La Rochefoucauld (François VI, duc de, 1613-1680)

« A l’époque des Maximes (1664-1665), La Rochefoucauld tient à Port-Royal par une multitude de liens », écrit Jean Mesnard. Depuis la Fronde, après la rupture de sa liaison avec Mme de Longueville, l’auteur des Réflexions ou sentences et maximes morales réside, pendant ses séjours parisiens, à l’hôtel de Liancourt qui est situé rue de Seine, non loin des quais : cette belle demeure appartient à l’oncle du mémorialiste, Roger du Plessis, marquis de Liancourt, qui lui a rendu quelques services pour négocier son retour en 1653, et à Jeanne de Schomberg. Retiré des intrigues du monde, La Rochefoucauld fréquente aussi l’hôtel de Nevers, où les Du Plessis-Guénégaud accueillent depuis quelques années de nombreux amis de Port-Royal, Mme de Sévigné, Mme de Lafayette et Simon Arnauld de Pomponne feront partie de ce cercle, où Racine, La Fontaine et Boileau ne sons pas absents. « Je vous envie de vos soirées à l’hôtel de Nevers », écrit La Rochefoucauld à Pierre Lenet. Mais la rencontre du duc avec Port-Royal résulte en grande partie de ses relations avec les Liancourt et avec la marquise de Sablé. Neveu, par sa mère, de Roger du Plessis, duc de la Rocheguyon, l’auteur des Maximes et des Mémoires voit ces liens familiaux renforcés quand son fils aîné épouse Jeanne-Charlotte de Liancourt : cette petite-fille des Liancourt se marie avec son petit-cousin le 10 novembre 1659 au château de Liancourt dans le Beauvaisis et donnera trois enfants à son mari, avant de mourir prématurément en 1669. « J’ai, tout de bon, ici des occupations plus agréables que vous n’aviez cru », écrit La Rochefoucauld à son ami Jacques Esprit, « et ma belle-fille est la plus agréable petite créature qui se puisse voir ». Jeanne-Charlotte est une ancienne pensionnaire des religieuses de Port-Royal. « Il n’y a jamais eu une meilleure ni plus commode personne », écrit encore le duc ; « elle est aussi enfant presque que quand elle a eu l’honneur de vous voir, mais avec cela elle a de l’esprit, et de la douceur, et une complaisance admirable ». La destinataire de cette lettre du 21 juin 1662 n’est autre que la marquise de Sablé. Avec elle, il entretient des rapports et une correspondance suivis. A Port-Royal de Paris où elle habite, Mme de Sablé reçoit « la compagnie la plus choisie, Monsieur, frère du roi, et Conti, Mlle de Montpensier, Mme de Liancourt, les Montausier, La Rochefoucauld, Mme de Longueville, la gouvernante des enfants du roi accompagnée du Dauphin, Arnauld d’Andilly, Mme de Schomberg. Et tant d’autres, écrivains, hommes de science et d’Eglise », comme Guilleragues, Bossuet et Pascal (Jean Lafond). Grâce à Mme de Sablé, le duc de La Rochefoucauld puisera dans ce milieu une réflexion qui nourrira son oeuvre, de même que par ce salon parviennent au monastère les bruits assourdis du monde. [1]

[1] Source : Jean Lesaulnier, « Petite galerie », Chroniques de Port-Royal, numéro spécial, 1991, « Port-Royal de Paris ».


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