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Bienvenue sur Société des Amis de Port-Royal

Fondée en 1913, la Société des Amis de Port-Royal a pour objet:

  • de susciter l'intérêt le plus large pour l'histoire de Port-Royal, pour la vie et les oeuvres des hommes et des femmes qui y ont été mêlés, et pour le rayonnement du monastère sur la vie intellectuelle et spirituelle du XVIIe siècle et des siècles suivants;
  • d'aider à la conservation et à la connaissance de tout ce qui touche, d'une manière directe ou indirecte, à Port-Royal: lieux, bâtiments, livres, manuscrits, tableaux, gravures et objets divers, remarquables par leur valeur documentaire, artistique, religieuse ou humaine;
  • de servir de lieu de rencontre propice à l'activité des chercheurs et à la diffusion de la culture sur Port-Royal


Les 5 dernières nouvelles

Soutenance de thèse: Pascal et Baudelaire - par Tony_Gheeraert le 04/02/2010 @ 14:59

Soutenance de thèse
Le P. Jean Dubray soutient une thèse de doctorat de lettres intitulée :
"Pascal et Baudelaire. Etude philosophique et théologique d'une tradition janséniste", Samedi 13 mars 2010, 9h, à la Sorbonne (salle à préciser)
 
Thèse préparée sous la direction de Mme Dominique MILLET-GERARD, professeur à Paris IV.

Le jury est composé de M. C. Belin (Montpellier III), G. Ferreyrolles (Paris IV), P. Labarthe (Zurich) et J. Mesnard (Paris IV).


Parution - par Tony_Gheeraert le 04/02/2010 @ 14:58

Vient de paraître:
Silvana Bartoli, le vite di Jacqueline Pascal (les vies de Jacqueline Pascal), Florence: Olschki, 2009.
 

Conférence - Pascal vu par Balthasar - par Admin le 04/02/2010 @ 14:56

Pascal vu par Balthasar
Conférence de Raymond Jarnet, président de la Société des Roseaux Pensants et délégué diocésain pour le dialogue incroyance et foi (diocèse de Versailles)

le 18 février à 21 h, salle de l’Horloge à Marly-le-Roi (ancienne mairie, rue Champflour.

Entrée 3 €, gratuit pour les moins de 25 ans.

Hans Urs von Balthasar est l'un des plus grands théologien du XXe siècle. Sa vision de Pascal, qu'il considère comme la "cime de l'esthétique théologique baroque", est très étonnante. A découvrir....


Présentation d'ouvrage - par Admin le 05/12/2009 @ 22:48

Port-Royal et la Bible. I. Un siècle d’or de la Bible en France (1650-1708), par Bernard Chédozeau (2007). 512 p. 45 €.

Présentation par Philippe Sellier

Port-Royal demeure un des mythes historiques les plus saisissants de la culture française. Mythe en ce sens que son indubitable réalité s’est entourée, pour les générations qui ont suivi, d’un intense rayonnement symbolique. Internationalement reconnu – ne serait-ce qu’à cause de Pascal, de Racine ou du peintre Philippe de Champaigne – ce groupe de théologiens et d’écrivains a trouvé son plus éminent historien en la personne de Sainte-Beuve. Celui-ci a consacré une large part de sa vie, de 1834 à 1867, à l’élaboration de son monumental Port-Royal, le chef-d’oeuvre de la critique littéraire et religieuse en France.

Néanmoins le monument avait laissé dans l’ombre divers aspects de l’activité du groupe. Deux volets au moins y manquaient : l’un sur ses foisonnants travaux bibliques, qui ont abouti à la plus belle traduction de la Bible en français (de 1667 à 1693), promise à deux siècles de succès, encore matière de rêves pour un Victor Hugo ou un Arthur Rimbaud. L’autre sur la liturgie, puisque Port-Royal – avec trois siècles d’avance – préconisait une liturgie accessible à tous les fidèles, donc en langue française. Il s’agissait là de deux continents engloutis, méconnus des critiques même dans les premières décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, marquées pourtant par la publication d’ouvrages de premier ordre sur l’illustre monastère et les personnalités qui gravitaient autour de lui.

Le Christophe Colomb de la redécouverte a été M. Bernard Chédozeau.

À partir de 1983, celui-ci s’est attaqué à ces deux massifs. Il a exploré les bibliothèques, en particulier la Bibliothèque nationale de France et la Bibliothèque de Port-Royal, où il a entretenu un dialogue fécond avec la responsable, Odette Barenne. Mais il a interrogé aussi les architectures d’églises. De là un premier livre, La Bible en français. L’Église tridentine et les traductions bibliques et liturgiques (1600-1789), en 1990. Dans son prolongement est paru en 1998 Chœur clos, chœur ouvert. De l’église médiévale à l’église tridentine (France, XVIIe-XVIIIe siècles).

Sur Port-Royal et la Bible l’enquête a été encore plus impressionnante que sur la liturgie. Sa progression a vivifié d’autres travaux. Si en 1990 j’ai pu rendre à nouveau accessible la Bible de Port-Royal dans la collection de grande diffusion “ Bouquins ”, je ne l’ai pas fait sans subir l’influence du spécialiste incontesté qu’était devenu Bernard Chédozeau. Dès l’année suivante, celui-ci manifestait son autorité de savant par une ample contribution au volume collectif Les Bibles en français du Moyen-Âge à nos jours. Pendant toutes ces années, notre auteur collaborait de surcroît à l’imposant Dictionnaire de Port-Royal (Champion, 2004), que le lecteur pourra consulter sur les personnalités mentionnées dans le présent volume.

Celui-ci modifie en profondeur le regard sur le groupe de Port-Royal. Le tintamarre entretenu autour des controverses sur le jansénisme, c’est-à-dire sur la théologie de la grâce héritée de saint Augustin, passe ici à l’arrière-plan, ou même disparaît. Autant dire que nous découvrons un autre Port-Royal, passionné par la Parole de Dieu et vouant le meilleur de ses forces à la faire entendre et aimer. En 1650 paraissent les Heures de Port-Royal, promises à un immense succès, méditées par Pascal, par Mme de Sévigné, par Racine qui – encore enfant – se vit offrir la première édition, et en 1676 se procura la vingt-sixième : sa plus belle tragédie, Phèdre, est toute nourrie de l’Office des morts et surtout de la paraphrase du Dies irae due au talent de poète de Sacy dans ces Heures. La première étude qui leur ait été consacrée ouvre les analyses sur Port-Royal et les Psaumes. On y lira aussi une présentation de Jean Hamon, un des “ silencieux ” du monastère, en commentateur des Psaumes.

Une seconde étape met en pleine lumière l’ampleur des recherches d’his-toire et de géographies sacrées. La Chronologia sacra de 1662 va servir de base au Discours sur l’histoire universelle (1681) de Bossuet et demeurera une référence jusqu’aux découvertes de Darwin (1859), de l’archéologie et de la préhistoire, dans la seconde moitié du XIXe siècle. Se révèle ici une véritable école soucieuse de lecture littérale, historique, de la Bible. Mais cette étape ne dure qu’une quinzaine d’années, car ce littéralisme séduit peu les amateurs de quête spirituelle. Elle suscite néanmoins un nouvel ouvrage d’une incroyable diffusion, la Bible de Royaumont (1670), encore lue par un Lamartine enfant. Il s’agit d’une “ Histoire sainte ”, agrémentée de gravures, c’est-à-dire d’un genre littéraire qui veut éviter la complexité des Livres bibliques en n’en conservant que la trame narrative, donc en effaçant les énoncés juridiques, les écrits de sagesse, les poèmes et les oracles prophétiques. Héritière des Bibles historiales du Moyen-Âge, la Bible de Royaumont ne tombera dans l’oubli qu’au début du XXe siècle, du fait de la laïcisation et des progrès de l’histoire. L’histoire sainte deviendra peu à peu un genre pour la jeunesse.

Troisième étape avec la sortie fracassante du Nouveau Testament (1667) dit de Mons : cinq éditions en 1667, quatre en 1668, et un long succès ensuite. Avec lui s’affirme un projet ancien du groupe, doter la France d’une belle traduction de la Bible. Son maître d’œuvre et principal artisan, Sacy, meurt en 1684, en ne laissant à traduire que le Cantique des cantiques. Ses successeurs poursuivront son entreprise et achèveront les commentaires en 1693 pour l’Ancien Testament, en 1708 pour le Nouveau.

Enfin viennent ces commentaires patristiques de l’Ancien, puis du Nouveau Testament, en 32 volumes (1672-1708). Port-Royal propose une Bible lue au sein de la communauté catholique, à la lumière des Pères et des autres écrivains chrétiens. Cette herméneutique voit souvent, comme la liturgie et avec sa sobriété, dans les événements de l’Ancien Testament des préfigurations du Nouveau : c’est en ce sens que Bernard Chédozeau emploie les termes “ figurisme ” et “ figuriste ”, et non à celui du XVIIIe siècle, où ils désignent un recours souvent arbitraire à de prétendues figures. Cette dernière section donne lieu à une étude précise de l’élaboration d’un dernier livre célèbre : les Réflexions morales sur le Nouveau Testament de Pasquier Quesnel. D’abord très lu, loué pour sa qualité par nombre d’évêques, l’ouvrage fut finalement condamné par la bulle pontificale Unigenitus (1713), séisme qui allait secouer le XVIIIe siècle et susciter une virulente opposition, aux origines lointaines de la Révolution française.

Que l’on cesse de considérer ces étapes, chacune marquée par des succès de librairie inouïs, et l’éclat du groupe se manifestera autrement si l’on s’arrête sur certaines années de cristallisation spectaculaire. Dans la seule année 1662, en pleine persécution du monastère, paraissent la Biblia sacra, la Chronologia sacra, la traduction de L’Imitation de Jésus-Christ (la plus répandue jusqu’à celle de Lamennais), la Logique de Port-Royal (actuellement en livre de poche), l’Ex-voto de 1662 de Philippe de Champaigne (au Louvre). C’est dans les derniers mois de 1662 que Gilberte Pascal compose l’admirable Vie de M. Pascal, imprimée et réimprimée jusqu’à nous en tête de tant d’éditions des Pensées.

Tout se passe comme si, en publiant L’Imitation, les Psaumes (1665), le Nouveau Testament (1667) et bientôt l’Ordinaire de la messe en français, Port-Royal préparait ce qui apparaîtra au XVIIIe siècle sous le titre Manuel du Chrétien, avec précisément tous ces textes. Un Manuel très répandu, qui concurrencera le Missel des fidèles jusqu’au début du XXe siècle.

Le renouvellement apporté par ce Port-Royal et la Bible saute donc aux yeux. Il n’est pourtant que le second livre d’une tétralogie, après La Bible en français, et avant deux ouvrages à venir : Les Préfaces bibliques de Port-Royal : une théologie et Port-Royal et la liturgie.

Cette tétralogie révélera l’intensité et la qualité de la réaction aux excès entraînés par le souci de l’Église catholique de se démarquer des protestants. Puisque ceux-ci faisaient lire à tous la Bible dans leur langue, puisque leur culte se célébrait dans les langues vivantes, il fallait s’arc-bouter sur des positions contraires : la restriction du droit à lire les Écritures, le maintien du latin dans la liturgie. Port-Royal, à rebours de presque tout le catholicisme de son temps, issu du concile de Trente, a annoncé les réformes du second concile du Vatican, la fermeture de ce que Bernard Chédozeau, dans une formule vigoureuse, appelle “ la parenthèse tridentine ”.

Philippe Sellier

 


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Présentation d'ouvrage - par Admin le 05/12/2009 @ 22:40

Sylvio Hermann De Franceschi, Entre saint Augustin et saint Thomas. Les jansénistes et le refuge thomiste (1653-1663) : à propos des 1e, 2e et 18e Provinciales, Paris, Nolin, coll. Univers Port-Royal, 2009, 30 euros.

Par Gérard Ferreyrolles.

Pascal est redevenu enfin l’auteur des Provinciales. Non que la paternité lui en ait été déniée — encore qu’on ait tenté de minimiser sa part au sein d’une collaboration port-royaliste —, mais parce qu’au moins depuis le romantisme il était avant tout l’homme des Pensées. Il a fallu attendre pratiquement les années 1980 pour voir, hors production pamphlétaire, des livres consacrés aux Petites Lettres, et cette redécouverte a culminé lors du colloque international “ La campagne des Provinciales ” tenu en septembre 2007 pour commémorer leur trois cent cinquantième anniversaire. Les études récentes ont cependant porté surtout sur les aspects linguistiques, rhétoriques, littéraires de l’œuvre et, au plan doctrinal, sur l’éthique pascalienne dans son opposition au probabilisme jésuite — beaucoup moins sur la conception de la grâce, pourtant séminale dans la polémique des Provinciales et cardinale dans toute la controverse autour du jansénisme. Sylvio De Franceschi, jeune chercheur aux références déjà brillantes, a relevé ce dernier défi. Qu’il soit dès le principe félicité d’une audace devenue nécessaire.

 

L’objet de son enquête est au départ fort circonscrit. L’on sait que Montalte dans les deux premières lettres se moque des dominicains, qui donnent aux justes un “ pouvoir prochain ” d’accomplir les commandements divins “ par lequel pourtant ils n’agissent en effet jamais ” et une “ grâce suffisante ” qui ne suffit pas pour les leur faire observer. Or voici que dans la 18e lettre, Montalte se déclare “ parfaitement d’accord ” avec ces mêmes dominicains précédemment fustigés. Y a-t-il contradiction entre les premières et la dernière Provinciale ? La question, au vrai, est d’envergure, non seulement parce qu’elle constitue un thème récurrent de débat au sein de la critique des xixe et xxe siècles, mais parce qu’à travers la position de Pascal à l’égard des dominicains se joue l’appréciation du rapport entre ce qu’on appelle ici par commodité le “ jansénisme ” et le thomisme, dont les frères prêcheurs sont les représentants patentés. L’étude de Sylvio De Franceschi va suivre ainsi un axe double, historique et doctrinal, qui l’amène à déborder largement le cadre de son trop modeste sous-titre.

Sur le plan historique, les assertions pascaliennes en effet ne sont pas simplement analysées au prisme de la critique moderne mais replacées dans la longue durée des prises de position jansénistes relatives aux thèses thomistes depuis l’Augustinus jusqu’au xviiie siècle inclus. Il en ressort que les Provinciales s’inscrivent dans une ligne argumentative continue, illustrée notamment par un Saint-Amour qui, deux ans avant la bulle Cum occasione, affirme déjà que les augustiniens ne combattent pas la grâce suffisante des thomistes, mais uniquement l’équivoque d’un adjectif “ captieux dont saint Augustin et saint Thomas ne se sont pas servis ”. Par là est battue en brèche l’idée, trop longuement entretenue, d’un revirement de Pascal entre les premières et la dernière Provinciale : il est clair d’un bout à l’autre que sa contestation ne porte pas sur les notions mêmes de pouvoir prochain et de grâce suffisante, mais sur le piège représenté par des termes (prochain, suffisant) qui n’ont pas le même sens dans le lexique technique de la théologie thomiste, où ils sont parfaitement recevables — Montalte ne dit-il pas d’ailleurs : “ Je ne dispute jamais du nom, pourvu qu’on m’avertisse du sens qu’on lui donne ” ? —, et dans leur usage courant.

Au-delà de l’interprétation des Provinciales sur la grâce, que les analyses de Sylvio De Franceschi achèvent d’arracher à une ornière pluriséculaire, son ouvrage possède une portée conceptuelle considérable en ce qu’il nous installe au cœur de la question fondamentale de l’orthodoxie ou de l’hétérodoxie du prétendu jansénisme. Dès lors en effet que ses thèses sur la grâce apparaissent conciliables avec le thomisme, la cause est entendue — sinon sur le plan institutionnel, du moins sur celui de la conscience. Pouvoir s’arrimer au thomisme, c’est s’assurer un brevet d’orthodoxie, cette doctrine, à la différence de l’augustinisme (interprétable à divers sens comme l’avait montré la Réforme) et du molinisme (non condamné, mais malmené du moins au cours des Congrégations de auxiliis et réputé cousin du pélagianisme), étant seule au-dessus de tout soupçon. D’où les efforts permanents, dont ce livre retrace l’impressionnante constance, des jésuites et des jansénistes pour arracher aux dépens de l’autre camp l’alliance des dominicains. On est certes en présence d’une stratégie, mais qui n’emporte pas nécessairement exclusion de sincérité : Sylvio De Franceschi en arrive même à parler, à propos des jansénistes, d’“ intimes convictions thomistes ”. L’accord est patent entre les thomistes et eux sur les points fondamentaux de la prédestination gratuite et de la grâce efficace. Quant au pouvoir prochain et à la grâce suffisante, l’explicitation des termes fait apparaître la concordance des deux partis sur la puissance qu’ont les justes d’observer les commandements lors même qu’ils ne les observent pas et de ne les pas observer lors même qu’ils les observent, ce qui préserve la liberté. L’auteur ne tranche pas, mais son livre fait naître dans l’esprit du lecteur la question sans doute naïve : que demander de plus ? Si l’orthodoxie sur le sujet de la grâce loge dans l’affirmation simultanée de la toute-puissance divine et de la liberté humaine, jansénistes et thomistes se sauvent de conserve. Mais pourquoi, si telle est leur proximité, Arnauld n’a-t-il pas accepté un pur et simple ralliement au thomisme ? Ses textes, et bien d’autres, ont nettement posé que le jansénisme (comme il n’eût jamais dit) était compatible avec le thomisme sur tous les points de foi engagés dans l’interprétation des cinq Propositions, mais il n’a pas entendu pour autant que le premier fût soluble dans le second : quelle eût été, à ses yeux, cette Église dans laquelle il ne fût plus possible de tenir sur la grâce le discours du Docteur de la grâce ? La scolastique permet de s’expliquer dans une langue commune, mais oblige-t-elle de renoncer à sa langue, surtout si elle est celle des Pères ? Les jésuites ont tout fait de leur côté pour empêcher l’alliance entre leurs adversaires, et les dominicains, par conviction pour certains (il est des thomistes molinisants), par peur aussi de se compromettre et ressentiment de l’ironie des Provinciales, n’ont pas franchi le pas. À partir de là, un boulevard s’ouvrait aux molinistes : même si les doctrines de saint Augustin et de saint Thomas sur la grâce ont toujours été officiellement reconnues par le magistère, le molinisme, aussi peu fréquenté dans les subtilités de sa science moyenne que spontanément adopté par la masse de ceux qui ignorent jusqu’à son nom, l’a de fait emporté, comme plus accordé à la conception moderne d’un homme résolument autonome par rapport à son créateur et capable de rendre à son gré efficace ou inefficace une grâce octroyée à tous.

Cette dernière spéculation est permise sans doute à la liberté d’un préfacier, mais ce qu’elle a de solide en ses fondements revient entièrement à l’auteur. Sylvio De Franceschi joint à la compétence du chartiste, qui lui permet d’évoluer à l’aise dans une littérature massivement latine, l’érudition de l’historien qui reconstitue étape après étape l’entrelacement des démarches partisanes et, tout en scrutant les textes canoniques ailleurs plus souvent évoqués que lus (à commencer par l’Augustinus), en exhume quantité d’autres oubliés que leur obscurité ne rend pas moins éclairants. La mise en perspective chronologique, d’une ampleur et d’une précision inégalées, qu’il opère de l’enjeu thomiste et qui révèle du côté des “ Amis de saint Augustin ” une persévérance significative, ne le rend nullement insensible aux inflexions du débat, qu’elles soient ponctuelles comme l’ironie des premières Provinciales ou durables comme le glissement qui fait passer autour d’elles le P. Nicolaï du statut de “ nouveau thomiste ” à celui de moliniste travesti et en sens inverse les “ nouveaux thomistes ” à la dignité de vénérables disciples du Docteur Angélique. C’est le talent particulier de notre enquêteur que de faire saisir les conséquences d’un mot, d’une simple particule dans un énoncé théologique, de pointer dans les tractations feutrées et les polémiques ouvertes ce qu’elles recèlent de sous-entendus, de concessions tactiques ou d’échappatoires. Avec lui se démêle l’écheveau qu’on aurait cru inextricable des discussions scolastiques, se dévoile le sens de manœuvres compliquées où les ambiguïtés naissent à chaque pas, et le plaisir est double de pénétrer les arcanes de la grâce comme le secret des conciliabules : n’est-ce pas celui-là même que donnent les Provinciales, qui s’offrent etiam cum grano salis à rendre le lecteur en même temps que leur protagoniste “ grand théologien en peu de temps ” et politique déniaisé ? S’y ajoute la certitude que notre guide n’est pas juge et partie. Jamais il ne s’écarte d’une neutralité qui, même aujourd’hui, n’est point garantie dans l’examen d’un objet pourtant déclaré obsolète, si bien qu’il nous convainc à la fois que la question de la grâce n’est pas si inactuelle qu’on pourrait le penser et qu’il est possible d’en traiter sans épouser les vues d’un camp contre un autre. Enfin, aussi durable que la délectation victorieuse de l’aridité supposée de sa matière, l’assurance procurée par la lecture de Sylvio De Franceschi que le xviie siècle, s’il est assurément “ le siècle de saint Augustin ”, n’est pas moins celui de saint Thomas : c’est de quoi nous n’avons pas trop d’un demi-siècle pour tirer les conséquences, et lui rendre grâce.

 

 

Gérard Ferreyrolles

 

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Actualité

►  En ligne: Christian Péligry, Madame de Sablé
►  Présentation des livres de S. de Franceschi et B. Chédozeau
Compte rendu du livre d'O. Jouslin
► En ligne: P. Moulis, Trois études sur le jansénisme
► Parution: Les constitutions du monastère
► Port-Royal et les rêves: deux nouveaux articles (ici et ici)
Ouvrages récents concernant Port-Royal

Bac 2010

Les Pensées sont au programme du bac 2010. Or, le site de la Société des Amis de Port-Royal comporte un certain nombre de ressources qui peuvent être utiles aux élèves et à leurs professeurs. En particulier:

Qu'est-ce que Port-Royal (par Philippe Sellier)
Introduction au jansénisme (par Vincent Carraud)
► Une biographie de Pascal
► Une Introduction à la lecture des Pensées (livre électronique)

Des informations pertinentes dans le cadre de l'épreuve de Lettres sont par ailleurs dispersées dans l'ensemble du site (promenade virtuelle, histoire, peinture, etc.). N'hésitez pas à contacter le webmestre pour toute demande d'information complémentaire.
 

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