{"id":105,"date":"2014-12-22T21:23:46","date_gmt":"2014-12-22T20:23:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/2014\/12\/22\/saint-cyran-jean-duvergier-de\/"},"modified":"2019-02-26T14:07:32","modified_gmt":"2019-02-26T13:07:32","slug":"saint-cyran-jean-duvergier-de","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.amisdeportroyal.org\/societe\/index.php\/saint-cyran-jean-duvergier-de\/","title":{"rendered":"Saint-Cyran, Jean Duvergier de Hauranne, abb\u00e9 de (1581-1643)"},"content":{"rendered":"<p>N\u00e9 \u00e0 Bayonne dans une famille bourgeoise, Jean Duvergier fait ses premi\u00e8res \u00e9tudes chez les j\u00e9suites d\u2019Agen, et \u00e0 Paris : il est re\u00e7u ma\u00eetre \u00e8s arts en 1600. Il \u00e9tudie la th\u00e9ologie au coll\u00e8ge j\u00e9suite de Louvain, puis approfondit sa connaissance de l\u2019\u00c9glise \u00e0 la Sorbonne. Retourn\u00e9 en 1606 dans son pays natal, il re\u00e7oit un canonicat, qui lui permet de vivre. Menant de 1609 \u00e0 1616, \u00e0 Camp-de-Prats, une vie tr\u00e8s retir\u00e9e, avec son ami hollandais Corn\u00e9lius Jans\u00e9nius, il travaille intensivement \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la Bible et des P\u00e8res de l\u2019\u00c9glise. En 1609, pour r\u00e9pondre \u00e0 une question th\u00e9ologique que lui avait pos\u00e9e le roi Henri IV, il publie la <em>Question royale et sa d\u00e9cision<\/em>, \u00ab o\u00f9 il est montr\u00e9 en quelle extr\u00e9mit\u00e9, principalement en temps de paix, le sujet pourrait \u00eatre oblig\u00e9 de conserver la vie du Prince, aux d\u00e9pens de la sienne \u00bb.<\/p>\n<p>Duvergier de Hauranne se lie avec l\u2019\u00e9v\u00eaque de Poitiers, Henri-Louis Chasteigner de La Rocheposay, eccl\u00e9siastique tr\u00e8s cultiv\u00e9, et membre d\u2019une famille qui donnera plusieurs amis \u00e0 Port-Royal. D\u00e8s 1615, il publie de mani\u00e8re anonyme son <em>Apologie pour M. de Poitiers<\/em>, o\u00f9 il soutient que les eccl\u00e9siastiques peuvent \u00ab avoir recours aux armes en cas de n\u00e9cessit\u00e9 \u00bb. Il demeure dans le palais \u00e9piscopal de Poitiers, travaillant avec son ma\u00eetre sur la <em>Somme th\u00e9ologique<\/em> de saint Thomas d\u2019Aquin. L\u2019\u00e9v\u00eaque le nomme au chapitre cath\u00e9dral et lui accorde un prieur\u00e9 situ\u00e9 \u00e0 Vouneuil, non loin de l\u2019abbaye de Saint-Cyran en Brenne, dont La Rocheposay est l\u2019abb\u00e9 titulaire. Jean Duvergier est ordonn\u00e9 pr\u00eatre en 1618, et, deux ans plus tard, l\u2019\u00e9v\u00eaque de Poitiers lui r\u00e9signe l\u2019abbaye de Saint-Cyran, un b\u00e9n\u00e9fice de 18 000 livres. Il continue \u00e0 r\u00e9sider \u00e0 Poitiers, o\u00f9 il fait la connaissance de Pierre de B\u00e9rulle, sup\u00e9rieur de la congr\u00e9gation de l\u2019Oratoire, et de son confr\u00e8re Charles de Condren, ainsi que de Robert Arnauld d\u2019Andilly, fr\u00e8re des m\u00e8res Ang\u00e9lique et Agn\u00e8s Arnauld : rencontre d\u00e9terminante pour les relations entre Saint-Cyran et l\u2019abbaye de Port-Royal. Apr\u00e8s un voyage \u00e0 Louvain, l\u2019abb\u00e9 de Saint-Cyran s\u2019installe au clo\u00eetre Notre-Dame \u00e0 Paris. Devenu, en 1622, aum\u00f4nier honoraire de la reine Marie de M\u00e9dicis, il fr\u00e9quente d\u00e8s lors la Cour royale, tout en se livrant \u00e0 une lente conversion spirituelle. Il rencontre chaque jour B\u00e9rulle, qu\u2019il assiste de ses conseils dans le gouvernement de sa congr\u00e9gation. Mais, en 1623, il quitte Paris pour aller aider l\u2019\u00e9v\u00eaque d\u2019Aire-sur-Adour, S\u00e9bastien Bouthillier, pendant un an.<\/p>\n<p>Lors de son voyage de retour, Duvergier passe rendre une visite \u00e0 la m\u00e8re Ang\u00e9lique Arnauld \u00e0 Port-Royal des Champs. Cette premi\u00e8re visite aux moniales de Port-Royal a lieu le mercredi 7 mai 1625, veille de l\u2019Ascension : \u00ab M. de Saint-Cyran leur fit un tr\u00e8s beau discours sur le sujet du myt\u00e8re de l\u2019Ascension, dont il fit voir le rapport admirable avec celui de l\u2019Eucharistie \u00bb, \u00e9crit la s\u0153ur Ang\u00e9lique de Saint-Jean Arnauld d\u2019Andilly. La m\u00e8re Ang\u00e9lique resta frapp\u00e9e de cette premi\u00e8re rencontre avec un homme qui avait d\u00e9j\u00e0 correspondu avec elle : \u00ab Il me dit une parole qui me toucha beaucoup, qui fut qu\u2019il avait vu beaucoup d\u2019abbesses r\u00e9former leurs monast\u00e8res, mais qu\u2019il n\u2019en avait pas vu r\u00e9former leurs personnes. Je me trouvai de ce nombre, quoique Dieu m\u2019e\u00fbt fait la gr\u00e2ce d\u2019avoir beaucoup d\u00e9sir\u00e9 d\u2019\u00eatre du petit nombre \u00bb. Et dans son autobiographie, l\u2019abbesse \u00e9crira : \u00ab Je r\u00e9v\u00e9rai d\u00e8s lors ce saint homme comme tr\u00e8s savant, mais je ne fus pas assez heureuse pour reconna\u00eetre sa saintet\u00e9, telle qu\u2019elle \u00e9tait, ni de jouir d\u00e8s lors du bonheur que Dieu semblait m\u2019offrir, de prendre sa conduite \u00bb.<\/p>\n<p>Saint-Cyran entre d\u00e8s lors en relations suivies avec le monast\u00e8re de Port-Royal, une fois install\u00e9 au faubourg Saint-Jacques \u00e0 Paris, peu apr\u00e8s sa visite aux Champs. Il continue \u00e0 soutenir B\u00e9rulle jusqu\u2019\u00e0 la mort du sup\u00e9rieur de l\u2019Oratoire, en octobre 1629. Et dans les ann\u00e9es 1630, il s\u2019oppose \u00e0 la Compagnie de J\u00e9sus dans deux occasions. D\u2019une part, \u00e0 propos de deux j\u00e9suites anglais, dont les livres sont censur\u00e9s par la Sorbonne : Saint-Cyran publie, sous le nom de Petrus Aurelius, deux ouvrages o\u00f9 il s\u2019en prend \u00e0 la casuistique rel\u00e2ch\u00e9e des j\u00e9suites et o\u00f9 il met en avant le r\u00f4le des \u00e9v\u00eaques, sous-estim\u00e9 par la Compagnie et, d\u2019autre part, \u00e0 propos du <em>Chapelet secret du Saint-Sacrement<\/em>, un petit \u00e9crit compos\u00e9 en 1626 par la m\u00e8re Agn\u00e8s Arnauld, il prend la d\u00e9fense des religieuses de Port-Royal, en r\u00e9ponse aux attaques du j\u00e9suite \u00c9tienne Binet, ancien directeur spirituel de Port-Royal des Champs. L\u2019<em>Apologie<\/em> de Saint-Cyran (1633) n\u2019emp\u00eache pas le pape Urbain VIII d\u2019ordonner de d\u00e9truire le <em>Chapelet secret<\/em> sans toutefois le condamner. Ces conflits accentuent la pr\u00e9sence de Duvergier aupr\u00e8s des moniales, \u00e0 Port-Royal de Paris et \u00e0 l\u2019Institut du Saint-Sacrement : cette derni\u00e8re maison a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e par la m\u00e8re Ang\u00e9lique Arnauld en 1633. L\u2019ann\u00e9e suivante, Saint-Cyran en devient le directeur spirituel, mais il va aussi confesser \u00e0 Port-Royal de Paris, qui affronte alors diverses difficult\u00e9s. L\u2019abb\u00e9 entre en conflit avec l\u2019un des \u00e9v\u00eaques sup\u00e9rieurs de l\u2019Institut du Saint-Sacrement, S\u00e9bastien Zamet, \u00e9v\u00eaque de Langres, \u2013 la maison ferme ses portes en 1638 \u2013, comme il a des diff\u00e9rends avec le cardinal de Richelieu. Les deux hommes se connaissent depuis longtemps : Saint-Cyran a servi \u00e0 plusieurs reprises le premier ministre de Louis XIII, et, pour \u00e9viter de s\u2019en faire un adversaire redoutable, Richelieu offre \u00e0 l\u2019abb\u00e9 l\u2019\u00e9v\u00each\u00e9 de Bayonne : il refuse. Il s\u2019est oppos\u00e9 encore au cardinal-duc \u00e0 propos du mariage secret de Gaston d\u2019Orl\u00e9ans, fr\u00e8re du roi, avec Marguerite de Lorraine, mariage dont Saint-Cyran veut faire reconna\u00eetre la validit\u00e9. Il exprime des opinions th\u00e9ologiques oppos\u00e9es \u00e0 celles de Richelieu, sur l\u2019attrition et la contrition. Depuis la fin de 1636, il demeure \u00e0 Paris, dans la maison d\u2019un ami, M. de Marcheville, pr\u00e8s du couvent des chartreux, non loin de Port-Royal et du Luxembourg d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Le m\u00e9contentement du premier ministre \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Duvergier atteint son comble quand Antoine Le Maistre, renonce, en 1637, \u00e0 la profession d\u2019avocat, o\u00f9 il excelle, et quand l\u2019oratorien Claude S\u00e9guenot publie la traduction du trait\u00e9 de saint Augustin <em>de la sainte Virginit\u00e9<\/em> (15 mars 1638), avec des <em>Remarques<\/em>, ouvrage qui est censur\u00e9 par la Sorbonne et dont l\u2019auteur est embastill\u00e9. Neveu des m\u00e8res Agn\u00e8s et Ang\u00e9lique Arnauld, Le Maistre se retire comme solitaire \u00e0 Port-Royal de Paris, puis aux Champs, enfin \u00e0 La Fert\u00e9-Milon : or Le Maistre est un dirig\u00e9 de Saint-Cyran et les id\u00e9es de S\u00e9guenot sont proches de celles du ma\u00eetre de Port-Royal. Il n\u2019en faut pas plus pour Richelieu : Jean Duvergier de Hauranne est plac\u00e9 en d\u00e9tention au donjon de Vincennes, le 14 mai 1638, apr\u00e8s avoir fait encore trois conf\u00e9rences, la veille, jour de l\u2019Ascension, aux solitaires Le Maistre et ses fr\u00e8res \u00e0 Port-Royal de Paris. Il supporte mal son emprisonnement : ses amis craignent pour sa sant\u00e9, mais le gouverneur de Vincennes, le comte de Chavigny, intervient pour adoucir quelque peu la rigueur de la prison. Les visites des amis de Port-Royal et la correspondance qu\u2019il entretient avec eux et avec les religieuses de Port-Royal, en particulier avec le jeune th\u00e9ologien Antoine Arnauld, permettent au prisonnier de continuer \u00e0 poursuivre sa mission de directeur spirituel. Le proc\u00e8s qui est intent\u00e9 \u00e0 l\u2019abb\u00e9 ne donnera rien, avant la mort du premier ministre, survenue le 4 d\u00e9cembre 1642. Des amis interviennent alors en faveur de Saint-Cyran.<\/p>\n<p>Le 6 f\u00e9vrier 1643, Duvergier de sort de Vincennes : il est conduit par Robert Arnauld d\u2019Andilly directement au monast\u00e8re de Port-Royal, au faubourg Saint-Jacques : par la suite, il y revient de mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re et reprend ses activit\u00e9s. Mais, \u00e9prouv\u00e9 physiquement, il ne se remet pas de sa longue d\u00e9tention. Il a n\u00e9anmoins le plaisir de voir publi\u00e9, \u00e0 la fin d\u2019ao\u00fbt 1643, un ouvrage qui fait alors beaucoup de bruit et rencontrera un succ\u00e8s inattendu, la <em>Fr\u00e9quente Communion<\/em>, sign\u00e9e du jeune th\u00e9ologien Antoine Arnauld : Saint-Cyran en a suivi la composition depuis plusieurs ann\u00e9es. Mais c\u2019est en revanche durant son incarc\u00e9ration qu\u2019a paru le gros ouvrage de son ami Jans\u00e9nius, mort en mai 1638, l\u2019<em>Augustinus<\/em>, paru \u00e0 Louvain en 1640, \u00e0 Paris en 1641 et \u00e0 Rouen en 1642, dont la publication n\u2019a pu que le r\u00e9jouir.<br \/>\nAu d\u00e9but de l\u2019automne, le vieil homme affaibli meurt le 11 octobre 1643. Il est inhum\u00e9 le surlendemain \u00e0 l\u2019\u00e9glise de Saint-Jacques-du-Haut-Pas en pr\u00e9sence de ses amis et de la future reine de Pologne, Marie de Gonzague, et de six \u00e9v\u00eaques : il y repose toujours. Son dernier et bref ouvrage, la <em>Th\u00e9ologie famili\u00e8re<\/em>, publi\u00e9e avec son autorisation en d\u00e9cembre 1642 et censur\u00e9e en janvier suivant par l\u2019archev\u00eaque de Paris, Jean-Fran\u00e7ois de Gondi, conna\u00eetra de tr\u00e8s nombreuses r\u00e9\u00e9ditions : il servira de cat\u00e9chisme aux petites pensionnaires des moniales et aux \u00e9l\u00e8ves des Petites \u00c9coles de Port-Royal, et deviendra le livre de chevet de tous les amis de l\u2019abbaye. Personnalit\u00e9 hors du commun, Jean Duvergier de Hauranne d\u00e9concerte beaucoup de ses contemporains, mais il reste l\u2019un des directeurs les plus embl\u00e9matiques du renouveau spirituel catholique du XVIIe si\u00e8cle, renouveau fond\u00e9 d\u2019abord sur la connaissance de l\u2019\u00c9criture et des P\u00e8res de l\u2019\u00c9glise.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9 \u00e0 Bayonne dans une famille bourgeoise, Jean Duvergier fait ses premi\u00e8res \u00e9tudes chez les j\u00e9suites d\u2019Agen, et \u00e0 Paris : il est re\u00e7u ma\u00eetre \u00e8s arts en 1600. 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