{"id":115,"date":"2014-12-22T21:21:23","date_gmt":"2014-12-22T20:21:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/2014\/12\/22\/vanite\/"},"modified":"2019-02-25T16:57:09","modified_gmt":"2019-02-25T15:57:09","slug":"vanite","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/vanite\/","title":{"rendered":"Vanit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Quelle vanit\u00e9 que la peinture, qui attire l&rsquo;admiration par la ressemblance des choses dont on n&rsquo;admire pas les originaux! (Pascal, <em>Pens\u00e9es<\/em>)<\/p>\n<p>Les port-royalistes se sont beaucoup m\u00e9fi\u00e9s de l&rsquo;art, soup\u00e7onn\u00e9 d&rsquo;avoir pour fin la seule s\u00e9duction des sens: \u00ab\u00a0plus on donne aux sens, plus on \u00f4te \u00e0 l&rsquo;esprit\u00a0\u00bb, disait M\u00e8re Ang\u00e9lique, et la peinture donne beaucoup aux sens, risquant ainsi d&rsquo;arr\u00eater sur la cr\u00e9ature un regard qui ne doit porter que sur le Cr\u00e9ateur. De plus, l&rsquo;art menace de tromper, puisqu&rsquo;il offre des simulacres sans consistance d&rsquo;objets eux-m\u00eames de peu d&rsquo;importance. L&rsquo;art risque ainsi de d\u00e9tourner du d\u00e9pouillement int\u00e9rieur auquel oblige, aux yeux des augustiniens, la religion chr\u00e9tienne. L&rsquo;art est donc rang\u00e9e au rang des \u00ab\u00a0vanit\u00e9s humaines\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire de toutes les activit\u00e9s humaines qui ne sont qu&rsquo;autant de pi\u00e8ges par lesquels le diable esp\u00e8re nous prendre<\/p>\n<p>Or, le moindre paradoxe n&rsquo;est pas que la peinture, pourtant elle-m\u00eame vanit\u00e9, va se complaire, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque baroque, \u00e0 repr\u00e9senter la vanit\u00e9, voire \u00e0 mettre en abyme sa propre vanit\u00e9, dans des repr\u00e9sentations picturales.<\/p>\n<p>Le genre de la vanit\u00e9 est \u00e0 la mode au XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle : invent\u00e9 vers 1600, sous-genre de la nature morte, ils offrent des repr\u00e9sentations des plaisirs du monde (nourriture, musique, jeux de carte, fleurs, bijoux, perruques), ou de la culture humaniste (livres ouverts, reliures, globes terrestres), au milieu desquels tr\u00f4ne un cr\u00e2ne ou un sablier dont la fonction symbolique est de nous pr\u00e9venir que nous sommes mortels, que les plaisirs et la science n\u2019ont qu\u2019un temps, et que tout s\u2019ach\u00e8vera pour nous dans la cendre du tombeau \u2013 <em>memento mori<\/em>. Elles figurent ainsi la le\u00e7on de l\u2019Eccl\u00e9siaste : <em>Vanitas vanitatum et omnia vanitas<\/em> \u2013 richesses, plaisirs, devront c\u00e9der devant l\u2019in\u00e9vitable triomphe de la mort, aussi convient-il de songer au salut surnaturel de notre \u00e2me, telle est la le\u00e7on chr\u00e9tienne de ces tableaux de Vanit\u00e9s.<\/p>\n<p>Philippe de Champaigne, qu&rsquo;on consid\u00e8re comme le peintre de Port-Royal, a lui aussi peint une vanit\u00e9. Elle est \u00e0 la fois parfaitement conventionnelle, et absolument originale et r\u00e9v\u00e9latrice de la spiritualit\u00e9 de Port-Royal. Chez Champaigne en effet, on retrouve bien le cr\u00e2ne, figure embl\u00e9matique de la mort, et condition du genre de la vanit\u00e9, ainsi que le vase \u00e0 la tulipe et le sablier, ces objets symbolisant la fuite du temps ou le d\u00e9p\u00e9rissement des biens terrestres. Mais ces objets ne sont pas repr\u00e9sent\u00e9s sur le mode du bric-\u00e0-brac h\u00e9t\u00e9roclite et joyeux qu\u2019affectionnaient les peintres de vanit\u00e9, qui usent parfois de ce genre pour peindre avec un d\u00e9lice non dissimul\u00e9 et quelque peu paradoxal dans ce contexte les joies de la vie terrestre et mat\u00e9rielle.<\/p>\n<p>Rien ici n&rsquo;est propre \u00e0 all\u00e9cher les sens et \u00e0 d\u00e9tourner le spectateur de la m\u00e9ditation sur la mort qui compose le sujet du po\u00e8me: les trois objets, isol\u00e9s, pos\u00e9s sur une table d\u2019autel, apparaissent sur un fond sombre qui souligne leur \u00e9vidence terrible et l\u2019in\u00e9luctable destin de chaque \u00eatre humain. Dans cette image aust\u00e8re et qui se donne d\u2019embl\u00e9e comme d\u2019inspiration religieuse, l\u2019homme se trouve confront\u00e9 \u00e0 la brutalit\u00e9 d\u2019un <em>memento mori <\/em> sans les adoucissements, les \u00e9dulcorations ou les s\u00e9ductions habituelles \u00e0 ce genre de peinture. Rien ne d\u00e9tourne d&rsquo;une contemplation qui confine \u00e0 la pri\u00e8re : on ne saurait mieux souligner combien le peintre refuse toutes les all\u00e9chantes s\u00e9ductions du monde, qui ne sont qu\u2019autant de \u00ab divertissements \u00bb qui ne servent qu\u2019\u00e0 nous faire oublier notre vraie condition mortelle. Cette peinture au chromatisme sobre et d\u2019o\u00f9 s\u2019est retir\u00e9 tout charme pictural fonctionne comme une invitation \u00e0 faire l\u2019exp\u00e9rience totale du d\u00e9pouillement.<\/p>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-115 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><dl class='gallery-item'>\n\t\t\t<dt class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/champaigne_vanite.jpg'><img width=\"140\" height=\"140\" src=\"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/champaigne_vanite-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Vanit\u00e9\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" aria-describedby=\"gallery-1-116\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/dt>\n\t\t\t\t<dd class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-116'>\n\t\t\t\tVanit\u00e9\n\t\t\t\t<\/dd><\/dl>\n\t\t\t<br style='clear: both' \/>\n\t\t<\/div>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quelle vanit\u00e9 que la peinture, qui attire l&rsquo;admiration par la ressemblance des choses dont on n&rsquo;admire pas les originaux! 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