe si\u00e8cle, n&rsquo;est en rien une affaire individuelle: elle ne peut se d\u00e9ployer que dans le cadre de l&rsquo;institution \u00e9ccl\u00e9siale et suppose la soumission au pr\u00eatre et la participation \u00e0 la vie de la communaut\u00e9; toute opposition est sentie non comme une question de conviction personnelle, mais comme une menace sociale et politique.<\/p>\n<p><em><em>L&rsquo;humanisme d\u00e9vot<\/em><\/em><\/p>\n<p>Cet optimisme religieux donne naissance \u00e0 ce que Henri Bremond, au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, appelait \u00ab\u00a0l&rsquo;humanisme d\u00e9vot\u00a0\u00bb, et qui r\u00e9pond au pessimisme profond de Luther et Calvin. Ceux-ci, en r\u00e9action contre \u00e0 l&rsquo;humanisme renaissant, et fid\u00e8le \u00e0 la doctrine de saint Augustin (Ve si\u00e8cle apr\u00e8s-J\u00e9sus-Christ), d\u00e9valuaient en effet les capacit\u00e9s humaines: l&rsquo;\u00eatre humain est trop faible et trop corrompu pour arriver \u00e0 rien faire de bien par lui-m\u00eame. Depuis le p\u00e9ch\u00e9 d&rsquo;Adam, il n&rsquo;a en propre que la haine, l&rsquo;\u00e9go\u00efsme, l&rsquo;orgueil et la soif de d\u00e9truire; sa raison est impuissante \u00e0 d\u00e9couvrir la v\u00e9rit\u00e9, sa volont\u00e9 corrompue le pousse \u00e0 faire le mal alors m\u00eame qu&rsquo;il souhaiterait faire le bien. On ne peut rien attendre de ce ch\u00e9tif individu, perdu dans un monde d&rsquo;o\u00f9 la pr\u00e9sence divine est indiscernable: seul Dieu peut le sauver et t\u00e2cher de mettre un peu de lumi\u00e8re et de bont\u00e9 dans ce chaos, expliquent encore les r\u00e9formateurs: parmi cette masse de perdition p\u00e9cheresse, Dieu en sauve certains et en damne d&rsquo;autres, selon une justice qui nous \u00e9chappe, car nous sommes trop aveugl\u00e9s par nos passions pour avoir la moindre id\u00e9e de la v\u00e9ritable justice. Ainsi, Luther et Calvin ne rapetissent l&rsquo;homme que pour faire ressortir, par contraste, la grandeur de Dieu, la dignit\u00e9 du sacr\u00e9 et la toute-puissance du Christ, dont la mort est capable de racheter de si grands p\u00e9cheurs. Dans le cadre de cette th\u00e9ologie pessimiste, l&rsquo;homme ne peut rien par ses propres forces: toutes les actions qu&rsquo;il ferait par lui-m\u00eame sont mues par sa cupidit\u00e9; seule sa foi en Dieu peut le sauver.<\/p>\n<p>Les catholiques (en particulier les j\u00e9suites) n&rsquo;acceptent pas qu&rsquo;il faille \u00e0 ce point d\u00e9grader l&rsquo;\u00eatre humain, cr\u00e9ature de Dieu, pour relever la dignit\u00e9 de son Cr\u00e9ateur. Certes, l&rsquo;homme n&rsquo;est pas parfait, mais il n&rsquo;est pas fonci\u00e8rement port\u00e9 vers le mal et fascin\u00e9 par la mort, la ruine et la destruction; il y a encore de la bont\u00e9 et de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 en lui, car le p\u00e9ch\u00e9 originel n&rsquo;a pas \u00f4t\u00e9 tous les bons mouvements que Dieu avait plac\u00e9s en Adam. Il ne s&rsquo;agit que de l&rsquo;aider \u00e0 faire fructifier ces talents qu&rsquo;il a re\u00e7us pour les mettre au service de Dieu et de son prochain: l&rsquo;homme n&rsquo;attend pas tout de Dieu, comme le pensent les calvinistes ; il peut coop\u00e9rer \u00e0 son salut. Cette confiance en l&rsquo;homme &#8211; cet humanisme &#8211; se traduit par une confiance dans la sensibilit\u00e9 du chr\u00e9tien: il est permis de le faire pleurer devant le spectacle du Christ en croix, il est l\u00e9gitime de le faire s&rsquo;\u00e9merveiller du spectacle d&rsquo;une \u00e9glise richement orn\u00e9e, symbole du paradis, car ses sens et ses affections peuvent servir \u00e0 le porter vers Dieu. C&rsquo;est pourquoi les humanistes d\u00e9vots s&rsquo;appuient sur un art du faste et de la mise en sc\u00e8ne &#8212; l&rsquo;art baroque.<\/p>\n<p>Sur le plan strictement th\u00e9ologique, les j\u00e9suites reconnaissent l&rsquo;existence de la libert\u00e9 humaine: alors que les protestants pr\u00e9tendent que l&rsquo;homme est si d\u00e9prav\u00e9 qu&rsquo;il est in\u00e9vitablement attir\u00e9 par le mal, ils pensent pour leur part que l&rsquo;homme reste libre de choisir entre Dieu et Satan. Aussi s&rsquo;attachent-ils \u00e0 r\u00e9concilier la libert\u00e9 humaine et la gr\u00e2ce de Dieu; c&rsquo;est ce que tente de faire le j\u00e9suite Molina en 1588 dans son ouvrage intitul\u00e9 La Concorde du libre arbitre et de la gr\u00e2ce: apr\u00e8s le p\u00e9ch\u00e9 originel, Dieu donne \u00e0 ses cr\u00e9atures une \u00ab\u00a0gr\u00e2ce suffisante\u00a0\u00bb que l&rsquo;\u00eatre humain est libre d&rsquo;accepter ou de refuser. S&rsquo;il l&rsquo;accepte, cette gr\u00e2ce devient \u00ab\u00a0efficace\u00a0\u00bb et lui permet d&rsquo;entrer dans l&rsquo;Amour et d&rsquo;\u00eatre sauv\u00e9. Alors que, pour les protestants, les actions (ou \u00ab\u00a0oeuvres\u00a0\u00bb) accomplies sans la foi sont mauvaises, elles sont consid\u00e9r\u00e9es comme bonnes dans la perspective catholique dans la mesure o\u00f9 elles proc\u00e8dent de cette partie de l&rsquo;\u00e2me qui n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 contamin\u00e9e par le p\u00e9ch\u00e9.<\/p>\n<p>Ce fondement th\u00e9ologique permet le d\u00e9veloppement d&rsquo;un art joyeux et brillant, et d&rsquo;une po\u00e9tique fond\u00e9e sur la fantaisie verbale et la m\u00e9taphore: les talents artistiques ne demandent eux aussi qu&rsquo;\u00e0 \u00eatre mis au service de la religion, en exaltant l&rsquo;humanit\u00e9 en marche vers la R\u00e9demption, d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9e sur le chemin d&rsquo;un ciel qui s&rsquo;entr&rsquo;ouvre d\u00e8s la vie pr\u00e9sente.<\/p>\n<h2>Les permanences de la tradition augustinienne<\/h2>\n<p>Cet optimisme et cette confiance sont une nouveaut\u00e9 dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;Eglise catholique: elles prolongent l&rsquo;humanisme de la Renaissance et adaptent le christianisme \u00e0 la modernit\u00e9. Mais la nouveaut\u00e9 n&rsquo;est pas une valeur en mati\u00e8re religieuse: c&rsquo;est m\u00eame un p\u00e9ch\u00e9 tr\u00e8s grave. La doctrine profess\u00e9e avant la R\u00e9forme par tous les chr\u00e9tiens d&rsquo;Occident s&rsquo;appuyait, outre sur les Ecritures saintes, sur les textes des P\u00e8res de l&rsquo;Eglise, en particulier ceux de saint Augustin. Or, ceux-ci avaient inspir\u00e9 les r\u00e9formateurs: l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une faiblesse extr\u00eame de l&rsquo;homme qui, corrompu depuis le p\u00e9ch\u00e9 d&rsquo;Adam, attend tout de la gr\u00e2ce bienveillante de Dieu, vient en effet des textes d&rsquo;Augustin, en particulier le <em>De Corruptione et gratia<\/em> (La correction et la gr\u00e2ce).<\/p>\n<p>Tout un courant de la pens\u00e9e religieuse se trouva ainsi en porte-\u00e0-faux: sinc\u00e8rement catholiques et pourtant attach\u00e9s \u00e0 la vieille tradition augustinienne, ses tenants eurent \u00e0 se d\u00e9fendre sans cesse de l&rsquo;orthodoxie de leur foi. Les choses \u00e9taient d&rsquo;autant plus complexes que, pendant tout le si\u00e8cle, jamais l&rsquo;Eglise catholique n&rsquo;a voulu renier l&rsquo;autorit\u00e9 pr\u00e9dominante d&rsquo;Augustin, \u00ab\u00a0docteur de la gr\u00e2ce\u00a0\u00bb, et que l&rsquo;augustinisme reste l&rsquo; \u00ab\u00a0id\u00e9ologie\u00a0\u00bb la plus r\u00e9pandue \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Le concile de Trente n&rsquo;avait d&rsquo;ailleurs pas pris parti sur cette question de l&rsquo;augustinisme, trop certain que les \u00e9v\u00eaques de cette assembl\u00e9e n&rsquo;auraient pu tomber d&rsquo;accord. La crise \u00e9tait donc in\u00e9vitable: elle s&rsquo;est cristallis\u00e9e dans ce qu&rsquo;on appelle le \u00ab\u00a0jans\u00e9nisme\u00a0\u00bb dont le foyer le plus important fut Port-Royal.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un temps de reconqu\u00eate L&rsquo;esprit de Trente Sur le plan religieux, le XVIIe si\u00e8cle est celui de la reconqu\u00eate catholique: il voit se terminer les guerres de religion qui ont mis la France \u00e0 feu et \u00e0 sang \u00e0 la &hellip; <a href=\"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/le-catholicisme-en-france-apres-le\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":278,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","template":"","meta":[],"categories":[5],"tags":[36],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/47"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=47"}],"version-history":[{"count":8,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/47\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1847,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/47\/revisions\/1847"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/278"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=47"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=47"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=47"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}